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Fraikin, premier loueur de camions français, passe sous pavillon espagnol

Le loueur de véhicules industriels, qui gère 50 000 véhicules dans dix pays, a signé un accord d'exclusivité avec Asterion Industrial Partners.

Image d'illustration — des camions à l'arrêt sur un parking logistique, semblables à la flotte que loue Fraikin à ses clients industriels.
Image d'illustration — des camions à l'arrêt sur un parking logistique, semblables à la flotte que loue Fraikin à ses clients industriels.Photo : Marcin Jozwiak / Unsplash

Le loueur de véhicules industriels Fraikin change une nouvelle fois de propriétaire. Ses actionnaires majoritaires, les fonds de dette américains Benefit Street Partners, Värde Partners et Canyon Partners, ont signé le 12 octobre un accord d'exclusivité avec le gestionnaire d'actifs espagnol Asterion Industrial Partners pour lui céder l'intégralité du groupe. L'opération, dont le montant n'a pas été communiqué, devrait être finalisée au premier trimestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires.

Un groupe assagi après une décennie de restructurations

Fraikin loue et entretient plus de 50 000 véhicules — poids lourds, utilitaires, bennes, véhicules frigorifiques — pour le compte d'entreprises clientes dans dix pays européens. Le groupe, dont le siège historique est à Fontenay-sous-Bois, revendique environ un milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel et une flotte dont la valeur brute comptable avoisine trois milliards d'euros. Cette taille en fait l'un des premiers loueurs de véhicules industriels du continent, aux côtés d'acteurs comme Arval ou Petit Forestier sur des segments voisins.

L'entreprise sort d'une période agitée : ses actionnaires actuels avaient pris le contrôle du groupe en 2018 à l'issue d'une restructuration de dette, après que Fraikin eut accumulé un endettement jugé excessif sous un précédent montage en LBO. Depuis, le groupe a cherché à redresser ses marges et à moderniser sa flotte, un travail que les cédants mettent en avant pour justifier la cession à un nouvel investisseur jugé capable de financer la prochaine étape de croissance plutôt que de simplement gérer l'héritage d'une dette restructurée.

1 Md€
Chiffre d'affaires annuel de Fraikin
3 Md€
Valeur brute comptable de la flotte
50 000
Véhicules gérés dans 10 pays européens

Asterion, un spécialiste des infrastructures en quête de relais de croissance

Asterion Industrial Partners est un gestionnaire d'actifs madrilène spécialisé dans les infrastructures — énergie, transport, numérique — qui a déjà investi dans des opérateurs de réseaux de fibre et des producteurs d'énergies renouvelables en Europe du Sud. Le rachat de Fraikin marque une incursion plus marquée dans la location de flottes, un secteur qu'Asterion présente comme stratégique pour accompagner la transition des entreprises clientes vers des véhicules moins émetteurs, sans qu'elles aient à immobiliser le capital nécessaire à ce renouvellement.

« Cet accord marque une étape importante dans la trajectoire de croissance durable de Fraikin et notre engagement à continuer d'investir dans des solutions de transport responsables. »

Yves Pétin, directeur général de Fraikin

Dans le communiqué conjoint, Asterion indique vouloir soutenir trois priorités : l'investissement continu dans la flotte et la plateforme opérationnelle européenne du groupe, l'accompagnement des clients vers une mobilité bas carbone, et la poursuite de la digitalisation de l'offre de gestion de flotte — un axe sur lequel Fraikin avait déjà investi via des outils de télématique et de suivi de consommation.

Une opération emblématique du marché français des infrastructures de transport

Ce rachat illustre un mouvement plus large : les fonds d'infrastructure, qui disposent de capitaux patients et recherchent des rendements stables, se tournent de plus en plus vers des activités de location longue durée considérées comme proches de l'infrastructure par la régularité de leurs revenus contractuels. Le secteur de la location de véhicules industriels, consolidé autour de quelques grands groupes européens, offre ce profil : des contrats pluriannuels avec des clients industriels, une forte intensité capitalistique et une demande structurellement soutenue par l'externalisation croissante de la gestion de flotte par les entreprises, qui préfèrent louer plutôt que posséder leurs véhicules.

Pour les quelque 50 000 entreprises clientes de Fraikin en Europe, le changement d'actionnaire ne devrait pas, dans l'immédiat, modifier les contrats en cours. La vraie question porte sur la capacité d'Asterion à financer le renouvellement d'une flotte vieillissante vers des motorisations électriques ou à l'hydrogène, un chantier coûteux dans un secteur où les marges restent étroites. Les précédents actionnaires de Fraikin avaient eux-mêmes été critiqués pour avoir privilégié le désendettement au détriment de l'investissement dans le renouvellement du parc, ce qui avait pesé sur la compétitivité du groupe face à ses concurrents dans les années qui ont suivi la restructuration de 2018.

L'autorisation des autorités de la concurrence constituera la prochaine étape à surveiller, dans un secteur où la consolidation entre loueurs reste scrutée de près par Bruxelles. Le calendrier annoncé, avec une finalisation visée au premier trimestre 2027, laisse quelques mois aux deux parties pour préparer la transition de gouvernance et, potentiellement, de nouvelles orientations stratégiques pour le groupe francilien.