Analyse
Orange relève encore son objectif d'EBITDAaL après un troisième trimestre solide
Le groupe télécom affiche une croissance de 3,6 % de son chiffre d'affaires au T3 2026 et vise désormais plus de 4,5 % de hausse d'EBITDAaL sur l'année.

Orange a présenté le 27 octobre 2026 des résultats trimestriels qui lui permettent de relever, pour la seconde fois cette année, ses objectifs annuels. Selon le communiqué officiel du groupe, le chiffre d'affaires du troisième trimestre atteint 12,2 milliards d'euros, en progression de 3,6 %. L'opérateur relève désormais sa cible de croissance d'EBITDAaL pour 2026 à plus de 4,5 %, contre plus de 4 % auparavant.
Une croissance tirée par l'international, pas par la France
Le détail géographique du communiqué est sans ambiguïté sur la source de cette performance : l'Afrique et le Moyen-Orient progressent de 14,2 %, l'Europe hors Espagne de 5,3 % et l'Espagne de 3,5 %. La France, marché historique du groupe, ne croît que de 0,5 % — un rythme qui confirme la maturité, voire la stagnation, du marché télécom domestique face à une concurrence toujours vive entre les quatre opérateurs nationaux. C'est bien l'Afrique qui tire désormais la locomotive Orange, confirmant une bascule stratégique amorcée depuis plusieurs années vers les marchés à forte croissance démographique.
Une rentabilité qui s'améliore plus vite que le chiffre d'affaires
L'EBITDAaL du groupe atteint 4,1 milliards d'euros sur le trimestre, en hausse de 4,6 % — un rythme supérieur à celui du chiffre d'affaires, signe d'un effet de levier opérationnel favorable. Sur les neuf premiers mois de l'année, la croissance d'EBITDAaL s'élève à 4,8 %. Plus frappant encore, le cash-flow opérationnel (EBITDAaL diminué des investissements courants, ou eCapex) bondit de 10,3 % sur le trimestre et de 8,8 % depuis janvier. « Le T3 confirme la dynamique forte du groupe, avec une croissance du chiffre d'affaires de 3,6 %, une progression de l'EBITDA de 4,6 % et une croissance à deux chiffres du cash-flow opérationnel de 10,3 % », a résumé la directrice générale Christel Heydemann, qui a confirmé le relèvement de l'objectif annuel au-delà de 4,5 %.
Le poids de la dette MasOrange reste sous surveillance
Le groupe a aussi rappelé le cadre dans lequel s'inscrit cette performance : l'endettement financier net s'élevait à 35,7 milliards d'euros fin juin 2026, en hausse de 13,2 milliards sur un an, essentiellement lié au rachat de MasOrange en Espagne. Le ratio dette nette sur EBITDAaL atteint ainsi 2,4 fois, contre un objectif de moyen terme fixé à environ 2 fois. Autrement dit, la rentabilité opérationnelle s'améliore, mais le groupe doit encore digérer le coût de sa plus grosse acquisition récente avant de retrouver la marge de manœuvre financière qu'il affichait avant l'opération espagnole.
Ce que cela dit du secteur télécom
Ce relèvement d'objectif, le deuxième de l'année pour Orange, tranche avec le climat morose que décrit par ailleurs l'Insee sur la confiance des ménages : les télécoms, portées par des revenus récurrents et une exposition croissante à des marchés émergents moins sensibles au cycle économique français, résistent mieux que d'autres secteurs à la morosité ambiante. L'abonnement mobile ou internet reste l'une des dernières dépenses que les ménages sacrifient en période de restriction budgétaire, ce qui explique en partie la résilience du secteur face à un indice de confiance au plus bas depuis 2013.
MasOrange, le pari espagnol qui porte enfin ses fruits
Le rachat de MasOrange, l'opérateur né de la fusion des activités espagnoles d'Orange avec celles de MásMóvil, avait été critiqué à son lancement pour le niveau d'endettement qu'il impliquait. Les chiffres du troisième trimestre tendent à valider le pari : avec une croissance de 3,5 % en Espagne, le marché ibérique contribue désormais positivement à la dynamique du groupe, après plusieurs années de guerre des prix entre opérateurs qui avaient comprimé les marges de tous les acteurs locaux. Cette stabilisation du marché espagnol, conjuguée à la poussée africaine, dessine une carte des télécoms européens où la croissance se joue de plus en plus hors de l'Hexagone.
La France, un marché à bout de souffle structurel
Le rythme de croissance de 0,5 % enregistré en France n'est pas une surprise ponctuelle : il reflète la maturité d'un marché où la quasi-totalité des foyers est déjà équipée en fibre ou en 4G/5G, et où la concurrence entre Orange, Bouygues Telecom, SFR et Free continue de comprimer les prix des abonnements malgré une consolidation du secteur engagée depuis plusieurs années. Pour continuer à croître sur son marché domestique, Orange mise désormais davantage sur la montée en gamme de ses offres fixes très haut débit et sur ses activités de cybersécurité et de services aux entreprises que sur la seule collecte de nouveaux abonnés mobiles, un gisement de croissance en grande partie épuisé.
Prochaine étape : les résultats annuels en février
Le groupe doit désormais confirmer cette trajectoire sur le quatrième trimestre, traditionnellement marqué par une consommation plus soutenue liée aux fêtes de fin d'année et au renouvellement des terminaux mobiles. Les résultats annuels, attendus en février 2027, diront si le relèvement de l'objectif d'EBITDAaL à plus de 4,5 % aura été tenu, et si le ratio de dette nette sur EBITDAaL a commencé à refluer vers la cible de moyen terme fixée à environ 2 fois.