Levée de fonds · Entreprises
Voltaback lève 2,8 millions d'euros pour automatiser le remboursement des recharges électriques
La startup française Voltaback, qui équipe déjà 20 % du CAC 40, lève 2,8 millions d'euros menés par Serena pour automatiser le remboursement des recharges à domicile.

Brancher sa voiture de fonction chez soi le soir semble anodin. Pour le service comptable, c'est un casse-tête : il faut isoler précisément les kilowattheures consommés par le véhicule dans une facture d'électricité globale, puis rembourser le salarié au bon tarif, sous peine de redressement URSSAF. Voltaback s'est positionnée sur ce problème très concret et vient de lever 2,8 millions d'euros pour accélérer son déploiement en France et en Europe.
Un problème de paie plus coûteux qu'il n'y paraît
Fondée en 2023 par Arnaud Tran et Adrien Guenard, Voltaback affirme équiper déjà 20 % des entreprises du CAC 40, avec des clients comme Veolia, BNP Paribas, Equans, Sanef, Lyreco, Loxam, Fayat, Fives ou Sodexo. L'argument économique de la startup est simple à chiffrer : une recharge de 50 kWh revient à environ 8 euros à domicile, contre 30 euros sur une borne publique en itinérance. Pour l'entreprise, ne pas inciter ses salariés à recharger chez eux représente donc un surcoût pouvant atteindre 2 000 euros par véhicule et par an — et à l'inverse, un salarié mal remboursé peut perdre jusqu'à 600 euros annuels de sa poche.
Croiser la facture, le compteur et le véhicule, sans matériel
La promesse technique de Voltaback repose sur l'absence totale de matériel additionnel : ni borne connectée, ni câble intelligent à installer chez chaque collaborateur, une dépense qui pouvait jusqu'ici dissuader les directions de flotte de se lancer. La plateforme croise les données de la facture d'électricité du foyer, du compteur Linky quand il est disponible, et du véhicule connecté pour isoler les sessions de recharge réelles et calculer leur coût exact. Elle génère ensuite un justificatif mensuel détaillé — date, durée, kilowattheures, montant — directement exploitable par la paie, sans saisie manuelle de part et d'autre.
Ce choix de ne pas dépendre d'un boîtier physique distingue Voltaback d'une partie du marché de la recharge en flotte, plus habitué aux solutions matérielles. L'approche logicielle réduit le coût de déploiement par collaborateur et permet, selon l'entreprise, une mise en route en moins de deux minutes par salarié, compatible avec toutes les marques de véhicules et tous les types de logements, qu'ils disposent ou non d'un compteur communicant.
Serena en tête d'un tour qui doit financer l'Europe
Le tour de table de 2,8 millions d'euros est mené par Serena, avec la participation d'Aurélien de Meaux, cofondateur et dirigeant d'Electra — un acteur par ailleurs concurrent sur le terrain de la recharge publique, ce qui dit quelque chose de l'intérêt porté au segment des flottes d'entreprise — ainsi que de Maxime Brousse, de Sequoia Scout. Les fonds doivent permettre à Voltaback de poursuivre sa croissance commerciale en France et d'engager son expansion dans le reste de l'Europe.
L'entreprise ne compte pas s'arrêter au remboursement des recharges. Elle prépare un élargissement vers la gestion de flotte au sens large : suivi des kilométrages, calcul des avantages en nature liés au véhicule, et indicateurs RSE sur l'empreinte carbone des déplacements professionnels. Un positionnement qui tombe à un moment charnière pour le marché : le véhicule électrique a représenté plus de 40 % des immatriculations en entreprise au cours du seul mois de septembre 2026, ce qui démultiplie mécaniquement le nombre de recharges à domicile à administrer — et donc la taille du problème que Voltaback cherche à résoudre.
Un marché tiré par l'électrification imposée du parc professionnel
La trajectoire de Voltaback illustre un phénomène plus large : l'électrification des flottes d'entreprise françaises, portée par les obligations réglementaires de verdissement du parc et par la fiscalité avantageuse du véhicule électrique de fonction, crée mécaniquement de nouveaux besoins administratifs que les outils RH traditionnels ne couvrent pas. Les gestionnaires de flotte, longtemps concentrés sur l'achat ou le leasing des véhicules, doivent désormais composer avec la gestion fine de l'énergie consommée hors de l'entreprise, un territoire resté largement artisanal — tableurs, justificatifs papier, forfaits approximatifs non conformes aux barèmes URSSAF.
En s'attaquant à cette couche opérationnelle plutôt qu'au matériel de recharge lui-même, Voltaback mise sur un marché adjacent à celui, plus encombré, des opérateurs de bornes publiques comme Electra ou Tesla. Reste à voir si l'entreprise parvient à transformer sa traction auprès des grands comptes du CAC 40 en un outil standard du marché, alors que la question du remboursement des recharges à domicile n'a, pour l'instant, pas de cadre réglementaire aussi stabilisé que les forfaits kilométriques classiques.