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WhiteLab Genomics lève 23 millions d'euros pour valider ses médicaments conçus par IA
La biotech parisienne WhiteLab Genomics a bouclé une série B de 23,2 millions d'euros pour tester en conditions réelles ses thérapies géniques conçues par IA.

WhiteLab Genomics, biotech parisienne qui conçoit des médicaments géniques à l'aide de l'intelligence artificielle, a bouclé une levée de fonds en série B de 23,2 millions d'euros. Selon les informations rapportées par EU-Startups, le tour de table a été mené par AVP, plateforme d'investissement internationale gérant plus de 2,5 milliards d'euros d'actifs, avec la participation de deux nouveaux investisseurs, Yaday Health et Blast Club, et de deux actionnaires historiques, Omnes Capital et Debiopharm Innovation Fund.
ALFRED, la plateforme qui conçoit et teste les vecteurs géniques
Fondée en 2019 par David Del Bourgo, Lucia Cinque et Julien Cottineau, et passée par l'accélérateur américain Y Combinator, WhiteLab Genomics s'attaque à l'un des problèmes les plus tenaces de la médecine génomique : acheminer une thérapie jusqu'aux bonnes cellules de l'organisme, sans qu'elle se disperse ou s'accumule dans des organes non ciblés — en particulier le foie, qui capte souvent une grande partie des vecteurs viraux injectés.
Sa plateforme propriétaire, baptisée ALFRED (AI-Led Framework for Rational Exploration in Drug Design), conçoit et optimise à la fois des vecteurs viraux — les fameux virus adéno-associés (AAV) utilisés en thérapie génique — et des vecteurs non viraux comme les nanoparticules lipidiques, ainsi que des charges génétiques programmables. La spécificité de l'approche : chaque conception générée par l'IA est ensuite validée expérimentalement in vivo, sur des modèles animaux, avant d'être présentée comme un résultat exploitable.
Un résultat préclinique déjà présenté, mais encore à confirmer
WhiteLab Genomics met en avant une collaboration avec l'Institut du Cerveau de Paris : des AAV conçus par ALFRED auraient franchi la barrière hémato-encéphalique lors d'études in vivo, avec un ratio de ciblage cerveau/foie jugé favorable et sans signal hépatique détectable. L'entreprise doit présenter des données supplémentaires, issues de collaborations avec Sanofi, Cytiva (groupe Danaher), l'Institut du Cerveau et l'Institut Imagine, lors du prochain congrès annuel de l'European Society of Gene and Cell Therapy (ESGCT).
Il convient toutefois de noter ce que l'annonce ne dit pas : aucun chiffre précis n'a été communiqué sur ce ratio de ciblage, et il s'agit d'un résultat préclinique, mené sur des modèles animaux, non d'un résultat clinique chez l'humain. La prudence reste de mise tant que des données chiffrées et évaluées par des pairs n'auront pas été rendues publiques — un point que l'entreprise elle-même reconnaît implicitement en annonçant une présentation à venir plutôt qu'une publication déjà bouclée.
« WhiteLab construit une IA qui conçoit des médicaments géniques qui fonctionnent in vivo, pas seulement sur le papier. »
François Robinet, managing partner d'AVPOù va l'argent : élargir la validation, pas la seule puissance de calcul
Le choix d'allocation des fonds dit quelque chose du positionnement de l'entreprise sur un marché où beaucoup de biotechs misant sur l'IA sont critiquées pour sur-vendre la puissance de leurs modèles sans preuve expérimentale suffisante. WhiteLab indique vouloir étendre sa validation in vivo au-delà des AAV, vers les technologies de délivrance non virale et les promoteurs génétiques synthétiques — deux familles technologiques jugées prometteuses mais moins avancées que les AAV dans l'industrie.
L'entreprise prévoit aussi de renforcer son antenne de Boston, déjà ouverte, pour nouer des partenariats avec l'industrie biopharmaceutique nord-américaine, d'étoffer sa présence sur la côte ouest américaine, et d'explorer des implantations au Japon et en Corée du Sud. Deux figures rejoignent le conseil d'administration à l'occasion de ce tour : François Robinet d'AVP, et le docteur Daniel Teper, managing partner chez Yaday Health et par ailleurs fondateur et dirigeant de NAYA Therapeutics.
Sur le plan du modèle économique, WhiteLab Genomics ne vise pas (encore) la commercialisation directe de médicaments : l'ambition affichée est de constituer un portefeuille d'actifs biologiques validés expérimentalement, qu'elle pourra faire progresser seule ou via des partenariats avec des laboratoires pharmaceutiques, sur des indications aussi variées que la maladie d'Alzheimer, la maladie de Parkinson, la SLA, les maladies de surcharge lysosomale ou le glioblastome. Ce sont, pour l'instant, des ambitions déclarées et non des programmes thérapeutiques officiellement annoncés — la différence a son importance pour évaluer la maturité réelle de l'entreprise derrière la communication financière.