Analyse · Économie
EDF cède sa filiale hydrogène Hynamics au fonds spécialisé Hy24
L'électricien se retire de la production directe d'hydrogène bas carbone et confie ses projets français et britanniques au fonds Hy24, doté de 2 Md€.

Sept ans après l'avoir créée pour porter ses ambitions dans l'hydrogène bas carbone, EDF se retire du secteur en tant qu'opérateur direct. Le groupe a annoncé le 14 octobre la signature d'un accord entre sa structure de capital-investissement EDF Pulse Ventures et le fonds français Hy24 portant sur la cession de sa filiale Hynamics, dont la finalisation est prévue au premier semestre 2027. Le montant de la transaction n'a pas été rendu public.
Un pari lancé en 2019, abandonné avant d'avoir vraiment démarré
Hynamics a été fondée en 2019 par EDF pour développer, produire et commercialiser de l'hydrogène bas carbone destiné au transport lourd et à l'industrie, deux secteurs où la décarbonation par l'électrification directe se heurte à des limites techniques. La filiale pilotait plusieurs projets en France et au Royaume-Uni, sans qu'aucun n'ait atteint à ce jour une échelle industrielle significative — un sort partagé par une large partie de la filière hydrogène européenne, confrontée depuis deux ans à des reports de projets et à des difficultés de financement alors que les coûts de l'électrolyse restent supérieurs aux prévisions initiales de la décennie 2020.
Dans son communiqué, EDF justifie la cession par la nécessité de recentrer ses priorités d'investissement sur le nucléaire et les réseaux électriques, les deux piliers sur lesquels le groupe public concentre ses efforts depuis sa renationalisation complète. Développer une filière hydrogène jusqu'à maturité industrielle exige des investissements longs et risqués, un profil que l'électricien juge mieux porté par un fonds spécialisé que par sa propre trésorerie, sollicitée par ailleurs par le programme de nouveaux réacteurs EPR2.
« La cession du capital d'Hynamics à l'un des acteurs majeurs du développement de l'hydrogène en Europe est une excellente opportunité. »
Julien Villeret, EDFHy24, un fonds taillé pour consolider une filière fragmentée
Hy24 se présente comme le plus grand gestionnaire d'actifs mondial spécialisé dans l'hydrogène bas carbone et ses dérivés, avec un fonds phare, Clean Hydrogen Infrastructure, doté de deux milliards d'euros. Le fonds a multiplié les prises de participations depuis sa création, dont tout récemment, en septembre, un investissement dans Onuba, présenté comme le plus grand projet de production d'hydrogène renouvelable d'Europe du Sud, en Andalousie.
Pour Hy24, l'opération s'inscrit dans une logique de consolidation : plutôt que de financer des projets isolés portés par des énergéticiens généralistes, le fonds cherche à bâtir un acteur industriel intégré, doté d'une masse critique suffisante pour absorber les coûts fixes élevés de la filière et négocier des contrats d'approvisionnement de long terme avec les industriels utilisateurs. Le directeur général du fonds, Pierre-Étienne Franc, a résumé cette ambition en expliquant que la filière doit pouvoir s'appuyer sur des acteurs industriels solides pour réussir son passage à l'échelle en Europe.
Un symptôme du reflux de l'hydrogène bas carbone en Europe
Cette cession illustre un mouvement plus large de désengagement des grands énergéticiens historiques de la production directe d'hydrogène, après plusieurs années où le sujet avait été présenté comme un axe majeur de diversification. En France, plusieurs projets portés par des industriels ou des coentreprises ont été retardés ou redimensionnés depuis 2024, à mesure que les aides publiques européennes tardaient à se concrétiser et que la demande industrielle, censée justifier les investissements, restait inférieure aux projections. L'Union européenne avait fixé un objectif de 10 millions de tonnes d'hydrogène renouvelable produites sur le sol européen d'ici 2030 dans le cadre de sa stratégie REPowerEU ; la trajectoire actuelle du secteur rend cet objectif de plus en plus difficile à atteindre selon plusieurs analyses sectorielles.
Le transfert d'Hynamics à un fonds spécialisé ne signe pas nécessairement la fin des projets en cours en France et au Royaume-Uni, mais il change leur logique de financement : un acteur comme Hy24, dont le métier consiste précisément à lever et déployer des capitaux dédiés à cette filière, pourrait apporter aux projets d'Hynamics des moyens que la trésorerie contrainte d'EDF ne permettait plus de mobiliser au rythme nécessaire. Reste à vérifier, dans les mois qui viennent, si cette autonomie financière nouvelle se traduira par une accélération réelle des mises en service, dans un secteur où les annonces ont souvent précédé de plusieurs années la concrétisation industrielle.