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Hopium change de cap : le spécialiste de l'hydrogène négocie le rachat d'un industriel européen

Hopium entre en négociation exclusive pour acquérir une société de services techniques valorisée 10 à 15 M€, dont la moitié de l'activité est liée à l'hydrogène.

Image d'illustration — un réseau de canalisations industrielles. La cible visée par Hopium réalise environ la moitié de son activité sur des projets hydrogène.
Image d'illustration — un réseau de canalisations industrielles. La cible visée par Hopium réalise environ la moitié de son activité sur des projets hydrogène.Photo : Declan Sun / Unsplash

Longtemps associée au rêve avorté d'une voiture à hydrogène de luxe, Hopium tente de se réinventer en acteur industriel. La société, désormais fournisseur et intégrateur de solutions hydrogène, a annoncé le 9 septembre son entrée en négociation exclusive pour racheter un industriel européen en forte croissance. L'opération, modeste par sa taille — 10 à 15 millions d'euros — mais lourde de sens pour une entreprise en pleine reconstruction, marque un tournant dans sa stratégie de diversification.

Une cible rentable, ancrée dans l'hydrogène

La société convoitée n'a rien d'une start-up en devenir. Spécialisée dans les prestations techniques à forte valeur ajoutée pour les secteurs de l'énergie, de l'industrie lourde et des infrastructures, elle est solidement implantée dans le sud de l'Europe et emploie plusieurs centaines de collaborateurs. Elle vise en 2026 un chiffre d'affaires compris entre 25 et 35 millions d'euros, en croissance de plus de 20 %, avec un résultat opérationnel et des flux de trésorerie positifs.

Surtout, environ la moitié de son activité 2026 est réalisée sur des projets liés à l'hydrogène. C'est là que réside la cohérence de l'opération : plutôt que de bâtir seule ses compétences industrielles, Hopium s'offrirait d'un coup une plateforme rentable, expérimentée et déjà positionnée sur son marché cible.

25-35 M€
Chiffre d'affaires 2026 attendu de la cible
+20 %
Croissance annuelle de la cible
~50 %
Part de l'activité liée à l'hydrogène
10-15 M€
Prix d'acquisition envisagé

Un montage prudent, adossé au plan de redressement

Le prix reflète la situation financière encore fragile d'Hopium. Sur les 10 à 15 millions d'euros envisagés, la structure repose sur un paiement initial et surtout des compléments de prix — des « earn-outs » conditionnés à la performance future — qui pourraient représenter plus des deux tiers de la valorisation totale. Aucun paiement en actions Hopium n'est prévu à ce stade, et le financement pourrait s'appuyer sur la ligne d'obligations convertibles prévue dans le cadre de son plan de redressement modifié.

Ce montage envoie deux signaux. D'abord, la direction veut aligner les intérêts des dirigeants-actionnaires de la cible sur la réussite du rapprochement, en indexant une large part de leur rémunération sur les résultats à venir. Ensuite, il traduit la discipline financière imposée à une entreprise qui reste sous protection judiciaire, dans un contexte où les défaillances d'entreprises battent des records en France.

« Hopium suit sa feuille de route : cette entrée en négociation exclusive constitue une étape importante de notre stratégie de diversification industrielle. »

Thomas Picquette, directeur général d'Hopium

De la voiture à hydrogène au service industriel

Le virage est spectaculaire pour qui se souvient des ambitions initiales d'Hopium. La société avait fait parler d'elle avec la Machina, un prototype de berline à pile à combustible censé rivaliser avec les grandes routières allemandes. Le projet automobile n'a jamais atteint la production de masse, et l'entreprise s'est repositionnée sur les solutions modulaires hydrogène, d'une puissance de 100 à 400 kW, pour la mobilité, l'industrie et l'énergie.

Racheter un prestataire de services techniques rentable, c'est troquer une promesse technologique contre un ancrage industriel concret. La cible apporterait à Hopium des compétences en ingénierie et en installation, une base de clients industriels diversifiée et un accès à plusieurs marchés porteurs — énergie, infrastructures IT, industrie lourde. Un changement d'échelle, mais aussi un changement de nature.

Un calendrier encore semé d'aléas

Rien n'est acquis. La lettre d'intention signée n'est pas engageante, et une période d'exclusivité de quatre mois doit permettre à Hopium de mener ses audits. La signature d'un accord ferme est espérée avant la fin 2026, sous réserve de la levée de plusieurs conditions suspensives, dont la sécurisation du financement. L'entreprise a par ailleurs prévenu que l'opération, significative au regard de sa taille, pourrait relever de l'instruction Euronext sur les « acquisitions inversées » et nécessiter une documentation boursière complémentaire.

Le contexte sectoriel ajoute à la prudence. Après des années d'euphorie, la filière hydrogène traverse une phase de désillusion : de nombreux projets européens ont été reportés ou revus à la baisse, faute de débouchés rentables et de soutien public à la hauteur des annonces. Dans ce paysage, miser sur une cible déjà bénéficiaire, dont l'hydrogène ne représente que la moitié de l'activité, relève d'une forme de réalisme. Hopium ne parie plus sur une révolution technologique, mais sur un flux de trésorerie existant qu'il compte faire fructifier.

Pour Hopium, l'enjeu dépasse cette seule opération. Il s'agit de démontrer qu'une société née d'une ambition technologique surdimensionnée peut se transformer en industriel solvable, capable de croître par acquisitions ciblées. Le pari est loin d'être gagné, mais il a le mérite de la clarté : l'hydrogène, oui, mais rentable et concret.