Vendredi 14 août 2026
Édition nº 1 · ParisIndice d'attention éco : 6 articles / 7 j
Fil actif — 09:15
Le quotidien
du business et de l'économie

actualite-business.fr

Entreprises · Économie
Marchés · International

Levée de fonds · Entreprises

Cédric O lève 11 millions d'euros pour son enceinte IA sans écran pour enfants

Un an après avoir quitté la sphère politique, l'ex-secrétaire d'État au numérique lance Mallow, une enceinte vocale IA pour enfants, avec Balderton Capital et Daphni.

Image d'illustration — un assistant vocal connecté, proche du format sans écran développé par Mallow
Image d'illustration — un assistant vocal connecté, proche du format sans écran développé par MallowPhoto : Arvind Menon / Unsplash

Après deux ans de développement discret, Mallow sort de l'ombre. La startup cofondée par Cédric O, ancien secrétaire d'État chargé du Numérique sous Emmanuel Macron, et Flore Cousin, passée par la fintech Alma, a bouclé une levée de fonds de 11 millions d'euros auprès de Balderton Capital, Daphni et Motier Ventures. L'opération permet à l'équipe, déjà forte de plus de trente salariés, d'accélérer la commercialisation d'un objet pensé pour contourner les écrans dans la chambre des enfants.

Une figurine, une enceinte, pas d'écran

Mallow prend la forme d'une enceinte sans écran destinée aux enfants de 4 à 10 ans. Le principe : chaque jeu, quiz ou aventure est associé à une figurine représentant un personnage. Une fois celle-ci posée sur l'appareil, l'expérience démarre et l'intelligence artificielle embarquée prend le relais pour dialoguer avec l'enfant, le guider dans l'histoire ou l'interroger sur ce qu'il vient d'apprendre. L'enceinte « comprend ce que lui dit l'enfant, lui répond, le guide ou lui pose des questions », selon la description rapportée par Maddyness.

11 M€
Montant levé auprès de Balderton Capital, Daphni et Motier Ventures
120 €
Prix de vente de l'enceinte Mallow
30+
Salariés de la startup
300+
Enfants et familles ayant testé le produit avant lancement

Une architecture IA composite, pas un modèle unique

Contrairement à une approche qui s'appuierait sur un unique modèle généraliste, Mallow a construit un système propriétaire combinant plusieurs technologies d'intelligence artificielle générative, dont certaines développées avec le français Mistral AI. Ce choix traduit une préoccupation récurrente chez les startups qui s'adressent à un public d'enfants : garder le contrôle fin des réponses générées plutôt que de dépendre d'un modèle fermé dont le comportement serait plus difficile à encadrer. L'enceinte est déjà disponible sur le site de Mallow et sur Amazon, au prix de 120 euros.

Rapatriement de la production et ambitions américaines

La fabrication, actuellement réalisée en Chine, pourrait être partiellement rapatriée en Europe à mesure que les volumes progressent — un arbitrage classique pour le hardware grand public, où les premières séries se font souvent sur les chaînes asiatiques avant une éventuelle relocalisation quand l'outil industriel européen devient compétitif. Mallow vise également une implantation aux États-Unis d'ici fin 2027, marché où la demande pour des alternatives aux écrans destinées aux jeunes enfants progresse, porté notamment par l'essor parallèle de produits comme Yoto ou Toniebox sur le segment des enceintes à figurines.

Pour Cédric O, qui avait quitté le gouvernement en 2022 après avoir porté les dossiers de la régulation des plateformes et de la stratégie IA française, Mallow s'inscrit dans une trajectoire d'entrepreneur plus directement tournée vers le produit grand public — à l'opposé de son précédent rôle de régulateur. Le pari : convaincre des parents déjà submergés de propositions d'écrans qu'un objet sans écran, piloté par IA, peut tenir ses promesses pédagogiques sans reproduire les travers de l'exposition numérique.

Un an de tests avant le lancement commercial

Avant de dévoiler publiquement le produit, l'équipe a fait tester le prototype à plus de 300 enfants et familles pendant près d'un an. Cette phase, inhabituellement longue pour une startup hardware, répond à une contrainte spécifique au secteur : un objet destiné aux enfants ne tolère pas la même marge d'erreur qu'une application grand public, où un bug ou une réponse maladroite de l'IA peuvent être corrigés en quelques jours via une mise à jour. Mallow devait s'assurer, avant toute commercialisation, que les réponses générées restent adaptées à un jeune public et que l'expérience tienne la distance sur plusieurs sessions de jeu sans lasser l'enfant ni l'exposer à un contenu inapproprié.

Ce temps long explique aussi en partie le choix d'une architecture combinant plusieurs modèles plutôt qu'un système unique : chaque brique — reconnaissance vocale, génération de réponse, scénarisation du jeu — peut être ajustée indépendamment à mesure que les retours des familles testeuses remontaient. Un modèle générique unique aurait rendu ces ajustements plus difficiles à isoler.

Un marché en pleine recomposition

Le segment des enceintes et jouets connectés pour enfants a connu plusieurs vagues depuis une décennie, des premiers assistants vocaux grand public aux figurines connectées type Toniebox, sans qu'aucun acteur n'ait réussi à imposer durablement l'intelligence artificielle générative comme brique centrale de l'expérience. Mallow mise précisément sur cette couche IA pour se différencier : là où une Toniebox se contente de déclencher un contenu audio préenregistré au dépôt d'une figurine, l'enceinte de Cédric O ambitionne une interaction réellement dynamique, où chaque partie peut se dérouler différemment selon les réponses de l'enfant.

Reste à savoir si les parents, de plus en plus vigilants sur l'exposition de leurs enfants aux technologies d'IA générative, accueilleront favorablement un objet qui en fait justement l'argument de vente. Le pari de Mallow est que l'absence d'écran suffira à rassurer une partie de ce public, tout en captant l'intérêt de familles en quête d'alternatives ludiques et éducatives aux tablettes. Avec 11 millions d'euros en caisse et une trentaine de salariés déjà mobilisés, la startup dispose désormais des moyens de tester cette hypothèse à l'échelle, en France d'abord, puis aux États-Unis si le calendrier d'implantation prévu pour fin 2027 est tenu.