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Spiko lève 90 millions de dollars pour généraliser la trésorerie tokenisée
La fintech française, devenue le premier émetteur mondial de fonds monétaires tokenisés, porte son financement total à 120 M$ pour s'étendre en Europe.

Deux ans après sa création, Spiko revendique déjà le titre de premier émetteur mondial de fonds monétaires tokenisés. La fintech parisienne a annoncé le 6 octobre une levée de série B de 90 millions de dollars (environ 80 millions d'euros) menée par le fonds américain New Enterprise Associates (NEA), portant son financement cumulé à 120 millions de dollars.
Une croissance multipliée par cinq en un an
Spiko gère désormais 2,4 milliards d'euros d'actifs pour plus de 10 000 clients professionnels et particuliers répartis dans plus de 25 juridictions, selon le communiqué officiel de la levée. Ce montant représente une multiplication par cinq des encours en douze mois, un rythme que peu de fintechs françaises ont connu à ce stade de leur développement. L'entreprise propose à ses clients de placer leur trésorerie, en euros, dollars, livres sterling ou francs suisses, dans des fonds monétaires réglementés dont les parts sont émises sous forme de jetons numériques, négociables et transférables en continu plutôt qu'aux seuls horaires des marchés traditionnels.
Le tour de table réunit un cercle d'investisseurs mêlant capital-risque classique et acteurs spécialisés dans les actifs numériques : Index Ventures, Bpifrance, Speedinvest, White Star Capital, Flourish Ventures, Shapers, Blockwall, Frst, EQNX, Mirana Ventures et Wintermute Ventures. Des investisseurs individuels de poids ont également rejoint l'opération, dont Axel Weber, ancien président de la Bundesbank, ainsi que les fondateurs de la néobanque française Qonto.
Faire de la rémunération de trésorerie un service universel
« Chaque personne et chaque organisation détient de la trésorerie, mais que celle-ci rapporte quelque chose dépend encore de qui vous êtes et de combien vous avez. La rémunération devrait être universelle. Notre ambition est de faire en sorte que toute trésorerie rapporte par défaut, en continu », explique Paul-Adrien Hyppolite, cofondateur et directeur général de Spiko, cité dans le communiqué de levée.
Cette promesse répond à un problème concret pour les trésoriers d'entreprise : l'argent placé sur un compte courant classique ne rapporte rien les week-ends, les jours fériés, ou pendant les délais de règlement entre deux établissements bancaires. En logeant la trésorerie dans des fonds monétaires dont les parts sont tokenisées sur une infrastructure blockchain, Spiko affirme pouvoir calculer et distribuer des intérêts heure par heure, et permettre des rachats quasi instantanés plutôt que les délais de J+1 ou J+2 habituels des fonds monétaires traditionnels.
Les fonds serviront à l'expansion européenne
Spiko indique que les fonds levés serviront à lancer de nouveaux produits et à accélérer son implantation dans plusieurs marchés européens — Allemagne, Italie, Espagne et pays nordiques — en renforçant ses équipes basées à Paris et à Londres. La société mise sur la demande croissante des trésoriers d'entreprise pour des solutions de gestion de liquidités plus réactives que les placements bancaires classiques, dans un contexte de taux d'intérêt qui restent attractifs pour les fonds monétaires.
Un secteur porté par l'appétit institutionnel pour la blockchain
L'opération de Spiko s'inscrit dans une semaine particulièrement active pour la French Tech : treize entreprises françaises ont annoncé environ 270 millions d'euros de financements cumulés entre le 5 et le 11 octobre, Spiko représentant à lui seul près du tiers de ce total. Elle confirme aussi l'intérêt croissant des investisseurs traditionnels, via Bpifrance notamment, pour les infrastructures financières construites sur blockchain — un virage que plusieurs grandes institutions, des gestionnaires d'actifs aux banques centrales, explorent également pour moderniser la gestion de la liquidité à grande échelle.
Reste à vérifier si Spiko parviendra à transformer cette avance technique en adoption massive hors de sa base de clients actuelle, alors que des acteurs bancaires établis commencent eux aussi à explorer la tokenisation de leurs propres instruments de trésorerie.
Un pari sur la disponibilité permanente de la liquidité
L'argument central de Spiko repose sur un constat simple : dans une économie mondialisée, la trésorerie d'une entreprise ne devrait pas rester inerte simplement parce que les marchés financiers traditionnels ferment le soir, le week-end ou les jours fériés. En rendant les parts de fonds monétaires négociables en continu sur une infrastructure blockchain, la société affirme pouvoir offrir à ses clients une rémunération calculée heure par heure et des retraits quasi instantanés, là où un fonds monétaire classique impose des délais de règlement de un à deux jours ouvrés. Pour une entreprise qui gère des flux de trésorerie importants et changeants, ce type de flexibilité peut représenter un avantage opérationnel réel, en particulier dans les secteurs où les besoins de liquidité varient fortement d'un jour à l'autre.
Ce positionnement explique aussi l'intérêt d'investisseurs institutionnels traditionnels, comme Bpifrance, pour une technologie encore perçue par beaucoup comme spéculative il y a quelques années. En s'associant à des fonds spécialisés dans les actifs numériques comme Mirana Ventures ou Wintermute Ventures, Spiko se positionne clairement à l'intersection entre la finance réglementée classique et l'écosystème blockchain, un créneau que peu d'acteurs européens occupent aujourd'hui avec une taille d'encours comparable.
Les limites d'un modèle encore jeune
Cette croissance rapide ne dissipe pas toutes les interrogations. Les fonds monétaires tokenisés restent un segment récent, dont la résilience n'a pas encore été testée lors d'un choc de marché majeur ou d'une crise de liquidité généralisée. La multiplication par cinq des encours en un an, aussi impressionnante soit-elle, s'est faite dans un contexte de taux d'intérêt encore relativement élevés qui rendent les produits de trésorerie rémunérée particulièrement attractifs pour les entreprises — une conjoncture qui pourrait évoluer. L'expansion annoncée vers l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et les pays nordiques permettra aussi de mesurer si le modèle de Spiko résiste à des cadres réglementaires nationaux parfois différents en matière de gestion d'actifs et de services de paiement.