Décryptage · Entreprises
Spiko lève 90 millions de dollars pour généraliser les fonds monétaires tokenisés
La fintech parisienne, qui gère 2,7 milliards de dollars de trésorerie tokenisée, boucle une série B menée par NEA pour accélérer en Europe et viser le temps réel.

Deux ans après son lancement, Spiko change d'échelle. La fintech parisienne, qui propose des fonds monétaires tokenisés pour faire fructifier la trésorerie des entreprises et des particuliers, a annoncé le 6 octobre avoir levé 90 millions de dollars en série B auprès de New Enterprise Associates (NEA), portant son financement cumulé à 120 millions de dollars.
Un marché de 50 000 milliards de dollars de cash qui ne rapporte presque rien
Le constat de départ de Spiko, rappelé dans son communiqué, tient en une statistique : en Europe et aux États-Unis, entreprises et particuliers détiennent environ 50 000 milliards de dollars en cash et en dépôts, une masse qui rapporte le plus souvent très peu, alors que les taux directeurs s'établissent à 2,5 % en zone euro et proche de 4 % aux États-Unis. Sur une somme de cette taille, chaque point de rendement représente 500 milliards de dollars par an — une valeur aujourd'hui captée en majorité par les banques et les grandes institutions financières, selon la société.
« Chaque personne et chaque organisation détient du cash, pourtant qu'il rapporte quelque chose dépend encore de qui vous êtes et de combien vous en avez. Notre ambition est de faire que tout le cash rapporte par défaut, en continu. »
Paul-Adrien Hyppolite, cofondateur et directeur général de SpikoSpiko a démarré avec des fonds monétaires accessibles via une application web et mobile ou par API, en euros, dollars, livres sterling et francs suisses — des véhicules financiers déjà courants pour les trésoriers américains, mais encore peu répandus en Europe. Deux ans plus tard, la plateforme revendique 2,7 milliards de dollars placés dans ses fonds, en hausse de plus de cinq fois en douze mois, et plus de 10 000 clients professionnels et particuliers répartis dans plus de 25 pays.
Des tours de table prestigieux et un pari sur le temps réel
Le tour de financement réunit, outre NEA — un fonds de capital-risque qui gère plus de 38 milliards de dollars d'actifs —, des investisseurs historiques comme Index Ventures, Bpifrance, Speedinvest, White Star Capital, ainsi que de nouveaux entrants tels que Flourish Ventures, Shapers, Blockwall, Frst, EQNX, Mirana Ventures et Wintermute Ventures. Des investisseurs individuels de poids ont également participé, parmi lesquels Axel Weber, ancien président de la Bundesbank, et les fondateurs de Qonto.
« Paul-Adrien et Antoine construisent la maison par défaut pour la trésorerie. Les fonds monétaires sont un terrain où la confiance se gagne, et ce même modèle s'étend naturellement à de nouveaux marchés et de nouveaux produits. »
Philip Chopin, Managing Director et responsable Europe chez NEAL'argent levé doit financer trois priorités : le lancement de nouveaux produits, l'entrée sur de nouveaux marchés — Spiko, déjà présente à Londres et à Paris, construit des équipes locales en Allemagne, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas et dans les pays nordiques — et le recrutement. L'enjeu technique central porte sur le passage à un fonctionnement en continu : les fonds monétaires classiques ne traitent les opérations que les jours ouvrés, au rythme des systèmes de paiement traditionnels, alors que l'argent circule désormais 24 heures sur 24, poussé par les logiciels et, de plus en plus, par des agents d'intelligence artificielle.
L'enjeu : rendre la trésorerie programmable
Les parts des fonds Spiko sont enregistrées sur la blockchain, la même infrastructure ouverte que celle utilisée par les stablecoins, ce qui permet selon la société de rendre la trésorerie « programmable » : une équipe financière peut fixer une fois pour toutes des règles de gestion — retirer automatiquement les sommes nécessaires au paiement des salaires et des fournisseurs, ou placer sur un fonds à terme plus rémunérateur le cash dont elle n'aura pas besoin avant plusieurs mois. Ces règles s'appliquent en continu et peuvent être ajustées via l'API de Spiko, depuis un logiciel de gestion de trésorerie, ou par un agent d'intelligence artificielle.
Sur le marché européen de la tokenisation d'actifs financiers, où BlackRock et Franklin Templeton ont également investi, Spiko revendique désormais la première place en volume de fonds tokenisés dédiés à la trésorerie. Reste à transformer cette avance technique en adoption plus large auprès des trésoriers d'entreprise européens, un public historiquement prudent face aux nouveaux instruments financiers, pour que la promesse d'un cash qui « rapporte en continu » dépasse le cercle des premiers clients convertis.