Analyse · International
TotalEnergies finalise son entrée dans le permis géant de Mopane en Namibie
TotalEnergies boucle l'acquisition de 40 % du permis PEL 83 en Namibie, qui abrite la découverte Mopane et ses 1,3 milliard de barils de ressources.

TotalEnergies vient de sécuriser l'une des positions les plus convoitées de l'exploration pétrolière mondiale. Le groupe français a finalisé le 3 septembre 2026 son entrée comme opérateur dans le permis PEL 83, au large de la Namibie, qui abrite la découverte géante de Mopane. Une opération qui matérialise l'accord conclu avec le portugais Galp fin 2025 et confirme le virage namibien de la major tricolore.
Un gisement de classe mondiale
L'enjeu se mesure au volume des ressources en jeu. Les découvertes de Mopane représentent une estimation de ressources d'environ 1,3 milliard de barils équivalent pétrole (catégorie 3C), un ordre de grandeur qui place le permis dans la catégorie des actifs stratégiques mondiaux. C'est cette perspective qui a poussé TotalEnergies à prendre 40 % du permis et, surtout, la position d'opérateur — celle qui confère le pilotage technique et industriel du projet.
L'acquisition s'inscrit dans un échange croisé avec Galp, qui reste présent à hauteur de 40 % sur PEL 83 tout en entrant sur d'autres blocs opérés par le français. Au terme de l'opération, l'actionnariat de PEL 83 réunit TotalEnergies (40 %, opérateur), Galp (40 %), la compagnie nationale Namcor (10 %) et Custos (10 %). Financièrement, TotalEnergies prend en charge la moitié des dépenses d'exploration et de développement de Galp, un soutien qui sera remboursé via l'accès à 50 % des flux de trésorerie futurs du projet.
Un calendrier qui court jusqu'en 2032
Le passage de l'accord à la production sera long, comme souvent dans l'offshore profond. TotalEnergies prévoit de lancer une campagne de trois puits d'exploration et d'évaluation sur PEL 83 dès le quatrième trimestre 2026. L'objectif est de préciser le potentiel réel de Mopane avant d'engager les capitaux massifs qu'exige un développement en mer. La décision finale d'investissement (FID) n'est attendue qu'en 2028, pour une première production visée à l'horizon 2032.
Ce séquencement — forer, évaluer, puis décider — illustre la prudence de rigueur sur des projets dont le coût se chiffre en milliards. « La finalisation de l'entrée de TotalEnergies dans PEL 83 représente une étape décisive pour Mopane, pour la coentreprise et pour Sintana », a résumé Robert Bose, directeur général de Sintana Energy, présent indirectement au capital via Custos. La major française, elle, avance méthodiquement : chaque puits foré réduit l'incertitude géologique avant l'engagement définitif.
La Namibie, nouvelle frontière pétrolière
L'opération confirme surtout le pari de TotalEnergies sur la Namibie, devenue en quelques années l'une des zones d'exploration les plus prometteuses de la planète après une série de découvertes majeures dans le bassin d'Orange. Le groupe y détient plusieurs permis et y concentre une part croissante de ses efforts d'exploration, dans une logique de renouvellement de ses réserves à long terme.
Le bassin d'Orange, à cheval sur les eaux namibiennes et sud-africaines, concentre désormais l'attention de toutes les majors depuis les découvertes en série de la fin de la décennie précédente. TotalEnergies y opère notamment la découverte Venus, sur le permis voisin PEL 56, autre gisement majeur du portefeuille namibien du groupe. En sécurisant Mopane, la major française densifie sa présence dans une zone qu'elle connaît déjà bien et où elle peut espérer mutualiser demain les infrastructures de développement entre plusieurs gisements, un facteur clé pour abaisser le coût au baril.
Ce choix n'est pas sans tension avec la trajectoire climatique affichée par la major, qui met en avant sa montée en puissance dans l'électricité et les énergies bas carbone. En misant sur un gisement dont la première production n'interviendrait pas avant 2032, TotalEnergies fait le pari que le pétrole restera un marché rentable durant la décennie de transition, et que les actifs à bas coût de production comme Mopane resteront compétitifs même dans un scénario de demande déclinante. Un arbitrage assumé, qui place la discipline financière et la qualité des barils au cœur de sa stratégie amont.
Pour la Namibie, l'arrivée d'un opérateur de premier plan aux commandes de Mopane est un signal fort quant à la crédibilité de son sous-sol. Pour TotalEnergies, c'est une brique supplémentaire dans un portefeuille amont que le groupe entend garder rentable, quitte à assumer le grand écart entre exploration pétrolière et discours de transition.