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Automobile : la France et l'Allemagne s'accordent sur un compromis CO2 contre 2035
Paris accepte des flexibilités sur les émissions de CO2 en 2035, Berlin une préférence européenne plus stricte pour les composants automobiles.

La France et l'Allemagne ont trouvé un accord provisoire pour préserver l'avenir de l'industrie automobile européenne, en marge d'un sommet européen à Bruxelles le 15 octobre, rapporte Le Figaro sur la base d'un document négocié entre les deux capitales. Le texte doit encore recevoir le feu vert du parti social-démocrate (SPD), partenaire de la coalition allemande.
Un donnant-donnant entre écologie et protectionnisme
Le compromis repose sur un échange de concessions. Paris accepte des flexibilités supplémentaires sur la trajectoire d'émissions de CO2 des voitures neuves en 2035, un objectif que l'industrie allemande jugeait trop strict pour préserver ses chaînes de production thermiques. En contrepartie, Berlin accepte une définition plus stricte de la « préférence européenne » : les entreprises qui bénéficient de fonds publics devront s'approvisionner en composants fabriqués au sein de l'Union européenne ou chez des partenaires proches, comme le Royaume-Uni, la Norvège ou la Suisse.
Selon le document consulté par l'AFP, les industriels devront malgré tout continuer à réduire les émissions de CO2 de leurs gammes, mais avec davantage de marge de manœuvre qu'initialement prévu par la Commission européenne, notamment via le recours à des biocarburants. Londres a salué la mesure de préférence européenne comme « une bonne nouvelle pour l'industrie automobile britannique », signe que l'accord franco-allemand dépasse le simple cadre bilatéral.
Une pression chinoise en toile de fond
Cet accord intervient alors que les constructeurs européens réclament depuis plusieurs mois une réponse plus ferme face à l'afflux de véhicules électriques chinois sur le marché continental. Le patron de Renault a récemment plaidé pour des quotas d'importation sur l'ensemble des voitures chinoises, et pas seulement sur les modèles électriques — une demande que le futur cadre de « préférence européenne » pourrait partiellement satisfaire en favorisant les composants produits localement.
L'accord doit encore permettre à l'Union européenne d'avancer sur son « paquet automobile » et sur sa législation relative à la préférence européenne, actuellement en négociation entre les Vingt-Sept et le Parlement européen. Le calendrier politique reste toutefois incertain : au-delà du feu vert attendu du SPD, le texte devra être validé par l'ensemble des États membres avant toute entrée en vigueur.
Pourquoi ce compromis compte pour les deux industries
Pour les constructeurs français, l'assouplissement de la trajectoire CO2 2035 offre un répit bienvenu, alors que la transition vers le tout-électrique s'est révélée plus coûteuse et plus lente que prévu, pénalisée par la concurrence des modèles chinois moins chers et par une demande des ménages encore timide face au prix des véhicules électriques. Les flexibilités obtenues, notamment via les biocarburants, permettent de lisser l'investissement industriel sur une période plus longue sans renoncer totalement à l'objectif climatique. Pour l'Allemagne, dont l'industrie automobile pèse plus lourd dans le PIB qu'en France et emploie directement ou indirectement plusieurs millions de salariés, ce répit est perçu comme une question de survie industrielle à court terme pour les sites de production de moteurs thermiques et hybrides.
En échange, la définition plus stricte de la préférence européenne répond à une demande portée depuis plusieurs années par Paris, qui craint de voir les aides publiques au secteur automobile — crédits d'impôt, subventions à l'achat de véhicules électriques, soutien à la recherche — profiter indirectement à des composants fabriqués hors d'Europe, notamment en Chine. En conditionnant ces aides à un approvisionnement européen ou chez des partenaires proches, le texte vise à rapatrier une partie de la chaîne de valeur, des batteries aux semi-conducteurs automobiles, sur le sol européen.
Les limites d'un accord encore provisoire
Ce compromis franco-allemand ne règle pas tout. Il doit encore être validé par le reste de la coalition allemande, où le SPD a par le passé défendu des positions plus ambitieuses sur le plan climatique, et pourrait négocier des contreparties supplémentaires avant de donner son feu vert. Il devra ensuite être porté devant les Vingt-Sept, où des pays comme les Pays-Bas ou les pays scandinaves, plus avancés dans l'électrification de leur parc automobile, pourraient contester un assouplissement perçu comme un recul climatique. Le Parlement européen, de son côté, devra également se positionner sur la version finale du « paquet automobile », avec le risque que certains eurodéputés jugent la préférence européenne insuffisamment contraignante pour protéger réellement l'industrie du continent face aux importations chinoises.
Le sort de cet accord illustre en tout cas la difficulté croissante, pour l'Union européenne, de concilier ambition climatique et compétitivité industrielle dans un secteur qui emploie directement plus de deux millions de personnes sur le continent et qui reste, pour la France comme pour l'Allemagne, un pilier de leur économie exportatrice.