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Casinos : l'allemand Merkur verrouille le contrôle de Société Française de Casinos et lancera une OPA
Merkur a signé l'accord définitif pour prendre le contrôle de Société Française de Casinos à 6,19 euros par action, un prix qui déclenchera une offre publique sur le reste du capital.

Le mouvement de concentration du marché français des casinos passe la seconde. Le 18 septembre, Société Française de Casinos (SFC) a annoncé la signature de l'accord définitif relatif à l'acquisition indirecte, par le groupe allemand Merkur, d'une participation majoritaire, dans un communiqué diffusé via Actusnews. Concrètement, Merkur met la main sur 95 % de Casigrangi, la holding qui contrôle 81,21 % de SFC. Le prix retenu valorise l'action SFC à 6,19 euros — soit une prime spectaculaire, de l'ordre de 196 % sur la moyenne des cours des 240 dernières séances, selon Les Enjeux.
Une offre publique obligatoire à la clé
Franchir le seuil du contrôle majoritaire d'une société cotée n'est pas neutre en droit boursier français. En prenant indirectement plus de 30 % du capital de SFC, Merkur sera tenu de déposer une offre publique d'achat simplifiée (OPAS) visant l'ensemble des actions qu'il ne détient pas encore, au même prix de 6,19 euros par titre, réglé en numéraire. C'est le principe de l'égalité de traitement des actionnaires minoritaires : ils doivent pouvoir sortir aux mêmes conditions que le vendeur du bloc de contrôle.
À 6,19 euros l'action, le prix envoie un signal clair sur l'appétit des grands opérateurs européens pour un actif jusque-là modeste et peu liquide. La prime massive traduit moins la valeur des flux actuels de SFC que la valeur stratégique de ses licences d'exploitation, rares et strictement encadrées en France.
Quatre casinos de bord de mer et de station thermale
Société Française de Casinos reste un acteur de taille modeste. Le groupe exploite quatre établissements : Châtel-Guyon, station thermale du Puy-de-Dôme, et trois casinos du littoral occitan, à Collioure, Gruissan et Port-la-Nouvelle. Sur l'exercice 2024-2025 (clos fin octobre 2025), le chiffre d'affaires brut consolidé s'est élevé à 22,41 millions d'euros. Sur le premier semestre de l'exercice en cours, entre novembre 2025 et avril 2026, il a progressé de 4,8 %, à 10,9 millions d'euros, selon ABC Bourse.
L'exploitation des casinos concentre 95,8 % de l'activité, le solde provenant de la restauration, de l'hôtellerie et de l'animation. Comme dans l'ensemble du secteur, l'essentiel du produit des jeux vient des machines à sous, qui pèsent plus de 80 % du produit brut des jeux au niveau national d'après l'Autorité nationale des jeux (ANJ). Cette dépendance aux machines à sous fait de la modernisation du parc et de l'expérience client les principaux leviers de rentabilité — précisément le terrain de jeu d'un industriel comme Merkur, qui conçoit lui-même ses équipements.
Pour un groupe de cette taille, adossé à quatre licences seulement, passer sous le pavillon d'un géant européen change d'échelle. Merkur peut apporter sa puissance d'achat, ses machines maison et son savoir-faire d'exploitation, là où SFC restait un acteur de niche aux moyens limités. L'enjeu, pour les collectivités qui accueillent ces établissements souvent essentiels à l'économie touristique locale, sera de vérifier que le nouvel actionnaire maintient l'emploi et l'ancrage territorial de ces casinos de proximité.
Un géant familial allemand à l'assaut de la France
Derrière Merkur se cache un poids lourd méconnu du grand public. Fondée en 1957 par Paul Gauselmann et basée à Espelkamp, en Allemagne, l'entreprise familiale a dépassé 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024 et emploie plus de 15 000 personnes dans le monde. Sa force : un modèle verticalement intégré, à la fois fabricant et exploitant de machines de jeu, sans véritable équivalent en France.
L'opération n'est pas isolée. Elle fait suite au rachat des Vikings Casinos — onze établissements — par l'autrichien Novomatic à l'été 2025. Deux mouvements qui signalent l'entrée en force d'opérateurs industriels européens sur un marché hexagonal encore fragmenté, dominé historiquement par les groupes Barrière, Partouche et JOA. À la clé, une possible remise à plat des dynamiques concurrentielles et de la valorisation des licences, dans un secteur où les autorisations d'exploiter valent souvent bien plus que les murs. Pour les minoritaires de SFC, l'échéance immédiate reste plus terre à terre : décider s'ils apportent leurs titres à 6,19 euros ou parient sur la stratégie du nouveau propriétaire allemand.