Levée de fonds · Entreprises
Actionable lève 9,5 millions d'euros pour prédire la satisfaction client par l'IA
Fondée par l'ex-DG France de Criteo, la start-up parisienne veut devenir leader mondial de la relation client prédictive. Hi inov mène le tour, avec des clients comme Carrefour, SNCF ou Sephora.

Deux ans et cinq mois après son lancement, Actionable passe à la vitesse supérieure. La start-up parisienne, qui applique l'intelligence artificielle à la prédiction de la satisfaction client, a annoncé le 9 septembre une levée de 9,5 millions d'euros menée par Hi inov, avec la participation d'Axeleo Capital, déjà présent lors du tour d'amorçage. Un financement destiné à transformer une jeune pousse déjà bien installée auprès des grands comptes français en acteur international de la « predictive CX ».
Car la particularité d'Actionable tient à son carnet d'adresses, inhabituel pour une entreprise aussi jeune. La société revendique seize grands comptes, parmi lesquels Carrefour, Sephora, SNCF, Edenred, Engie ou encore Ouigo — un portefeuille qui témoigne d'une adoption rapide de sa technologie par des acteurs de premier plan.
De l'analyse de la satisfaction à sa prédiction
L'ambition d'Actionable n'est pas de mesurer la satisfaction client a posteriori, mais de l'anticiper. La plateforme se connecte aux données brutes des entreprises et croise des sources multiples — transactionnel, CRM, web analytics — pour générer des scores prédictifs : risque d'attrition, probabilité de réclamation, propension au réachat. L'objectif est de permettre aux marques d'agir avant que le client mécontent ne parte, plutôt que de constater les dégâts une fois la relation rompue.
« Nous voulons devenir les leaders mondiaux de la predictive CX. »
Nicolas Rieul, cofondateur et co-CEO d'ActionableLe pedigree des fondateurs n'est pas étranger à la crédibilité de la jeune pousse. Nicolas Rieul, coprésident-directeur général, est l'ancien directeur général France de Criteo et préside l'Alliance Digitale. Il codirige Actionable avec Nans Thomas. Ensemble, ils ont bâti en un peu plus de deux ans une plateforme qui analyse aujourd'hui le parcours de 117 millions de consommateurs.
Un cap fixé sur les marchés anglo-saxons
Le produit d'Actionable a franchi une première étape commerciale, avec un revenu annuel récurrent atteignant 1 million d'euros à fin décembre 2025 pour une équipe encore réduite à une dizaine de personnes. Ce ratio — un chiffre d'affaires récurrent significatif rapporté à un effectif restreint — est précisément ce qui séduit les investisseurs : il traduit une forte efficacité commerciale et un potentiel de croissance rapide dès lors que les moyens suivent. La levée doit précisément servir à changer d'échelle, sur le produit comme sur la conquête commerciale.
Les fonds financeront trois chantiers : le renforcement du produit et de l'ingénierie, l'expansion internationale — avec une priorité affichée sur les marchés britannique et américain — et le recrutement de 30 profils en recherche et développement, commerce, support client et marketing au cours des douze prochains mois. Ce plan d'embauches triplerait quasiment l'effectif actuel, un saut d'échelle exigeant pour une structure encore jeune, qui devra recruter vite sans diluer la culture qui a fait son efficacité. Pour attaquer l'international, la start-up mise sur un réseau de partenaires revendeurs plutôt que sur l'ouverture de bureaux en propre, une stratégie moins coûteuse mais qui repose sur la capacité à animer et à former ces relais commerciaux à distance.
La levée d'Actionable s'inscrit dans un marché du financement de la French Tech qui reste porté par l'intelligence artificielle, l'IA concentrant une part croissante des opérations. Après un premier semestre 2026 marqué par des levées à deux vitesses, où quelques grosses opérations liées à l'IA tiraient l'ensemble, ce tour de table de taille intermédiaire illustre la maturité d'un segment applicatif : celui de l'IA mise au service d'un métier précis, ici la relation client, plutôt que des modèles fondamentaux.
Reste à confirmer que le passage du marché français aux États-Unis, où la concurrence des plateformes de relation client est féroce, se fera aussi vite que l'ascension hexagonale de la start-up. Le choix d'un développement via des partenaires revendeurs, moins capitalistique que l'ouverture de bureaux, réduit le risque mais impose de convaincre des intermédiaires de porter une marque encore inconnue outre-Atlantique. C'est tout l'enjeu des dix-huit prochains mois pour Actionable.