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Arlequin AI lève 28 millions d'euros pour bâtir l'alternative européenne à Palantir
La deeptech parisienne boucle une série A de 28 millions d'euros pour analyser les données sensibles des États et des banques, avec le soutien du fonds défense de Bpifrance.

Construire un champion européen de l'analyse de données sensibles, sur le terrain occupé par l'américain Palantir : c'est le pari d'Arlequin AI, qui vient de lever 28 millions d'euros en série A. La deeptech parisienne, fondée en 2024, porte ainsi son financement total à 32,4 millions d'euros depuis sa création, après un premier tour d'amorçage de 4,4 millions bouclé en juin 2025. L'opération est rapportée par Maddyness et FrenchWeb.
Le tour de table est mené par le fonds suisse redalpine et le polonais OTB Ventures, aux côtés du fonds Definvest de Bpifrance dédié à l'innovation de défense, de Vsquared Ventures, de 10x Founders et de l'investisseur Xavier Niel. La présence d'un véhicule public tourné vers la défense en dit long sur le positionnement recherché : celui d'un outil souverain, pensé pour des clients pour qui la localisation des données et l'indépendance technologique ne sont pas des détails.
Une technologie qui cartographie les relations cachées
Arlequin AI ne construit pas un énième grand modèle de langage. La société développe ce qu'elle appelle des « réseaux de neurones topologiques », une architecture qui ne raisonne pas sur des séquences de mots mais sur les relations simultanées entre de multiples éléments : groupes, cycles, hiérarchies. L'objectif est de détecter, dans de vastes ensembles de données, des configurations complexes qui échappent à l'analyse événement par événement.
Concrètement, cette approche vise des cas d'usage où l'enjeu est de relier des signaux dispersés : repérer un réseau de blanchiment d'argent, identifier une vulnérabilité dans une chaîne logistique ou cartographier une organisation à partir de traces éparses. Autant de problèmes où la valeur ne réside pas dans une donnée isolée, mais dans les liens invisibles qui les unissent.
Des fondateurs venus de la recherche
La singularité d'Arlequin AI tient aussi à ses fondateurs. La société a été lancée par Hugo Micheron, chercheur en science politique spécialiste du djihadisme, ancien membre de Princeton et enseignant à Sciences Po, et par Antoine Jardin, ex-ingénieur de recherche au CNRS spécialisé dans la science des données. Un profil académique inhabituel dans l'écosystème des jeunes pousses de l'intelligence artificielle, mais cohérent avec la nature des problèmes que la société entend résoudre : l'analyse de phénomènes sociaux et organisationnels complexes.
L'équipe compte aujourd'hui une trentaine de salariés, dont huit dédiés à la recherche et au développement. Parmi les références publiques citées figurent Radio France et BNP Paribas, mentionnées en 2025, même si la société ne communique aucun chiffre d'affaires.
Le positionnement souverain, argument et pari
Arlequin AI se revendique explicitement comme « l'alternative souveraine européenne à Palantir ». La comparaison est ambitieuse : le groupe américain, valorisé plusieurs centaines de milliards de dollars en Bourse, s'est imposé auprès des agences de renseignement et des armées occidentales. Face à lui, la deeptech française se positionne sur un créneau où la souveraineté des données constitue un argument commercial autant qu'une contrainte réglementaire, notamment pour les administrations européennes réticentes à confier leurs informations les plus sensibles à un acteur soumis au droit extraterritorial américain.
Le terrain est toutefois déjà occupé. Arlequin devra composer avec le britannique Quantexa, le français Linkurious — racheté par l'australien Nuix —, ainsi qu'avec Primer, Babel Street ou Dataminr. Sur ce marché de niche mais stratégique, la différenciation technologique et la capacité à décrocher des contrats publics feront la différence.
Une expansion à l'américaine
Les fonds levés serviront à accélérer le développement des modèles, à recruter et à ouvrir de nouveaux bureaux à Londres et à Berlin. La société prévoit par ailleurs d'implanter un laboratoire dans la Silicon Valley, un choix révélateur des arbitrages qui traversent la deeptech européenne : se revendiquer souveraine tout en allant chercher les talents de l'intelligence artificielle là où ils se concentrent, en Californie.
Reste que la participation du fonds défense de Bpifrance ne vaut pas contrat opérationnel ni validation par un État. Elle signale un intérêt stratégique, pas une commande. Pour transformer l'essai, Arlequin devra convertir sa promesse technologique en déploiements concrets, dans un secteur où les cycles de vente sont longs et où la confiance se gagne dossier par dossier. Le regain de financement de la French Tech au premier semestre 2026 lui offre un contexte favorable ; l'exécution fera le reste.