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Gaumont réduit ses pertes de moitié : le chiffre d'affaires bondit de 33 % au premier semestre

Le studio français voit ses revenus grimper à 85 millions d'euros au premier semestre 2026, porté par le cinéma et l'export, et ramène sa perte nette à 1,3 million.

Image d'illustration — une salle de cinéma vide, secteur dont dépend le studio Gaumont pour la fréquentation de ses films.
Image d'illustration — une salle de cinéma vide, secteur dont dépend le studio Gaumont pour la fréquentation de ses films.Photo : Felix Mooneeram / Unsplash

Le plus ancien studio de cinéma du monde encore en activité renoue avec une trajectoire de redressement. Gaumont a publié le 10 septembre 2026 ses comptes semestriels arrêtés au 30 juin, faisant état d'un chiffre d'affaires consolidé de 85,0 millions d'euros, en hausse de 33 % par rapport aux 64,3 millions d'euros du premier semestre 2025. Surtout, le groupe a divisé sa perte nette par près de quatre, à 1,3 million d'euros contre 5,0 millions un an plus tôt, selon le communiqué financier diffusé par la société.

Fondée en 1895, la maison à la marguerite vit depuis plusieurs années au rythme heurté des sorties de films et des livraisons de séries, un modèle par nature cyclique où un semestre chargé peut faire basculer les comptes. Le premier semestre 2026 a bénéficié d'un calendrier favorable, avec quatre films sortis en salles et cinq productions audiovisuelles livrées, une densité qui explique l'essentiel du rebond.

Le cinéma et l'export en pointe

La croissance se lit dans les deux moteurs du groupe. L'activité de production et distribution de films français a généré 50,6 millions d'euros de revenus, en progression de 40 %, portée par une fréquentation de 4,2 millions d'entrées en salles sur la période. La production audiovisuelle, l'autre pilier, atteint 28,3 millions d'euros, en hausse de 26 %, alimentée par des livraisons phares comme la quatrième partie de la série Lupin et la production allemande Unfamiliar.

85,0 M€
Chiffre d'affaires du premier semestre 2026 (+33 %)
1,3 M€
Perte nette, contre 5,0 M€ un an plus tôt
4,2 M
Entrées en salles pour les quatre films sortis
+86 %
Bond des ventes à l'export

L'international constitue la vraie surprise du semestre. Les ventes à l'export ont bondi de 86 %, tirées notamment par le succès de titres comme Le Mage du Kremlin. Cette dynamique confirme la stratégie du studio, qui mise depuis plusieurs années sur la circulation internationale de ses œuvres pour lisser la dépendance au seul marché français et capter la demande mondiale de contenus premium alimentée par les plateformes de streaming.

Ce rééquilibrage géographique répond à une contrainte structurelle du cinéma français : un marché domestique certes solide, mais trop étroit pour amortir seul le coût croissant des productions. En vendant ses films et ses séries à des diffuseurs étrangers, Gaumont transforme des œuvres pensées pour le public français en actifs valorisables à l'échelle mondiale, tout en s'appuyant sur un catalogue qui continue de générer des revenus longtemps après la première exploitation.

Une structure financière préservée

Au-delà des revenus, la solidité du bilan reste un enjeu central pour un acteur dont l'activité mobilise d'importants capitaux avant même la sortie d'une œuvre. La trésorerie nette du groupe s'établit à 39,3 millions d'euros, en repli par rapport aux 45,2 millions de fin 2025 — une variation logique dans un métier où le financement des productions précède les recettes. Pour sécuriser ses marges de manœuvre, Gaumont a renouvelé une ligne de crédit renouvelable de 50 millions d'euros jusqu'en mai 2028.

Cette gestion prudente du bilan distingue Gaumont d'acteurs plus endettés du secteur. Là où certains groupes de médias ont dû se restructurer sous la pression financière — à l'image des mouvements observés chez Vivendi —, le studio conserve une trésorerie positive qui lui laisse la main pour investir dans son pipeline de productions.

Un semestre qui ne préjuge pas de l'année

La prudence reste toutefois de mise. Dans l'industrie du cinéma, la performance d'un semestre dépend étroitement du calendrier des sorties, et un bon premier semestre ne garantit pas un exercice équilibré. Gaumont annonce trois films supplémentaires prévus en salles d'ici la fin 2026, dont le succès conditionnera l'atterrissage annuel. La perte nette, bien que réduite, rappelle que l'équilibre reste fragile.

Le studio évolue par ailleurs dans un marché en pleine recomposition, où la fréquentation des salles se cherche encore face à la concurrence du streaming, et où les plateformes sont devenues à la fois des clients incontournables et des rivaux directs pour l'attention du public. La capacité de Gaumont à vendre ses séries à l'international, tout en préservant sa présence en salles, sera déterminante pour transformer ce redressement semestriel en trajectoire durable. Pour l'heure, le doyen des studios prouve qu'un patrimoine plus que centenaire peut encore trouver sa place dans l'économie mondialisée des contenus.