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Levée de fonds

Amoéba lève 9,7 millions d'euros pour desserrer l'étau de sa dette

La greentech lyonnaise boucle une augmentation de capital qui réduit sa dette de 9 millions d'euros et doit financer sa technologie de biocontrôle.

Image d'illustration — un laboratoire de biotechnologie, l'univers industriel dans lequel évolue Amoéba.
Image d'illustration — un laboratoire de biotechnologie, l'univers industriel dans lequel évolue Amoéba.Photo : Trnava University / Unsplash

Amoéba, petite entreprise de biotechnologie installée à Chassieu, dans le Rhône, a annoncé le 27 octobre le succès d'une augmentation de capital de 9,7 millions d'euros, une opération ouverte à tous les actionnaires et assortie de bons de souscription. Elle illustre une voie de financement moins spectaculaire que les levées de fonds en capital-risque mises en avant habituellement dans la presse économique, mais tout aussi révélatrice des tensions de trésorerie que traversent de nombreuses PME technologiques françaises cotées, confrontées à des investisseurs institutionnels plus sélectifs qu'il y a trois ans.

Un montage hybride entre cash frais et conversion de dette

Sur les 9,7 millions d'euros levés, 3,7 millions ont été souscrits en numéraire tandis que 6 millions correspondent à la conversion d'obligations détenues par Nice & Green, l'actionnaire de référence de la société qui agit comme bailleur de fonds spécialisé dans le financement de petites valeurs cotées. Le prix de souscription a été fixé à 0,30 euro par action, avec l'émission de 32,3 millions d'actions nouvelles. Cette conversion ramène la dette obligataire due à Nice & Green de 11,9 millions d'euros au 30 juin 2026 à seulement 3 millions d'euros, un allègement que la société chiffre à environ 1,5 million d'euros d'économies de frais financiers sur trois exercices.

9,7 M€
Montant total de l'augmentation de capital
6 M€
Part de la dette Nice & Green convertie en actions
3,7 M€
Part souscrite en numéraire
0,30 €
Prix de souscription par action nouvelle

AXPERA, la technologie à base d'amibes qui doit financer la croissance

Amoéba développe une technologie brevetée dite AXPERA, qui exploite des amibes pour des usages de biocontrôle agricole et de cosmétique, un positionnement de niche dans la chimie verte où l'entreprise affirme viser 40 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'horizon 2029. Les fonds levés doivent financer à 70 % les besoins opérationnels courants et à 30 % la commercialisation de cette technologie, en particulier son extension à des cultures agricoles jusqu'ici non couvertes par les solutions existantes de l'entreprise. Le directeur général Jean-François Doucet a salué « un palier majeur » qui doit permettre d'« accélérer la feuille de route commerciale » du groupe.

« Le succès de cette double opération de levée de fonds marque un palier majeur. Nous pouvons désormais accélérer notre feuille de route commerciale et travailler à étendre notre technologie AXPERA à des cultures non couvertes. »

Jean-François Doucet, directeur général d'Amoéba

Un test pour les petites valeurs de la greentech française

Le montant levé reste modeste à l'échelle du marché — l'équivalent d'une levée de série A pour une jeune pousse non cotée — mais il confirme la difficulté qu'ont les petites capitalisations technologiques françaises à accéder à des financements classiques dans un contexte de taux encore élevés et d'appétit limité des investisseurs pour les biotechnologies agricoles, un secteur jugé prometteur mais encore mal valorisé en Bourse. L'opération combinée, en intégrant une précédente tranche de financement, porte à 17,6 millions d'euros le total mobilisé par Amoéba récemment, dont 7,6 millions en cash, et réduit sa dette brute de 9 millions d'euros. Pour une société dont la survie dépendait en partie de sa capacité à refinancer ses échéances obligataires, ce désendettement partiel offre un répit avant le jugement, décisif, du marché sur sa capacité à transformer sa technologie en revenus récurrents.

Nice & Green, un financeur récurrent des petites valeurs technologiques

Le rôle de Nice & Green dans ce dossier illustre une pratique devenue courante pour les petites capitalisations cotées en difficulté de trésorerie : le recours à des financeurs spécialisés dans les obligations convertibles, capables d'avancer des liquidités contre des titres de dette remboursables en actions. Ce type de montage, parfois critiqué pour l'effet dilutif qu'il entraîne sur les actionnaires historiques — avec l'émission de plus de 32 millions d'actions nouvelles dans le cas d'Amoéba — reste souvent la seule option disponible lorsque les marchés actions traditionnels se montrent trop frileux pour financer une recherche appliquée longue et incertaine comme celle du biocontrôle agricole. En devenant actionnaire à hauteur de 34,12 % du capital après le règlement de l'opération, Nice & Green consolide sa position de partenaire de long terme plutôt que de simple créancier, ce qui aligne, au moins sur le papier, ses intérêts avec la réussite commerciale de la société.

Le biocontrôle agricole, un marché encore embryonnaire mais stratégique

Le secteur du biocontrôle, qui vise à remplacer une partie des pesticides chimiques par des solutions issues du vivant, bénéficie d'un soutien réglementaire croissant en France et en Europe, porté par les objectifs de réduction de l'usage des produits phytosanitaires de synthèse. Amoéba, qui mise sur une espèce d'amibe capable de s'attaquer à des agents pathogènes des cultures, doit désormais démontrer que sa technologie AXPERA peut passer de l'échelle expérimentale à une diffusion commerciale large auprès des exploitants agricoles, un chemin semé d'obstacles réglementaires et de délais d'homologation souvent longs. L'allègement de la dette obtenu grâce à cette opération lui donne une marge de manœuvre supplémentaire pour tenir ce calendrier sans être contrainte à de nouvelles levées d'urgence à court terme, un répit précieux dans un secteur où plusieurs concurrents européens ont déjà dû déposer le bilan faute de financement suffisant pour franchir le cap de la commercialisation.