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Décryptage

Epyr lève 15 millions d'euros pour électrifier la chaleur industrielle

La startup française de stockage d'énergie thermique veut remplacer le fioul et le gaz par de l'électricité chez les industriels, avec un premier site opérationnel chez WEPA.

Image d'illustration — bâtiment industriel, le type de site où Epyr déploie ses unités de stockage thermique.
Image d'illustration — bâtiment industriel, le type de site où Epyr déploie ses unités de stockage thermique.Photo : Alex Simpson / Unsplash

La startup française Epyr a annoncé le 13 octobre 2026 une levée de fonds de 15 millions d'euros en série A, sursouscrite et menée par SlateVC, selon le communiqué de l'opération. Les investisseurs historiques AENU, Daphni, OVNI Capital, WEPA Ventures et Aurum Impact ont également participé à ce tour, qui intervient dix-huit mois après un premier tour d'amorçage de 3 millions d'euros.

Remplacer le fioul et le gaz par de l'électricité stockée

Epyr développe des systèmes de stockage d'énergie thermique destinés à électrifier la production de chaleur industrielle, aujourd'hui très largement dépendante des énergies fossiles. Le principe : stocker de l'électricité sous forme de chaleur à haute température, pour la restituer ensuite aux process industriels qui ont besoin de vapeur ou de chaleur continue, sans recourir au gaz ou au fioul.

15 M€
Montant de la levée de série A
3 M€
Montant du tour d'amorçage précédent, début 2025
35 MWh
Capacité du système en projet chez le papetier Papeco
2024
Année de création d'Epyr

La société a déjà mis en service sa première unité industrielle sur le site du groupe WEPA à Troyes, opérationnelle depuis le début de l'année 2026, et prépare un nouveau déploiement de 35 MWh chez le papetier Papeco. Ces deux clients illustrent la cible privilégiée d'Epyr : les industries à forte consommation de chaleur continue, comme le papier-carton, où remplacer une chaudière fossile par une solution électrique représente un levier de décarbonation direct.

Un tour de table porté par des investisseurs spécialisés énergie et impact

Les fonds levés doivent permettre d'accélérer le déploiement commercial des solutions d'Epyr en Europe et de livrer une nouvelle vague de projets industriels. La présence de WEPA Ventures, bras d'investissement du groupe industriel déjà client, et d'Aurum Impact, fonds orienté transition énergétique, traduit une stratégie où les premiers clients deviennent aussi des investisseurs - une dynamique que l'on retrouve chez d'autres start-up françaises de la chaleur et de l'électrification industrielle, confrontées au même défi de prouver leur technologie à grande échelle avant de l'industrialiser.

Reste, pour Epyr comme pour l'ensemble du secteur, le défi du coût : la compétitivité de l'électrification face au gaz dépend directement du prix de l'électricité industrielle, qui reste volatil en Europe malgré la baisse des prix de gros observée ces derniers mois.

Le papier-carton, un secteur test pour l'électrification de la chaleur

Le choix de Papeco comme client pour le prochain déploiement de 35 MWh n'est pas anodin. L'industrie papetière figure parmi les plus énergivores en chaleur continue : la fabrication de papier et de carton nécessite un séchage permanent de la pâte à des températures élevées, traditionnellement assuré par des chaudières au gaz fonctionnant en continu, jour et nuit, pour éviter tout arrêt coûteux de la production. C'est précisément ce type de procédé, où la demande de chaleur est stable et prévisible, qui se prête le mieux au stockage thermique électrique : l'électricité peut être consommée aux heures où elle est la moins chère ou la plus disponible, puis restituée sous forme de chaleur de façon continue, sans dépendre du prix instantané de l'électricité au moment où l'usine en a besoin.

Le secteur papetier français, confronté à la fois à la nécessité de réduire ses émissions de CO2 et à la volatilité des prix du gaz depuis la crise énergétique de 2022, a déjà engagé plusieurs expérimentations de ce type avec différents acteurs de la chaleur électrique. L'avantage que revendique Epyr face à ses concurrents tient à la densité énergétique de sa technologie de stockage, qui permettrait de limiter l'emprise au sol des installations par rapport à d'autres solutions de stockage thermique à plus basse température.

Un marché encore jeune, porté par la pression réglementaire

L'électrification de la chaleur industrielle reste un marché émergent en Europe, où la plupart des sites industriels continuent de dépendre majoritairement du gaz naturel pour leurs besoins thermiques. Plusieurs facteurs convergent toutefois pour accélérer son développement : le prix du carbone dans le cadre du marché européen des quotas d'émission, qui renchérit mécaniquement le coût du gaz pour les industriels les plus émetteurs, les objectifs de décarbonation fixés par l'Union européenne pour l'industrie lourde, et la volonté de plusieurs grands groupes industriels de sécuriser leur approvisionnement énergétique face aux à-coups géopolitiques observés depuis plusieurs années sur les marchés du gaz.

Pour des startups comme Epyr, l'enjeu des prochains mois sera de démontrer que leur technologie peut être déployée à l'échelle de dizaines, puis de centaines de sites industriels, et pas seulement sur quelques installations pilotes soutenues par des investisseurs également clients. La levée de 15 millions d'euros, bien supérieure au tour d'amorçage initial, doit permettre à l'entreprise de passer ce cap de l'industrialisation, dans un secteur où plusieurs technologies concurrentes - batteries thermiques à sel fondu, stockage par briques céramiques, résistances électriques à haute température - se disputent encore la préférence des industriels.