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Décryptage

Elax Énergie lève 30 millions d'euros pour déployer ses boîtiers de chauffe-eau intelligents

La startup parisienne veut équiper les particuliers via un réseau de 100 artisans, après avoir déjà installé son boîtier dans 100 000 logements sociaux.

Image d'illustration — chauffe-eau électrique mural, type d'équipement visé par la technologie d'Elax Énergie.
Image d'illustration — chauffe-eau électrique mural, type d'équipement visé par la technologie d'Elax Énergie.Photo : Michal Balog / Unsplash

La startup parisienne Elax Énergie a bouclé un financement de 30 millions d'euros auprès de Noria et de Crédit Mutuel Impact, selon les informations de Maddyness. L'opération doit lui permettre de sortir du marché du logement social, où elle s'est bâtie, pour viser les 15 millions de chauffe-eau électriques installés chez les particuliers en France.

Un boîtier qui réduit déjà la facture de 100 000 logements sociaux

Fondée en 2020, Elax Énergie commercialise un boîtier intelligent qui ajuste les cycles de chauffe d'un ballon d'eau chaude électrique en fonction de la consommation réelle du foyer, pour éviter de chauffer de l'eau qui ne sera pas utilisée. Selon l'entreprise, cette technologie permet de réduire de 20 à 25 % la consommation électrique liée à la production d'eau chaude.

30 M€
Montant de la levée de fonds
100 000
Logements déjà équipés, principalement chez des bailleurs sociaux
100
Bailleurs sociaux partenaires
15 M
Chauffe-eau électriques installés en France, marché visé
20 à 25 %
Réduction de consommation électrique revendiquée

Jusqu'ici développée presque exclusivement auprès des bailleurs sociaux, l'entreprise revendique plus de 100 partenaires dans ce secteur et près de 100 000 logements équipés - un socle qui lui a permis de valider sa technologie à grande échelle avant d'attaquer un marché bien plus vaste.

Elax Pro, un réseau d'une centaine d'artisans pour toucher les particuliers

Avec ces nouveaux fonds, la startup prévoit de lancer Elax Pro, un réseau d'une centaine de plombiers, électriciens et chauffagistes chargés de proposer et d'installer le dispositif directement chez les particuliers. Le tarif pour les ménages n'a pas encore été communiqué. L'entreprise veut également investir le marché des chaufferies collectives, avec une solution destinée à remplacer une partie du gaz utilisé pour produire de la chaleur par de l'électricité - une technologie qui pourrait, selon elle, électrifier jusqu'à 50 % de la production de chaleur de certaines installations.

« Demain, face à la volatilité du solaire et de l'éolien, ces millions d'appareils doivent devenir des batteries thermiques dynamiques au service des énergies renouvelables. Avec notre technologie, nous avons sous la main une solution abordable et immédiatement déployable pour apporter au réseau cette flexibilité vitale. »

Thomas Tirtiaux, CEO d'Elax Énergie

Flexibilité électrique : la promesse derrière le chauffe-eau

L'intérêt de la technologie dépasse la seule facture individuelle. En décalant le fonctionnement de milliers de chauffe-eau au moment où l'électricité est abondante - par exemple lors des pics de production solaire ou éolienne -, Elax Énergie entend transformer un parc d'appareils dispersés en une réserve de flexibilité pour le réseau électrique. C'est une approche que l'on retrouve chez d'autres startups françaises de la French Tech de l'énergie, confrontées à la nécessité d'absorber des productions renouvelables intermittentes sans multiplier les capacités de stockage par batterie, coûteuses à déployer à grande échelle.

Pour accompagner son changement d'échelle, Elax Énergie, qui compte actuellement une cinquantaine de salariés, prévoit de recruter 30 personnes supplémentaires d'ici fin 2027, principalement en recherche et développement, ingénierie, opérations et développement commercial. Le pari reste cependant commercial avant d'être technique : convaincre des ménages, habitués à ne jamais penser à leur chauffe-eau, de payer pour un boîtier dont le bénéfice se mesure sur une facture annuelle plutôt qu'un gain immédiat.

Un changement de modèle commercial à réussir

Le passage du logement social aux particuliers n'est pas qu'un changement d'échelle : c'est un changement de modèle de vente. Auprès des bailleurs sociaux, Elax Énergie négocie directement avec des gestionnaires de parc qui décident pour des centaines ou des milliers de logements à la fois, avec un retour sur investissement calculé sur le long terme à l'échelle du patrimoine immobilier. Convaincre un particulier à l'unité suppose un tout autre circuit commercial, ce qui explique le choix de s'appuyer sur un réseau d'artisans déjà présents chez les clients - plombiers, électriciens et chauffagistes - plutôt que de construire une force de vente directe auprès des ménages.

Ce choix de distribution n'est pas anodin dans un secteur où la méfiance envers les équipements connectés promettant des économies d'énergie reste élevée, après plusieurs scandales liés à des offres d'isolation ou de pompes à chaleur à un euro. Elax Énergie mise sur la caution de professionnels du bâtiment déjà présents sur le marché, plutôt que sur une communication directe aux particuliers, pour construire la confiance nécessaire à l'adoption de son boîtier.

Un marché de la flexibilité encore à construire

Le volet chaufferies collectives, qui vise à électrifier une partie de la production de chaleur jusqu'ici assurée au gaz, dépendra quant à lui largement de l'évolution du prix relatif de l'électricité et du gaz en France, ainsi que des aides publiques à la décarbonation du chauffage collectif. Cette activité reste, selon les informations disponibles, à un stade de développement moins avancé que le boîtier individuel, qui a déjà fait ses preuves auprès des bailleurs sociaux. L'entreprise devra démontrer que les économies promises se vérifient à grande échelle chez les particuliers, où les habitudes de consommation sont plus variées et moins prévisibles que dans un parc de logements sociaux homogène.