Vendredi 14 août 2026
Édition nº 1 · ParisIndice d'attention éco : 6 articles / 7 j
Fil actif — 09:15
Le quotidien
du business et de l'économie

actualite-business.fr

Entreprises · Économie
Marchés · International

Décryptage · Entreprises

Après 130 ans, le chausseur André placé en liquidation judiciaire

Le tribunal de commerce de Paris a converti la dernière société d'exploitation d'André en liquidation judiciaire, actant la fin d'une enseigne fondée en 1896.

Image d'illustration — une vitrine de magasin de chaussures, symbole des commerces de centre-ville fragilisés par la hausse des loyers.
Image d'illustration — une vitrine de magasin de chaussures, symbole des commerces de centre-ville fragilisés par la hausse des loyers.Photo : Eris Marasigan / Unsplash

Trente salariés perdent leur emploi et une enseigne fondée sous la IIIe République disparaît : le tribunal de commerce de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de la société Héritage 1896, dernière structure d'exploitation de la marque de chaussures André, selon une décision consultée par l'AFP et relayée par titrespresse.com.

Une marque née en 1896

André avait été lancée en 1896 et avait fêté, en 1983, l'ouverture de son 500e magasin, un symbole de l'expansion du commerce de chaussures à la française tout au long du XXe siècle, rappelle titrespresse.com. L'enseigne avait déjà traversé trois redressements judiciaires avant ce dénouement, signe d'une fragilité financière chronique accentuée par la crise du Covid-19 et par la concurrence du commerce en ligne et de la fast fashion sur le marché de la chaussure.

Un dénouement scellé par un désaccord sur les loyers

Le point de rupture final tient à l'échec des négociations avec le bailleur commercial Westfield : aucun compromis sur le niveau des loyers n'a pu être trouvé, rendant leur poids insoutenable pour une trésorerie déjà exsangue. Les juges ont fixé la date de cessation des paiements au 30 juin 2026 et ont constaté l'impossibilité légale d'envisager un nouveau plan de redressement, actant que l'entreprise ne pouvait plus être sauvée.

1896
Année de fondation de la marque André
130
Années d'existence de l'enseigne
30
Salariés licenciés, derniers employés de l'enseigne
3
Redressements judiciaires subis avant la liquidation finale

Les 30 derniers emplois supprimés

Au moment du jugement, André n'employait plus que 30 salariés, loin des centaines de magasins qui avaient fait sa notoriété dans les décennies précédentes. Ce sont ces derniers postes que la liquidation définitive supprime, sans perspective de reprise : les juges ont explicitement écarté toute solution de restructuration faute de repreneur et de viabilité économique du dossier.

Un symptôme plus large du commerce de centre-ville

La disparition d'André s'inscrit dans une série de défaillances qui a frappé le commerce de chaussures et de prêt-à-porter français ces dernières années, des enseignes de centre-ville confrontées à la fois à la hausse des coûts fixes — loyers commerciaux en tête — et au basculement structurel des ventes vers le numérique. Le cas André illustre en particulier la difficulté des bailleurs et des commerçants historiques à renégocier des baux conçus pour une autre époque du commerce physique, quand le trafic en boutique ne suffit plus à couvrir des loyers calés sur les standards d'avant-crise.

Westfield, un bailleur incontournable du commerce de centre-ville

Le groupe Westfield, propriétaire ou gestionnaire de plusieurs grands centres commerciaux et emplacements premium en France, fixe des niveaux de loyers qui restent indexés sur la fréquentation des années 2010, avant que le télétravail et le commerce en ligne ne redessinent les flux de chalandise dans les centres-villes. Pour une enseigne déjà fragilisée par trois redressements judiciaires successifs, l'absence de marge de négociation avec un bailleur de cette taille a fini par rendre la poursuite d'activité structurellement déficitaire, quel que soit le niveau des ventes réalisées en boutique.

Une trajectoire emblématique du déclin du commerce spécialisé

André n'est pas un cas isolé : les enseignes de chaussures françaises ont connu une vague de défaillances continue depuis le début de la décennie, de San Marina à Chaussea en passant par d'autres réseaux historiques, confrontées aux mêmes ciseaux entre coûts fixes et érosion du trafic physique. Ce qui distingue André, c'est la durée de sa résistance : 130 ans d'existence et trois tentatives de redressement avant que les juges ne constatent, cette fois, l'impossibilité légale d'un nouveau plan. Le jugement acte ainsi la fin d'une marque qui avait accompagné l'essor du commerce de détail français tout au long du XXe siècle, de ses débuts en 1896 jusqu'à son apogée des 500 magasins atteinte en 1983.

Les leçons pour les enseignes encore en activité

Pour les réseaux de distribution spécialisée qui négocient aujourd'hui le renouvellement de leurs baux commerciaux, le dossier André agit comme un avertissement : un désaccord persistant avec un bailleur sur le niveau des loyers peut, en l'absence d'alternative de financement ou de restructuration viable, se révéler fatal même pour une marque centenaire et reconnue du grand public. Les professionnels du secteur plaident de plus en plus pour une indexation des loyers commerciaux sur la fréquentation réelle plutôt que sur des références historiques, un sujet qui reste pour l'instant largement arbitré au cas par cas entre bailleurs et enseignes.