Décryptage
Le BHV Marais demande son placement en redressement judiciaire face à Brookfield
Le grand magasin parisien a saisi le tribunal le 28 octobre, dénonçant des indemnités impayées par son bailleur Brookfield. Environ 700 emplois concernés.

Le BHV Marais a demandé, mardi 27 octobre, son placement en redressement judiciaire, un dossier déposé auprès du tribunal des activités économiques de Lyon, selon les informations de l'AFP relayées par Boursorama. Environ 700 salariés sont concernés, sur la base des effectifs de septembre.
Un désaccord financier avec le propriétaire des murs
La direction du grand magasin parisien attribue sa situation à un défaut de trésorerie, qu'elle impute à des indemnités qu'elle estime dues par son bailleur, le fonds d'investissement canadien Brookfield, propriétaire de l'immeuble. Selon le BHV, le versement de ces indemnités devait financer son plan de relance, après que l'enseigne a restitué plus de la moitié de sa surface de vente à son bailleur. Brookfield conteste fermement devoir quoi que ce soit, affirmant que le BHV n'a pas respecté ses obligations contractuelles de remise en état des espaces restitués — une condition préalable, selon le fonds, au déclenchement du paiement.
La procédure de redressement judiciaire vise, selon la direction, à « sécuriser son plan de relance » et à « préserver l'activité et l'emploi ». Concrètement, elle ouvre une période d'observation de six mois, renouvelable une fois, à l'issue de laquelle un plan de continuation de l'activité devra être présenté au tribunal.
Des difficultés antérieures au litige
Le différend avec Brookfield n'est que le dernier épisode d'une série de difficultés pour l'enseigne historique du Marais. Le partenariat controversé noué en novembre 2025 avec le géant chinois de la fast-fashion Shein avait suscité une vive polémique, ternissant l'image du magasin auprès d'une partie de sa clientèle traditionnelle. Les émeutes survenues dans le centre de Paris, qui ont inclus des pillages au rez-de-chaussée du magasin, ont également pesé sur l'activité. Plusieurs marques, dont Dior, Sandro et Guerlain, auraient par ailleurs quitté les lieux en raison de problèmes de paiement avec l'enseigne.
Ce que permet le redressement judiciaire
L'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire gèle les dettes antérieures à son déclenchement et place les fournisseurs en situation de paiement prioritaire pour leurs futures livraisons — un mécanisme destiné à rassurer la chaîne d'approvisionnement pendant la période d'observation. Elle donne aussi au tribunal l'autorité légale pour faire exécuter les accords contractuels en vigueur, ce qui pourrait peser dans le bras de fer avec Brookfield sur la restitution des espaces et le paiement des indemnités.
L'issue de cette procédure, qui se jouera sur plusieurs mois, déterminera si l'un des grands magasins historiques de la capitale parvient à se redresser ou s'oriente vers une restructuration plus profonde de son activité.
Un symbole du malaise du commerce physique parisien
Le cas du BHV illustre une difficulté plus large pour les grands magasins historiques de la capitale, confrontés à la fois à la montée du commerce en ligne, à la hausse des charges immobilières dans les emplacements les plus prestigieux et à des tensions récurrentes avec les investisseurs institutionnels qui détiennent désormais la plupart de leurs murs. La relation entre enseignes et bailleurs immobiliers, longtemps fondée sur des baux commerciaux classiques, s'est tendue dans plusieurs dossiers similaires en France ces dernières années, les fonds d'investissement cherchant à optimiser la valeur de leurs actifs tandis que les commerçants peinent à maintenir leur rentabilité face à l'inflation des coûts d'exploitation.
Le partenariat avec Shein, en particulier, avait été présenté par la direction du BHV comme une solution pour attirer une clientèle plus jeune et diversifier les revenus du magasin dans un contexte de fréquentation en baisse. Mais l'opération avait provoqué une fronde de la part de certaines marques historiquement présentes dans l'établissement, inquiètes de l'image associée à la fast-fashion, ainsi que des critiques de défenseurs de l'environnement et de la concurrence du commerce textile français. Le départ de marques comme Dior, Sandro ou Guerlain, déjà fragilisées par des différends de paiement, a réduit mécaniquement les revenus locatifs et commerciaux que l'enseigne pouvait tirer de ses espaces, aggravant la spirale dans laquelle elle se trouve aujourd'hui.
Pour les 700 salariés concernés, la période d'observation de six mois qui s'ouvre sera déterminante : c'est pendant cette phase que la direction devra démontrer au tribunal, aux créanciers et aux organisations syndicales que l'activité reste viable, faute de quoi la procédure pourrait évoluer vers un scénario de liquidation partielle ou totale.