Analyse · Économie
Apprentissage : les contrats du supérieur s'effondrent après la baisse des aides
À fin mai 2026, les contrats d'apprentissage reculent de 3,2 %, tirés vers le bas par une chute de 16 % dans le supérieur après la coupe des aides.

Le rabot budgétaire commence à laisser des traces bien visibles sur l'apprentissage. Après quatre années d'expansion ininterrompue, le nombre de nouveaux contrats recule en 2026, et la coupe des aides publiques à l'embauche décidée par le gouvernement en est la cause directe. Les derniers chiffres de la Dares, le service statistique du ministère du Travail, dessinent une fracture nette entre un enseignement secondaire qui résiste et un supérieur qui décroche brutalement.
Un recul modéré qui masque une fracture
À fin mai 2026, 79 900 contrats d'apprentissage avaient démarré depuis le début de l'année, soit un repli de 3,2 % par rapport à la même période de 2025. Un tassement en apparence limité — mais la moyenne trompe. Elle additionne deux trajectoires diamétralement opposées.
D'un côté, l'enseignement secondaire — CAP, baccalauréats professionnels — progresse de 7,7 %, à 48 800 contrats. De l'autre, l'enseignement supérieur — BTS, licences, masters — s'effondre de 16,4 %, à 31 100 contrats. En un an, le supérieur a donc perdu près d'un sixième de ses entrées en apprentissage. C'est précisément là que le bât blesse, car ce sont ces niveaux qui avaient porté l'explosion des volumes ces dernières années.
La coupe des aides, cause directe
Le lien de cause à effet est difficile à contester. Depuis mars 2026, le montant de l'aide unique versée aux employeurs pour l'embauche d'un apprenti a été fortement réduit pour les diplômes du supérieur. Là où une entreprise de moins de 250 salariés touchait jusqu'à 5 000 euros la première année quel que soit le niveau, l'aide a été ramenée autour de 2 000 euros pour les formations de niveau bac+3 à bac+5, tandis qu'elle reste maintenue à 5 000 euros pour les niveaux CAP et baccalauréat. Une participation obligatoire des employeurs aux frais de formation, de l'ordre de 750 euros pour les niveaux supérieurs, s'ajoute au tour de vis.
Le message envoyé aux entreprises est clair, et elles y répondent mécaniquement : le coût d'un apprenti ingénieur ou d'un étudiant en master a augmenté, quand celui d'un jeune en CAP est resté stable. Résultat, les arbitrages se déplacent vers les niveaux les moins qualifiés, mieux subventionnés. La logique budgétaire du gouvernement — recentrer l'argent public sur les publics les plus éloignés de l'emploi plutôt que sur des diplômés qui trouveraient un poste sans apprentissage — produit exactement l'effet recherché sur les volumes.
Sous le seuil symbolique du million
Conséquence directe, le stock global d'apprentis en poste s'établit à 970 500 personnes fin mai 2026, en baisse de 3,7 % sur un an. Le seuil symbolique du million d'apprentis, franchi pour la première fois en 2023 au terme d'une décennie de croissance spectaculaire, est désormais repassé à la baisse. Pour mémoire, le nombre de recrutements annuels d'apprentis était passé de 317 000 en 2017 à 878 000 en 2024, dopé par les aides massives déployées pendant et après la crise sanitaire.
Ce reflux n'est pas un accident : il découle d'un choix budgétaire assumé. La loi de finances pour 2026 a réduit d'environ 101 millions d'euros les crédits consacrés à l'apprentissage et à la formation professionnelle, dans un contexte de chasse aux économies sur l'ensemble des dépenses de l'État. L'apprentissage, devenu l'un des postes les plus coûteux de la politique de l'emploi, était une cible évidente.
Le report vers la professionnalisation
Tout n'est pas noir dans ce tableau. Le repli de l'apprentissage s'accompagne d'un rebond marqué des contrats de professionnalisation, cet autre dispositif d'alternance davantage tourné vers l'insertion et la reconversion des adultes. Leurs entrées bondissent de 18,6 % à 31 600, avec une hausse de 22 % pour les 26 ans et plus. Signe que les employeurs, contraints de revoir leurs arbitrages, se reportent en partie vers une voie moins subventionnée mais restée attractive pour les profils plus âgés.
Reste à savoir jusqu'où le mouvement ira. Les données de fin mai ne capturent pas encore pleinement la rentrée de septembre, traditionnellement le pic des signatures. Si la tendance du supérieur se confirme à l'automne, le gouvernement aura réussi son pari budgétaire — mais au prix d'un coup de frein sur un outil que les entreprises, en particulier les PME, s'étaient largement approprié pour former et recruter leurs futurs cadres.