Analyse · Économie
La croissance française resterait limitée à 0,1% au troisième trimestre
L'enquête mensuelle de la Banque de France pointe un ralentissement industriel et une incertitude des entreprises en forte hausse depuis septembre.

La Banque de France a publié début octobre son enquête mensuelle de conjoncture, menée auprès de 8 500 chefs d'entreprise. Le constat est celui d'une économie qui continue d'avancer, mais à un rythme qui s'essouffle : le produit intérieur brut du troisième trimestre ne progresserait que de 0,1%, un chiffre proche de la stagnation qui confirme la difficulté de la France à retrouver une dynamique de croissance plus soutenue.
L'industrie ralentit, l'aéronautique résiste
Dans l'industrie, l'activité continue de progresser en septembre, mais la hausse est moins forte qu'attendu par les industriels eux-mêmes le mois précédent. Le secteur aéronautique reste le point d'appui le plus solide, porté par des carnets de commandes toujours bien remplis, tandis que les branches du bois-papier-imprimerie et du caoutchouc-plastique-verre affichent une production atone. Cette hétérogénéité sectorielle illustre une industrie française à deux vitesses, où les filières exportatrices à forte valeur ajoutée tirent mieux leur épingle du jeu que les secteurs plus exposés à la demande intérieure ou aux coûts de l'énergie.
La construction stabilisée par un effet de rattrapage
L'activité du bâtiment évolue peu dans l'ensemble, mais l'enquête relève un rebond ponctuel du gros œuvre, attribué au rattrapage des chantiers qui avaient été retardés par les vagues de chaleur de l'été. Ce frémissement ne doit pas masquer la faiblesse structurelle du secteur depuis plusieurs trimestres, confrontée à des coûts de financement restés élevés et à une demande de logements neufs toujours convalescente.
Les services accélèrent, sauf transports et restauration
Contrairement à l'industrie, les services marchands accélèrent en septembre. Ce dynamisme est porté en particulier par les services aux entreprises — conseil, ingénierie, activités informatiques — qui continuent de bénéficier des investissements de digitalisation et d'automatisation des entreprises clientes. À l'inverse, les transports et la restauration reculent, deux secteurs sensibles à l'évolution du pouvoir d'achat des ménages et aux arbitrages de consommation en période d'incertitude.
Les difficultés d'approvisionnement restent concentrées
L'enquête note que les difficultés d'approvisionnement demeurent globalement stables au niveau national, mais restent élevées dans certaines branches industrielles dynamiques — une situation qui perdure depuis plusieurs mois sans dégradation supplémentaire, mais sans normalisation complète non plus. Cette tension persistante continue de peser sur les délais de production dans des secteurs qui, par ailleurs, affichent une activité soutenue, créant un paradoxe entre carnets de commandes pleins et capacité de production contrainte.
Une incertitude des entreprises en forte hausse
Le signal le plus frappant de cette enquête tient moins aux chiffres d'activité qu'au climat psychologique des dirigeants. L'incertitude perçue par les entreprises augmente considérablement en septembre, après une tendance baissière entamée en mars : les préoccupations portent notamment sur les prix des carburants et, plus largement, sur le contexte économique général, dans un climat marqué par les débats budgétaires en cours. Autre indicateur structurel qui ne se résorbe pas : environ 18% des entreprises déclarent encore rencontrer des difficultés de recrutement, un niveau qui, bien qu'en retrait par rapport aux pics observés il y a deux ou trois ans, continue de peser sur la capacité des entreprises à répondre pleinement à la demande.
Cette photographie confirme une économie française qui ne bascule pas en récession mais qui ne parvient pas non plus à retrouver un rythme de croissance significatif, prise entre un climat d'affaires fragile et des tensions sectorielles qui persistent sans s'aggraver franchement. Les prochains chiffres de l'Insee, attendus le 22 octobre, permettront de confirmer ou d'infirmer cette estimation précoce de la Banque de France.
Un contexte budgétaire qui pèse sur les anticipations
La remontée de l'incertitude relevée par l'enquête ne peut se lire indépendamment du climat politique et budgétaire du moment. Les débats autour du budget 2027, et les arbitrages attendus sur la fiscalité des grandes entreprises comme sur la trajectoire des dépenses publiques, alimentent une forme d'attentisme chez les dirigeants interrogés par la Banque de France. Cette prudence se traduit concrètement par des décisions d'investissement reportées ou révisées à la baisse, en particulier dans l'industrie, où les cycles de décision sont longs et où la visibilité sur la demande à moyen terme compte autant que le niveau d'activité du moment.
Ce climat contribue à expliquer pourquoi la croissance française reste scotchée à des niveaux très faibles depuis plusieurs trimestres, malgré une inflation revenue à des niveaux plus modérés et des taux de la Banque centrale européenne stabilisés. Les économistes qui suivent de près ces enquêtes mensuelles soulignent que l'écart entre la relative bonne tenue des services aux entreprises et l'atonie de l'industrie et de la construction dessine une économie à deux vitesses, où la création de valeur se déplace progressivement vers les activités de conseil, de technologie et d'ingénierie, au détriment des secteurs plus capitalistiques. Pour les entreprises concernées par les difficultés de recrutement toujours signalées par près d'une sur cinq, cette situation pose aussi la question de l'adéquation entre les compétences disponibles sur le marché du travail et les besoins des secteurs qui, eux, continuent de croître.