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Cycles Lapierre demande son redressement judiciaire, rattrapé par la crise du vélo

Le fabricant dijonnais de vélos, fondé en 1946, passe devant le tribunal de commerce le 25 août. En cause : l'effondrement du marché et le retrait de sa maison mère Accell.

Image d'illustration — industrie du vélo
Image d'illustration — industrie du véloPhoto : Taylor Smith / Unsplash

Quatre-vingts ans après avoir soudé son premier cadre à Dijon, Cycles Lapierre joue sa survie devant les juges. Le fabricant de vélos, l'un des derniers noms français du secteur, a déposé le 5 août une demande de placement en redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Dijon, qui doit statuer le 25 août. L'entreprise emploie 106 personnes et a réalisé 99,1 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, écoulés à travers un réseau de plus de 800 revendeurs. Derrière la procédure, deux chocs se conjuguent : le retournement brutal du marché du vélo et la défaillance de sa maison mère néerlandaise.

Le contrecoup de l'euphorie post-Covid

Le vélo a vécu une bulle. Pendant la crise sanitaire, la demande a explosé, les carnets de commandes se sont remplis et toute la filière a produit à plein régime. Le reflux a été aussi violent que l'emballement : chute des volumes, surstockage généralisé chez les distributeurs comme chez les fabricants, et une pression sur les marges que les prix n'ont pas suivie. Toute l'Europe du cycle encaisse le même retour de balancier, des géants de l'assemblage aux marques spécialisées.

Lapierre n'a pourtant pas attendu le tribunal pour réagir. L'entreprise avait engagé un plan de redressement industriel qui commençait à porter ses fruits : les stocks de produits finis ont fondu de près de 47 % entre fin 2023 et fin 2024, et la perte d'exploitation s'est réduite de 41 % entre 2024 et 2025. Une trajectoire d'assainissement réelle, mais trop lente face à un besoin de trésorerie devenu critique.

1946
Année de création à Dijon
106
Salariés concernés
99,1 M€
Chiffre d'affaires 2025
47 %
Baisse des stocks entre fin 2023 et fin 2024

Le retrait d'Accell, coup de grâce financier

Le facteur déclenchant est venu des Pays-Bas. Lapierre appartient au groupe Accell, ex-numéro un européen du vélo (Batavus, Sparta, Lapierre, Raleigh…), lui-même placé en sursis de paiement outre-Rhin faute d'avoir pu honorer sa dette ou trouver un repreneur. En coupant le robinet financier qui maintenait sa filiale dijonnaise à flot, la maison mère a privé Lapierre du soutien de trésorerie qui lui permettait d'absorber le bas de cycle. Une PME industrielle rentable sur son cœur de métier peut se retrouver à terre non par ses propres comptes, mais par la chute de l'actionnaire au-dessus d'elle.

La direction assume une démarche offensive plutôt qu'un aveu d'échec. « Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre », a fait valoir le directeur général William Perrier, cité par France 3 Bourgogne-Franche-Comté.

« Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre. »

William Perrier, directeur général de Cycles Lapierre

Une période d'observation pour trouver un repreneur

Concrètement, le redressement judiciaire vise à geler le passif et à ouvrir une période d'observation pendant laquelle l'activité se poursuit, le temps de trouver un investisseur — industriel ou financier — capable de recapitaliser la marque et de la détacher du sort d'Accell. La notoriété de Lapierre dans le VTT et le vélo de route, son bureau d'études, ses partenariats sportifs de haut niveau et son réseau de revendeurs constituent des actifs susceptibles d'intéresser un repreneur, à condition qu'il se manifeste vite. La marque conserve une image forte auprès des passionnés, un atout immatériel que peu de fabricants français de sa taille peuvent encore revendiquer.

Le dossier s'inscrit dans une vague de défaillances qui bat des records en France en 2026, particulièrement dans une industrie prise en tenaille entre coûts, taux et débouchés atones. Il rappelle aussi que la fragilité d'un site français tient souvent moins à sa performance opérationnelle qu'à la solidité de l'actionnaire étranger qui le détient — un schéma déjà à l'œuvre dans plusieurs procédures récentes, de la librairie à la papeterie.

L'audience du 25 août dira si le tribunal ouvre la procédure et fixe le calendrier de recherche d'un repreneur. Pour les 106 salariés dijonnais, et pour ce qu'il reste d'une filière vélo française déjà clairsemée, les prochaines semaines seront décisives.

Sources : L'Usine Nouvelle, France 3 Bourgogne-Franche-Comté.