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Rillettes Bordeau Chesnel : le groupe Alliance négocie la reprise de l'usine cédée par Savencia

Savencia se sépare de son usine de rillettes de la Sarthe. Le groupe Alliance, adossé à une coopérative, entre en négociations exclusives et s'engage sur les 133 emplois.

Image d'illustration — l'intérieur d'une usine agroalimentaire. Le site d'Yvré-l'Évêque produit près de 8 000 tonnes de rillettes par an.
Image d'illustration — l'intérieur d'une usine agroalimentaire. Le site d'Yvré-l'Évêque produit près de 8 000 tonnes de rillettes par an.Photo : Arno Senoner / Unsplash

Les salariés de Bordeau Chesnel ont enfin un repreneur en vue. Réunis en comité social et économique (CSE) extraordinaire le 7 septembre 2026, les 133 employés de l'usine d'Yvré-l'Évêque, près du Mans, ont appris que le groupe Alliance était entré en négociations exclusives avec Savencia pour racheter le site sarthois, numéro un français des rillettes. Une issue attendue avec anxiété depuis l'annonce de la mise en vente.

Un repreneur du même métier

L'acquéreur pressenti n'est pas un fonds financier, mais un industriel du secteur. Le groupe Alliance, basé à Amiens et détenu par la coopérative d'éleveurs Cobevial, dans les Hauts-de-France, connaît parfaitement le métier : il produit déjà les rillettes Bahier, également fabriquées en Sarthe. Reprendre Bordeau Chesnel lui permettrait de consolider une position de premier plan sur un marché de terroir où la marque, connue pour ses pots verts, jouit d'une forte notoriété.

Cette proximité métier a de quoi rassurer les salariés. Selon un représentant syndical cité par France 3 Pays de la Loire, le repreneur s'engage à conserver l'outil « dans l'état » : « On ne perd rien, pas d'usage, rien du tout. Ils nous rachètent vraiment dans l'état. » Le groupe Alliance promet le maintien des 133 postes, des salaires et de l'ancienneté, et évoque même la création de 28 emplois supplémentaires si l'opération se confirme.

133
Salariés de l'usine d'Yvré-l'Évêque
28
Emplois supplémentaires envisagés par le repreneur
30 M€
Investissement de Savencia pour reconstruire le site en 2019

Savencia recentre ses forces sur le fromage

Pour le vendeur, la logique est celle du recentrage. Savencia — l'ex-Bongrain, propriétaire notamment des marques Coraya et Saint Agur — est avant tout un géant mondial du fromage et des produits laitiers. La rillette, aussi emblématique soit-elle, reste une activité périphérique dans un portefeuille dominé par le lait. En cédant Bordeau Chesnel, le groupe familial poursuit l'arbitrage classique des grands industriels : concentrer les capitaux sur le cœur de métier et confier les activités annexes à un acteur pour qui elles sont, au contraire, stratégiques.

Le paradoxe, c'est que le site cédé est loin d'être un canard boiteux. Savencia avait investi près de 30 millions d'euros en 2019 pour reconstruire l'usine d'Yvré-l'Évêque, un outil moderne de près de 12 000 m² capable de produire aujourd'hui entre 7 000 et 8 000 tonnes de rillettes par an. C'est précisément cette qualité industrielle qui a permis d'attirer un repreneur solide et de sécuriser l'emploi, là où d'autres cessions de sites agroalimentaires se soldent par des plans sociaux.

Une reprise industrielle qui tranche avec la conjoncture

L'opération détonne dans un paysage marqué par la multiplication des défaillances d'entreprises et les tensions dans l'agroalimentaire français. Alors que plusieurs sites industriels ferment faute de repreneur, la reprise de Bordeau Chesnel par un acteur du même secteur, engagé sur l'emploi et l'appareil productif, illustre une autre voie : celle de la consolidation entre industriels français d'un même territoire, plutôt que le démantèlement. Elle rappelle aussi le rôle des coopératives agricoles, qui remontent la chaîne de valeur en investissant dans la transformation pour capter davantage de marge et sécuriser les débouchés de leurs éleveurs.

Le marché de la rillette, longtemps perçu comme mûr et peu dynamique, connaît par ailleurs un regain d'intérêt sur fond de retour en grâce des produits de terroir et du « manger local ». Les charcuteries traditionnelles bénéficient d'un attrait renouvelé auprès de consommateurs en quête d'authenticité et de circuits courts, un contexte porteur pour un industriel régional capable de mettre en avant l'origine sarthoise de sa production. Réunir Bahier et Bordeau Chesnel sous une même bannière donnerait au groupe Alliance une puissance de feu commerciale rare sur ce segment de spécialité.

L'accord définitif reste suspendu à la consultation des instances représentatives du personnel, attendue dans les deux mois. Des représentants du groupe Alliance doivent se rendre sur le site dans les prochaines semaines. Si la promesse de reprise « dans l'état » tient, l'usine sarthoise aura évité le scénario noir qui guettait ses salariés cet été.

Reste à voir si le rapprochement de deux marques de rillettes sarthoises sous un même toit rebattra les cartes d'un marché de niche mais très identitaire. Pour les 133 salariés d'Yvré-l'Évêque, l'urgence était ailleurs : conserver leur emploi. Sur ce point au moins, la promesse est posée.