Analyse · Marchés
CAC 40 : août signe le pire mois depuis mars, plombé par l'inflation et le pétrole
Le CAC 40 a cédé 2,1 % en août et fini à 8 334 points, sa pire performance mensuelle depuis mars, entre inflation persistante et flambée du pétrole.

L'été boursier s'achève sur une fausse note. Le CAC 40 a bouclé le mois d'août en recul de 2,1 %, terminant à 8 334,50 points après une dernière séance dans le rouge (-0,79 %). C'est sa pire performance mensuelle depuis mars, quand l'indice parisien avait dévissé de près de 9 %. Le repli est plus modéré, mais il rompt une série et referme la parenthèse d'un rebond estival qui s'était essoufflé au fil des séances. Deux forces ont pesé sur la cote : la remontée du pétrole et le durcissement du discours de la Réserve fédérale américaine.
Le pétrole et la Fed douchent la rentrée
La géopolitique a rappelé sa présence. Les tensions entre l'Iran et les États-Unis ont propulsé les cours du brut, le baril de Brent bondissant de 5,1 % pour repasser au-dessus de 90 dollars, à 90,48 dollars, tandis que le WTI américain gagnait 2,6 % à 85,55 dollars. Cette flambée nourrit deux craintes en même temps : un regain d'inflation importée et une ponction sur le pouvoir d'achat des ménages comme sur les marges des entreprises consommatrices d'énergie. Pour une Bourse qui espérait une détente des prix, le signal est contrariant.
À cette pression s'ajoute un revirement de ton outre-Atlantique. Le président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, a jugé l'inflation « préoccupante », adoptant une tonalité que les analystes qualifient de nettement « faucon ». Résultat : les marchés estiment désormais à plus de 60 % la probabilité d'une hausse des taux directeurs américains dès septembre — l'exact inverse du scénario de détente monétaire sur lequel s'était bâti le rebond du printemps. La perspective d'un argent plus cher pèse mécaniquement sur les actions, en particulier les valeurs de croissance.
Des écarts marqués entre valeurs
Sous la surface de l'indice, les trajectoires individuelles ont divergé. Côté hausses, les semi-conducteurs et l'industrie ont tiré leur épingle du jeu : Soitec a gagné 6,4 %, Vallourec 4,9 %, et TotalEnergies a profité de la fermeté du brut avec une progression de 1,2 %. Sur le SBF 120, plus large, Viridien s'est distinguée avec un bond de 6 %. À l'inverse, la séance a réservé une sanction brutale à Advicenne, qui a plongé de 36,4 % après le retrait d'une demande d'enregistrement aux États-Unis — rappel que le risque réglementaire reste, pour les valeurs de santé, un facteur de volatilité majeur.
Sur le marché des changes, l'euro a légèrement progressé face au dollar, à 1,1617 dollar, une évolution qui n'a pas suffi à soutenir la cote. Ce mouvement de devise, conjugué à la remontée des taux longs, illustre le climat d'incertitude dans lequel les investisseurs abordent la rentrée.
Ces écarts traduisent une réalité de fond : dans un marché privé de tendance directrice claire, la sélectivité prime. Les investisseurs arbitrent séance après séance en fonction des publications macroéconomiques et des annonces d'entreprises, plutôt que de suivre un mouvement d'ensemble. Cette configuration, faite de rotations sectorielles rapides et de sanctions individuelles sévères, est typique des phases de fin de cycle monétaire, lorsque le coût de l'argent et la trajectoire de croissance restent en suspens. Elle récompense les dossiers industriels solides et pénalise sans nuance les déceptions, notamment sur les valeurs les plus spéculatives de la cote.
Une rentrée sous surveillance
Le mois de septembre s'ouvre donc sur un faisceau d'inconnues. La décision de la Fed, attendue dans les prochaines semaines, cristallise l'attention : une hausse des taux confirmerait le tournant restrictif et pourrait peser durablement sur les marchés actions. En toile de fond, la trajectoire de l'inflation reste le juge de paix, alors que la hausse des prix a de nouveau accéléré en France en août, tirée précisément par l'énergie. Le pétrole et les prix, encore eux.
Pour les entreprises cotées, la saison des résultats du deuxième trimestre s'est achevée sur des bénéfices solides, mais le marché regarde désormais devant lui, vers un environnement de taux et de coûts moins porteur. Après un été en demi-teinte, la Bourse de Paris entame l'automne sans boussole claire, suspendue aux banquiers centraux et au cours du baril.
Source : CAC 40, bilan de fin de mois (TradingSat / BFM Bourse).