Décryptage · Marchés
La BCE relève encore ses taux pour contrer l'énergie, le CAC 40 termine dans le rouge
Deuxième hausse de l'année : la BCE porte son taux de dépôt à 2,50 %. À Paris, le CAC 40 cède 0,49 % à 8 117 points, plombé par la remontée des taux et un Brent au-dessus de 100 dollars.

Le tour de vis monétaire n'est pas terminé en zone euro. La Banque centrale européenne a relevé jeudi 10 septembre ses trois taux directeurs de 25 points de base, portant son taux de dépôt à 2,50 %. C'est la deuxième hausse de l'année, et elle acte un basculement complet de doctrine : après des mois passés à assouplir sa politique, l'institution de Francfort remonte désormais le loyer de l'argent pour empêcher une inflation ravivée par l'énergie de s'installer durablement au-dessus de sa cible de 2 %.
À compter du 16 septembre, le taux des opérations principales de refinancement passera à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %. La décision était largement anticipée par les marchés, mais c'est le ton employé par Christine Lagarde en conférence de presse qui a refroidi les investisseurs, la présidente de la BCE laissant la porte ouverte à d'autres resserrements si la dérive des prix se confirmait.
Un durcissement dicté par la facture énergétique
Le retournement s'explique d'abord par la remontée des prix de l'énergie, qui a poussé l'inflation de la zone euro nettement au-dessus de l'objectif de la BCE. Après une longue séquence de désinflation qui avait permis six baisses de taux successives, la banque centrale se retrouve contrainte de reprendre l'offensive pour éviter que la hausse des prix ne se diffuse à l'ensemble de l'économie via les salaires et les marges.
« La décision prise aujourd'hui souligne notre engagement à mener une politique monétaire visant à garantir que l'inflation se stabilise à notre objectif de 2 % à moyen terme. »
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenneLe message est clair : la BCE préfère peser sur la croissance à court terme plutôt que de laisser filer les anticipations d'inflation. Un arbitrage délicat, alors que la conjoncture européenne reste fragile — la France, notamment, reste dans le peloton des économies les plus lentes de la zone euro, avec une croissance qui peine à accélérer.
À Paris, la Bourse encaisse le choc obligataire
Sur les marchés, la sanction a été immédiate mais mesurée. Le CAC 40 a cédé 0,49 % pour finir à 8 116,76 points, après avoir déjà lâché près de 2 % la veille. L'indice parisien absorbe simultanément trois pressions : la remontée des taux européens, un net rebond des rendements obligataires américains et une flambée du pétrole, le Brent repassant au-dessus de 100 dollars le baril, en hausse de près de 4 % sur la séance.
C'est surtout du côté des taux longs que la tension s'est cristallisée. Aux États-Unis, le rendement à deux ans a grimpé à 4,52 %, un plus haut depuis 2024, tandis que le dix ans s'est approché de 4,92 %, au plus haut depuis 2023. Une statistique d'inflation à la production supérieure aux attentes outre-Atlantique (5,4 % contre 5,3 % anticipé) a renforcé les paris sur une hausse des taux de la Réserve fédérale, désormais jugée probable à 70 %. Wall Street reculait de 0,5 % en cours de séance.
Dans ce contexte, peu de valeurs ont surnagé à Paris. Eramet a limité les dégâts en grappillant 0,71 % à 45,68 euros, quand Airbus (-0,29 %), Thales (-0,27 %) et Eutelsat (-1,27 %) refluaient. La hausse des taux longs est mécaniquement défavorable aux actions : elle renchérit le coût du capital et rend les rendements obligataires plus attractifs face au risque actions.
Ce que la remontée des taux change pour les entreprises
Pour les entreprises de la zone euro, ce nouveau tour de vis n'est pas anodin. Le renchérissement du crédit alourdit le coût des investissements et des refinancements, à un moment où beaucoup de PME et d'ETI sortent à peine d'une période de taux élevés. Les sociétés les plus endettées, ou celles dont les structures financières ont été fragilisées par des opérations passées, sont les plus exposées.
La trajectoire de la BCE dépendra désormais des prochaines statistiques d'inflation et de l'évolution des prix de l'énergie. Si la poussée énergétique se prolonge, d'autres hausses ne sont pas exclues d'ici la fin de l'année — un scénario qui pèserait à la fois sur le financement des entreprises et sur le moral déjà entamé des marchés actions européens.