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Décryptage

Climat des affaires : l'Insee pointe un décrochage du commerce face à une industrie qui tient

L'indicateur Insee gagne un point à 97 en octobre, mais masque un écart croissant entre l'industrie (105) et le commerce de détail (93), au plus bas depuis 2014.

Image d'illustration — rayons d'un supermarché, symbole du commerce de détail dont le climat des affaires s'est dégradé en octobre
Image d'illustration — rayons d'un supermarché, symbole du commerce de détail dont le climat des affaires s'est dégradé en octobrePhoto : Joshua Rawson-Harris / Unsplash

L'indicateur synthétique du climat des affaires en France a gagné un point en octobre 2026, à 97, selon l'enquête de conjoncture publiée par l'Insee le 22 octobre. Un chiffre qui, pris isolément, suggère une stabilisation prudente de l'économie française à l'approche de son niveau moyen de longue période (100). Mais la moyenne cache une fracture sectorielle de plus en plus nette entre une industrie qui retrouve des couleurs et un commerce de détail en net repli, sur fond de climat de l'emploi dégradé.

Une industrie qui accélère, portée par les commandes à l'export

Le signal le plus positif vient de l'industrie manufacturière. Son indicateur de climat des affaires a progressé de quatre points en octobre, à 105 points, après 101 en septembre, selon les données de l'Insee relayées par Boursorama. Ce niveau se situe désormais nettement au-dessus de la moyenne de long terme, porté par des opinions plus favorables sur les carnets de commandes, en particulier sur les commandes étrangères. Les chefs d'entreprise industriels se montrent également plus optimistes sur leurs perspectives personnelles de production dans les mois qui viennent.

Ce redressement industriel contraste avec la tonalité des mois précédents, marqués par les incertitudes budgétaires françaises et les tensions commerciales internationales. Il reste toutefois à confirmer : un point de progression mensuelle ne dessine pas encore une tendance, et l'Insee rappelle que l'enquête a été collectée entre le 25 septembre et le 19 octobre, avant la clarification définitive du calendrier budgétaire 2027.

Le commerce de détail au plus bas depuis plus de dix ans

À l'inverse, le commerce de détail hors automobile s'enfonce. Son indicateur perd trois points en octobre, à 93, comme le détaille la note de l'Insee consacrée au secteur. Il s'agit d'un quatrième repli mensuel consécutif. Le solde d'opinion relatif aux perspectives générales d'activité se dégrade fortement, à un niveau jamais observé depuis octobre 2014 hors période de pandémie — une formulation que l'institut statistique n'emploie pas à la légère.

Les commerçants anticipent une activité atone dans les prochains mois, et ce repli touche aussi bien l'automobile que le commerce de détail au sens strict. Deux éléments nuancent toutefois le tableau : les appréciations sur les niveaux de stocks se sont nettement redressées et dépassent désormais leur moyenne, signe que les enseignes ont ajusté leurs approvisionnements à la baisse de la demande anticipée. Les perspectives de prix de vente, elles, remontent sensiblement au-dessus de leur moyenne — un indice que les commerçants comptent répercuter une partie de leurs coûts plutôt que de rogner leurs marges.

105
Indice du climat des affaires dans l'industrie en octobre (+4 points)
93
Indice du climat des affaires dans le commerce de détail hors auto (-3 points)
97
Indicateur synthétique national (+1 point, moyenne longue période = 100)
95
Indice du climat de l'emploi (-3 points)

Services et bâtiment : la stabilité en trompe-l'œil

Le secteur des services affiche un visage plus rassurant, avec un indicateur en hausse d'un point à 99, proche de sa moyenne historique. Le bâtiment, de son côté, recule légèrement, perdant un point à 95. Ces deux secteurs pèsent lourd dans l'emploi salarié français, et leur quasi-stagnation explique en grande partie pourquoi l'indicateur global ne traduit ni franc redressement ni rechute marquée.

C'est précisément cette moyenne nationale qui peut tromper : elle agrège des trajectoires sectorielles désormais très divergentes. Un chef d'entreprise industriel exportateur et un commerçant de centre-ville ne vivent plus, statistiquement, la même conjoncture.

Un climat de l'emploi qui se dégrade, signal à surveiller

Le point le plus préoccupant de la publication concerne l'emploi. L'indicateur synthétique du climat de l'emploi perd trois points à 95, sous sa moyenne de longue période, tiré vers le bas par une baisse des opinions sur les effectifs attendus dans les services hors travail temporaire. Ce repli de l'emploi anticipé dans les services — secteur le plus pourvoyeur d'emplois du pays — constitue un indicateur avancé que les économistes surveillent traditionnellement de près, car il précède souvent de plusieurs mois une inflexion sur le marché du travail réel.

Pris ensemble, ces signaux dessinent une économie française à deux vitesses à l'automne 2026 : un appareil industriel qui regagne en compétitivité à l'export, sans doute aidé par la stabilisation relative de l'euro et la demande extérieure, et une économie de la consommation — commerce, et dans une moindre mesure emploi de services — qui continue de pâtir d'un pouvoir d'achat contraint et d'une défiance persistante des ménages. Cette lecture rejoint les constats dressés par la Banque de France dans son enquête de conjoncture d'octobre, qui chiffrait déjà une croissance limitée à 0,1 % au troisième trimestre.

La prochaine publication de l'Insee est attendue le 20 novembre. Elle dira si le sursaut industriel d'octobre se confirme, ou s'il n'était qu'un rebond technique après plusieurs mois de prudence, dans un contexte budgétaire français qui reste la principale source d'incertitude pour les chefs d'entreprise interrogés.