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Défaillances d'entreprises : la France franchit un record inédit en trente-cinq ans

Avec plus de 70 000 procédures sur douze mois glissants, les défaillances d'entreprises atteignent en 2026 un niveau jamais vu depuis trente-cinq ans.

Image d'illustration — devantures de commerces fermés, rideaux baissés
Image d'illustration — devantures de commerces fermés, rideaux baissésPhoto : Juan Pablo / Unsplash

Le chiffre en dit long sur l'état réel du tissu économique français, loin des indices boursiers au plus haut. Sur douze mois glissants, la France a dépassé les 70 000 défaillances d'entreprises, un niveau qu'elle n'avait plus connu depuis trente-cinq ans, selon les données de la Banque de France reprises par les analystes de Club Patrimoine. Ni la crise financière de 2008, ni la crise des dettes souveraines de 2010-2012 n'avaient produit une telle vague de procédures collectives. Le contraste avec les records de la Bourse de Paris n'en est que plus saisissant.

Un record de premier semestre

Le détail du calendrier confirme l'ampleur du phénomène. Entre janvier et juin 2026, 36 636 procédures collectives ont été ouvertes, soit une hausse de 4,1 % par rapport au premier semestre 2025. C'est un nouveau record pour une première moitié d'année, très au-dessus des 26 784 procédures de la même période en 2019, avant la pandémie. La légère décrue observée en mai — 70 077 défaillances sur douze mois, contre 70 257 le mois précédent — ne change rien à la tendance : le niveau reste historiquement élevé et ne montre aucun signe de retournement franc.

Ce niveau n'est pas seulement statistique. Derrière chaque procédure, il y a des salariés, des fournisseurs et des dirigeants. Plus de 1,2 million d'emplois sont exposés par ces procédures, un chiffre qui pèse lourd dans une économie où la demande industrielle reste atone et où la croissance peine à dépasser la stagnation.

70 077
Défaillances sur douze mois glissants à fin mai 2026
36 636
Procédures ouvertes au premier semestre 2026
1,2 million
Emplois menacés par ces procédures

Le BTP et l'agriculture en première ligne

Toutes les branches ne sont pas frappées avec la même intensité. La construction concentre le plus gros contingent de défaillances, avec 14 607 procédures, conséquence directe de l'effondrement du marché immobilier et du gel de la commande publique dans de nombreuses collectivités. L'agriculture enregistre pour sa part une hausse de 17,2 % sur un an, tandis que le secteur de l'éducation, de la santé et de l'action sociale progresse de 16,1 %.

Cette géographie sectorielle raconte une crise à plusieurs visages. Le bâtiment paie la fin d'un cycle immobilier et la hausse des taux qui a asséché la demande de logements neufs. L'agriculture souffre de la compression de ses marges entre coûts de production élevés et prix de vente contraints. Les services à la personne, eux, encaissent l'effet ciseau entre une demande fragilisée par le pouvoir d'achat et des charges qui ne baissent pas.

L'héritage empoisonné des PGE

Pour comprendre l'accélération, il faut remonter à la pandémie. Les prêts garantis par l'État (PGE), massivement distribués en 2020 et 2021 pour maintenir les entreprises à flot, arrivent aujourd'hui à échéance. Ces crédits ont, de fait, maintenu artificiellement en vie des milliers de structures déjà fragiles, en repoussant l'heure de vérité. Le remboursement de ces prêts, conjugué à une croissance molle et à une incertitude géopolitique persistante, précipite désormais la sortie de route de ces entreprises « zombies ».

Le phénomène est donc en partie un rattrapage : les défaillances évitées pendant la crise sanitaire, grâce aux aides publiques massives, se matérialisent avec retard. Mais il serait imprudent de n'y voir qu'un simple effet de normalisation. La persistance de la hausse au-delà des seuils d'avant-crise signale une fragilité structurelle du tissu de PME, dont beaucoup n'ont jamais reconstitué de trésorerie de précaution.

Quelles perspectives pour la fin d'année

Les prévisions restent prudentes mais dégradées. Les économistes du groupe BPCE tablent sur environ 69 000 défaillances pour l'ensemble de l'année 2026, tandis que d'autres estimations grimpent jusqu'à 75 000. Dans tous les cas, le cru 2026 devrait s'inscrire comme l'un des plus lourds de l'histoire économique récente du pays.

L'enjeu pour les prochains mois est double. Éviter que la vague de défaillances ne se transforme en spirale, en soutenant la trésorerie des entreprises viables mais fragilisées. Et surveiller les effets en chaîne : chaque liquidation d'un donneur d'ordre menace ses sous-traitants, chaque impayé fragilise un peu plus les fournisseurs. Dans une économie où la croissance ne joue plus son rôle d'amortisseur, la résistance du tissu de PME sera l'un des tests majeurs de la rentrée.