Analyse · Économie
Défaillances d'entreprises : la France bat un nouveau record en 2026
Plus de 71 000 défaillances sur douze mois et 37 700 procédures ouvertes au premier semestre : la France franchit un seuil inédit, PME en première ligne.

Le compteur des faillites n'en finit plus de battre des records qu'on croyait réservés aux grandes crises. Selon le baromètre d'Altares, la France a enregistré au premier semestre 2026 quelque 37 700 ouvertures de procédures devant les tribunaux de commerce, soit environ 1 500 de plus qu'un an plus tôt. Sur douze mois glissants, la barre des 71 000 entreprises concernées est franchie — un niveau supérieur au pic de 2025, lui-même déjà historique, et jamais atteint ni pendant la crise financière de 2008 ni lors de la crise des dettes souveraines du début des années 2010. Derrière ces chiffres, ce sont plus de 75 000 emplois menacés que recense la profession.
Une sinistralité qui ne relève plus de l'exception
Le franchissement de ce seuil marque un changement de nature. Après la parenthèse artificielle de 2020-2021, où les aides publiques massives avaient gelé les faillites, le rattrapage était attendu. Mais l'année 2026 ne ressemble plus à un rattrapage : la sinistralité s'installe à un plateau élevé, alimentée par une accumulation de contraintes plutôt que par un choc unique. Fin de dispositifs de soutien, coût du crédit encore élevé, renchérissement des intrants et demande atone forment un cocktail durable pour des trésoreries déjà fragilisées.
La Banque de France recensait plus de 70 000 défaillances en cumul annuel dès le printemps, confirmant que le mouvement n'est pas un accident statistique. L'écart entre le pic de 2025 (près de 70 000 selon Altares) et les niveaux de 2026 montre une tendance qui progresse encore, quand beaucoup espéraient une stabilisation.
Les PME et la restauration en première ligne
La vague ne frappe pas au hasard. Les très petites entreprises et les PME concentrent l'essentiel des procédures, et certains secteurs cristallisent les tensions : construction, commerce et restauration figurent parmi les plus exposés, laminés par la hausse des coûts et l'arbitrage de plus en plus serré des consommateurs. Le cas récent de Bioburger, placé sous sauvegarde, illustre la mécanique : un modèle commercialement séduisant mais dont les marges ne résistent pas quand l'expansion précède la rentabilité.
Un facteur reste sous-estimé : les retards de paiement. Ils seraient à l'origine d'environ un quart des défaillances, transformant chaque impayé client en risque systémique pour ses fournisseurs. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a pointé une situation « très inégalitaire », les PME se révélant « de bien meilleurs payeurs » que les grandes entreprises — un déséquilibre qui reporte la charge de trésorerie sur les plus petits, précisément les plus vulnérables. Le phénomène est d'autant plus pernicieux qu'il se propage en silence : une entreprise structurellement rentable peut se retrouver en cessation de paiements pour la seule raison qu'elle attend l'argent que lui doivent des clients plus gros qu'elle. La bataille contre les délais de paiement, régulièrement affichée comme une priorité, peine à produire des effets tangibles sur le terrain.
Un signal d'alerte pour la conjoncture
Cette envolée pèse sur un tissu productif déjà fragilisé par un marché du travail qui se retourne et une croissance atone, que la Banque de France n'attend qu'à 0,5 % en 2026. Chaque défaillance détruit non seulement des emplois directs, mais fragilise en chaîne les fournisseurs et sous-traitants, dans un effet domino que les PME absorbent mal. Le risque est celui d'une spirale : moins d'activité, plus d'impayés, davantage de faillites.
Reste à savoir si les leviers publics peuvent enrayer la dynamique. La médiation du crédit, les dispositifs de restructuration préventive comme la sauvegarde, et l'attention portée aux délais de paiement offrent des amortisseurs, mais aucun ne traite la cause de fond : une rentabilité insuffisante dans un environnement de coûts durablement élevés. Tant que la demande ne repart pas franchement, le compteur des défaillances a peu de raisons de s'inverser — et le seuil symbolique des 71 000 pourrait n'être qu'une étape.
Méthode — Sources primaires : baromètre Altares des défaillances (T1 et T2 2026) et Stat Info « Défaillances d'entreprises » de la Banque de France, recoupés avec la presse économique — consultés le 17 août 2026.