Analyse · Économie
Chômage : 8,3 % au deuxième trimestre, le plus haut niveau depuis 2020
L'INSEE mesure un taux de chômage de 8,3 % au deuxième trimestre 2026, en hausse pour le sixième trimestre consécutif et au plus haut depuis fin 2020.

Le marché du travail français continue de se dégrader, trimestre après trimestre. Selon l'Informations Rapides n° 192 de l'INSEE, publiée le 7 août, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) s'est établi à 8,3 % de la population active au deuxième trimestre 2026, en hausse de 0,2 point sur le trimestre. C'est le sixième trimestre consécutif de progression, et le niveau le plus élevé depuis le troisième trimestre 2020, en pleine crise sanitaire. Sur un an, la hausse atteint 0,7 point, un rythme qui traduit non plus un accident conjoncturel mais une tendance installée.
Une hausse lente mais continue
Derrière la stabilité apparente du chiffre — 8,3 %, ce n'est pas un décrochage brutal — se cache une mécanique préoccupante : la régularité. Six trimestres de hausse d'affilée, cela signifie que le mouvement a débuté début 2025 et ne s'est jamais interrompu depuis. Le nombre de chômeurs au sens du BIT s'élève désormais à 2,7 millions de personnes, en augmentation de 62 000 sur le trimestre et de 261 000 sur un an. Autrement dit, en douze mois, la France compte plus d'un quart de million de demandeurs d'emploi supplémentaires.
Cette dégradation se lit aussi dans le taux d'emploi, qui recule de 0,3 point à 69,0 % des 15-64 ans, et dans le taux d'activité, en léger repli à 75,4 %. Le tassement simultané de ces deux indicateurs écarte l'explication rassurante d'un chômage qui grimperait uniquement parce que davantage de personnes se remettent à chercher du travail : c'est bien la demande de travail des entreprises qui faiblit.
Les jeunes en première ligne
C'est sur les jeunes que la conjoncture frappe le plus fort. Le taux de chômage des 15-24 ans bondit de 0,4 point sur le trimestre pour atteindre 21,6 %, soit une hausse de 2,5 points en un an. Plus d'un actif de moins de 25 ans sur cinq est aujourd'hui sans emploi et en recherche active. Les 25-49 ans (7,5 %, +0,2 point) et les 50 ans et plus (5,5 %, +0,3 point) sont moins exposés en niveau, mais leur situation se dégrade également, signe que le retournement touche désormais toutes les classes d'âge.
Le chômage des jeunes est traditionnellement le plus sensible aux variations de l'activité : ce sont les premières embauches qui se raréfient quand les entreprises lèvent le pied, avant même les licenciements. Sa remontée rapide constitue donc un indicateur avancé de la dégradation du climat économique, davantage qu'une simple photographie de l'existant.
Un « halo » qui gonfle le tableau
Au-delà des seuls chômeurs BIT, l'INSEE mesure aussi le halo autour du chômage : les personnes qui souhaitent travailler mais que la définition internationale ne classe pas comme chômeurs, faute de recherche active ou de disponibilité immédiate. Ce halo compte 1,9 million de personnes, soit 4,4 % de la population des 15-64 ans. Ajouté aux 2,7 millions de chômeurs officiels, il donne la mesure réelle du sous-emploi dans le pays. Le chômage de longue durée, lui, concerne 671 000 personnes, soit 2,1 % de la population active — un noyau dur que la reprise, quand elle viendra, aura le plus de mal à résorber.
Le maillon qui manquait au tableau conjoncturel
Cette dégradation de l'emploi vient compléter, et éclairer, les autres indicateurs publiés ces dernières semaines. La croissance reste atone : le PIB n'a rebondi que de 0,2 % au deuxième trimestre, et la Banque de France n'anticipe pas mieux pour le troisième, tout en ayant abaissé sa prévision annuelle à 0,5 %. Une économie qui progresse aussi lentement ne crée mécaniquement pas assez d'emplois pour absorber la population active : le chômage monte parce que la croissance ne suit pas.
L'inflation, confirmée à 2,1 % sur un an en juillet, ajoute une contrainte supplémentaire. Elle limite la marge de manœuvre budgétaire pour soutenir l'emploi et pèse sur le pouvoir d'achat des ménages, donc sur la consommation qui pourrait relancer l'activité. La France se retrouve ainsi dans une configuration inconfortable : une croissance trop faible pour faire reculer le chômage, une inflation encore trop présente pour desserrer franchement les taux.
Ce que surveillent désormais les économistes
Le prochain rendez-vous statistique majeur sera la publication des comptes détaillés du deuxième trimestre par l'INSEE le 28 août, qui affinera la lecture de l'activité et de l'emploi salarié. Les analystes guettent surtout un éventuel point d'inflexion : après six trimestres de hausse, la question n'est plus de savoir si le chômage augmente, mais quand il cessera de le faire. Or, tant que la croissance reste sous la barre des 0,3 % par trimestre, aucun retournement n'est mécaniquement en vue. Pour les entreprises comme pour les jeunes diplômés qui arriveront sur le marché à la rentrée, la seconde moitié de 2026 s'annonce sous tension.
Méthode — Source primaire : INSEE, Informations Rapides n° 192 du 7 août 2026. Chiffres recoupés avec les publications de l'Insee sur l'emploi salarié et la croissance.