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Eurodia Industrie lève 18 millions d'euros pour accélérer dans le lithium

La PME de Pertuis, qui a doublé son chiffre d'affaires en deux ans grâce au lithium sud-américain, lève 18 millions d'euros auprès de deux fonds parisiens.

Image d'illustration — une carrière à ciel ouvert exploitant un gisement contenant du lithium, le métal au cœur de la croissance d'Eurodia Industrie.
Image d'illustration — une carrière à ciel ouvert exploitant un gisement contenant du lithium, le métal au cœur de la croissance d'Eurodia Industrie.Photo : MiningWatch Portugal / Unsplash

Dans le Vaucluse, une PME industrielle discrète profite à plein de la ruée mondiale vers le lithium. Eurodia Industrie, basée à Pertuis, annonce une levée de fonds de 18 millions d'euros auprès de deux investisseurs parisiens spécialisés dans la décarbonation, Starquest Capital et Yotta Capital Partners, qui entrent au capital en tant qu'actionnaires minoritaires, la direction conservant le contrôle de l'entreprise.

Une croissance tirée par les batteries électriques

Fondée en 1988 par Bernard Gillery et dirigée depuis dix ans par Mathieu Bailly, Eurodia conçoit des procédés sur mesure d'extraction, de séparation et de purification de liquides complexes. Son chiffre d'affaires a quasiment doublé en deux ans, passant de 34 millions d'euros en 2023 à 60 millions en 2025, une accélération que l'entreprise attribue directement à la demande du secteur du lithium et à son développement en Amérique latine. L'entreprise emploie 120 salariés et a déjà déployé 450 installations dans une cinquantaine de pays, avec 80 % de son activité désormais réalisée à l'international.

18 M€
Montant de la levée de fonds
60 M€
Chiffre d'affaires 2025, contre 34 M€ en 2023
450
Installations déployées dans le monde par Eurodia

Rio Tinto, référence qui change la donne

Le signal le plus fort de cette montée en puissance reste le choix de Rio Tinto : le géant minier anglo-australien a sélectionné les équipements d'extraction d'Eurodia pour son projet lithinifère de Rincon, en Argentine. Un contrat qui positionne la PME française comme fournisseur technologique sur l'un des gisements de lithium les plus suivis d'Amérique du Sud, dans un « triangle du lithium » — Chili, Argentine, Bolivie — qui concentre une large part des réserves mondiales du métal utilisé dans les batteries de véhicules électriques.

Le lithium, enjeu de souveraineté autant que de compétitivité

Les fonds levés doivent permettre à Eurodia de déployer des installations plus grandes et plus fréquentes, tout en poursuivant son expansion internationale. Au-delà du cas Eurodia, l'opération illustre un mouvement plus large : les métaux critiques, l'économie de l'eau et l'électrification des procédés industriels sont devenus, pour les investisseurs comme pour les pouvoirs publics, des sujets à la fois de souveraineté et de compétitivité industrielle. La France, qui ne dispose pas de gisements de lithium comparables à ceux d'Amérique du Sud, cherche ainsi à se positionner sur la chaîne de valeur par la technologie plutôt que par l'extraction, une stratégie que l'on retrouve chez d'autres acteurs industriels tricolores engagés dans la transition énergétique.

Une PME qui a su se réinventer autour de la transition énergétique

L'histoire d'Eurodia illustre un mouvement plus large de reconversion industrielle à l'œuvre dans plusieurs PME françaises du secteur des procédés chimiques. Fondée à l'origine sur des technologies d'électrodialyse appliquées à l'agroalimentaire et à la pharmacie, l'entreprise a progressivement réorienté une partie significative de son activité vers les besoins de la transition énergétique : traitement des eaux industrielles, recyclage des métaux stratégiques et désormais extraction directe du lithium. Cette bascule n'est pas un pari récent : elle s'est construite sur plusieurs années de recherche et développement interne, avant que la demande mondiale de batteries électriques ne vienne, à partir de 2023-2024, transformer un marché de niche technologique en relais de croissance majeur pour l'entreprise vauclusienne.

Starquest et Yotta, deux fonds à la stratégie convergente

Le choix des deux investisseurs entrés au capital n'est pas neutre. Starquest Capital et Yotta Capital Partners partagent une spécialisation marquée sur les thématiques de décarbonation et de transition industrielle, un positionnement qui s'est renforcé dans l'écosystème du capital-investissement français à mesure que les enjeux climatiques et de souveraineté sur les matières premières critiques sont devenus des critères d'investissement à part entière. En entrant au capital en tant que minoritaires, sans prise de contrôle, les deux fonds parient sur la capacité de l'équipe dirigeante actuelle, menée par Mathieu Bailly depuis dix ans, à poursuivre seule l'exécution de sa stratégie de croissance internationale, tout en bénéficiant d'un appui financier pour industrialiser plus vite ses déploiements. Ce type de montage, minoritaire et non dilutif pour les dirigeants historiques, est de plus en plus recherché par les PME industrielles françaises en forte croissance qui veulent éviter une dilution excessive tout en accédant aux capitaux nécessaires à leur expansion.

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