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Hackuity lève 19 millions de dollars pour armer les entreprises contre le déluge de failles dopé à l'IA

La pépite lyonnaise de la gestion des vulnérabilités boucle une série B de 19 M$ menée par Forgepoint, alors que l'IA fait exploser le nombre de failles à traiter.

Image d'illustration — une baie de serveurs dans une salle informatique. Hackuity agrège les données de plus de 130 outils de sécurité pour hiérarchiser les failles à corriger.
Image d'illustration — une baie de serveurs dans une salle informatique. Hackuity agrège les données de plus de 130 outils de sécurité pour hiérarchiser les failles à corriger.Photo : Tyler / Unsplash

Il y a une ironie que les fondateurs de Hackuity assument volontiers : l'intelligence artificielle qui promet d'automatiser la sécurité informatique est aussi celle qui submerge aujourd'hui les équipes de failles à corriger. La start-up lyonnaise, spécialiste de la gestion des vulnérabilités, a annoncé mardi 16 septembre 2026 une levée de 19 millions de dollars en série B, selon le communiqué relayé par Maddyness. L'opération est menée par le fonds américain Forgepoint Capital International, avec la participation des actionnaires historiques Bright Pixel, Seventure Partners et Bpifrance, via son véhicule Deeptech Venture. Elle porte à plus de 36 millions de dollars le total mobilisé par l'entreprise depuis sa création.

Une thèse : trop de failles, pas assez de temps

Le cœur du problème que Hackuity dit résoudre tient en un chiffre qui gonfle sans cesse. Chaque année, des dizaines de milliers de vulnérabilités logicielles sont publiées, et l'immense majorité des organisations n'a ni les bras ni le temps de toutes les corriger. L'irruption de l'IA générative dans la recherche de failles a fait basculer ce déséquilibre dans une autre dimension. Comme le note fintech.global, des outils automatisés détectent désormais des milliers de défauts en quelques semaines, un rythme que les processus manuels de remédiation ne peuvent pas suivre. Le NIST américain, gardien de la base de référence des vulnérabilités, a lui-même reconnu ne plus pouvoir analyser l'intégralité des signalements qui lui parviennent.

C'est cette bascule que Hackuity veut exploiter. Sa plateforme n'ausculte pas le code : elle agrège les données remontées par plus de 130 outils de sécurité déjà déployés chez ses clients — scanners, gestion d'actifs, renseignement sur les menaces — pour les fusionner, les dédoublonner et les hiérarchiser. L'objectif n'est pas de trouver davantage de failles, mais de dire lesquelles corriger en premier, en fonction de leur exploitabilité réelle et de la criticité de l'actif concerné.

19 M$
Montant de la série B (menée par Forgepoint)
36 M$
Total levé depuis la création en 2020
130
Outils de sécurité agrégés par la plateforme
2 M
Actifs informatiques protégés pour les clients

Une base de grands comptes et un ARR qui double

Fondée en 2020 par Patrick Ragaru et Pierre Polette, deux anciens cadres d'Orange Cyberdefense, Hackuity a construit une clientèle qui tranche avec le profil habituel d'une start-up de six ans. Sa plateforme compte plus de 6 000 utilisateurs et surveille plus de deux millions d'actifs informatiques. Surtout, environ 80 % de ses clients sont des entreprises du CAC 40 ou des groupes de taille équivalente — Sodexo, Engie, BPCE ou encore l'opérateur singapourien Singtel figurent dans son portefeuille, d'après L'Informaticien.

Ce positionnement haut de gamme se lit dans les indicateurs financiers. Le revenu annuel récurrent moyen par client avoisine 150 000 euros, et l'entreprise revendique une croissance de son ARR supérieure à 50 % par an sur les trois dernières années. Avec cette levée, elle vise un doublement de ce revenu récurrent d'ici à la fin 2028. Le pari n'a rien d'automatique dans un marché de la cybersécurité encombré, mais il s'appuie sur un socle de contrats pluriannuels et un taux de rétention que les fonds spécialisés savent valoriser.

L'argent ira à l'IA agentique et à l'international

Les 19 millions de dollars financeront deux chantiers. Le premier est technologique : Hackuity veut injecter de l'IA dite « agentique » dans sa plateforme, c'est-à-dire des agents capables non plus seulement de trier les failles, mais d'automatiser une partie du travail de remédiation et de valider l'exploitabilité réelle d'une vulnérabilité avant d'alerter les équipes. Le second est géographique. L'entreprise réalise aujourd'hui environ 15 % de son chiffre d'affaires hors de France et vise 35 %, avec une poussée vers l'Asie, le Moyen-Orient et le reste de l'Europe.

« C'est un sujet de volume, mais aussi de vélocité. »

Patrick Ragaru, cofondateur et directeur général de Hackuity

La formule résume la thèse maison : face à un flux de failles que l'IA rend intarissable, la vitesse de priorisation et de correction devient l'avantage compétitif décisif. Reste que le combat se livre sur un terrain disputé, où des acteurs américains comme Tenable, Qualys ou Rapid7 disposent de moyens sans commune mesure. La carte de Hackuity est celle d'un spécialiste européen, financé en partie par Bpifrance, capable de séduire de grands comptes soucieux de souveraineté numérique.

Un signal pour la French Tech de la cybersécurité

Au-delà du cas Hackuity, l'opération envoie un signal sur les priorités des investisseurs en 2026. Après deux ans de correction, les fonds ne signent plus que dans un nombre restreint de secteurs jugés stratégiques — l'IA, la défense, la santé et la cybersécurité en tête. Une série B menée par un fonds américain sur une pépite lyonnaise, avec Bpifrance à ses côtés, illustre cette sélectivité : les tickets vont aux entreprises qui adressent un problème structurel et documenté, pas aux promesses.

Pour l'écosystème français de la cybersécurité, souvent riche en technologies mais pauvre en champions de taille mondiale, la trajectoire de Hackuity sera scrutée. Le doublement d'ARR visé pour 2028 et la montée à 35 % de revenus internationaux constituent des jalons vérifiables. S'ils sont tenus, ils feront de la start-up l'un des rares acteurs européens capables de rivaliser à l'échelle sur un marché que l'IA, paradoxalement, ne cesse d'élargir.