Levée de fonds · Entreprises
HyLight lève 13 millions d'euros pour déployer ses dirigeables autonomes en Europe
La startup française, qui inspecte lignes électriques et voies ferrées avec des drones à hydrogène, accélère son expansion avec Y Combinator et Ring Capital.

HyLight vient de boucler un nouveau tour de table de 13 millions d'euros, mené par Rubio Impact Ventures, DRW et Teampact Ventures, avec le soutien des investisseurs historiques Y Combinator et Ring Capital, selon l'annonce relayée par Maddyness. Pour cette startup fondée en 2022, qui conçoit des dirigeables autonomes propulsés à l'hydrogène, l'opération marque un changement d'échelle : la précédente levée, bouclée en avril 2024, ne représentait que 3,7 millions d'euros.
Un marché de niche : la surveillance d'infrastructures critiques
HyLight a été fondée par Martin Bocken, Théo Hoenen, Thomas Laporte et Josef Rokusek pour répondre à un problème très concret : l'inspection des lignes électriques, voies ferrées et gazoducs repose encore très largement sur des survols en hélicoptère, une méthode coûteuse et peu précise. Ses clients — Enedis, Vinci et SNCF Réseau — utilisent déjà ses drones dirigeables, baptisés « HyLighters », pour détecter des défauts sur leurs réseaux.
« La plupart des lignes électriques sont encore inspectées par hélicoptère, comme elles l'étaient il y a cinquante ans. Nos HyLighters font déjà le même travail, avec davantage de précision et moins de risques », explique Martin Bocken, cofondateur et PDG de HyLight, cité par Maddyness.
Des appareils longs de 12 mètres, capables d'embarquer des LiDAR
Les dirigeables de HyLight mesurent 12 mètres de long et peuvent transporter jusqu'à 10 kg de capteurs, dont des LiDAR, pour cartographier et surveiller les infrastructures qu'ils survolent. Un format intermédiaire entre le drone classique, limité en autonomie, et l'hélicoptère, lourd à opérer et à mobiliser. Les engins de la société ont d'ailleurs déjà été aperçus dans le ciel francilien, notamment sur les Champs-Élysées en juin dernier lors des dix ans de VivaTech.
Avec ce nouveau financement, HyLight affiche une ambition claire : sortir du marché français pour couvrir l'ensemble de l'Europe, où les opérateurs d'infrastructures énergétiques et ferroviaires font face aux mêmes contraintes de coûts et de personnel qualifié pour les inspections. Le secteur de l'inspection d'infrastructures par drone reste jeune, mais la startup mise sur sa spécialisation hydrogène — plus autonome que l'électrique pur — pour se différencier des acteurs généralistes du marché.
Pourquoi l'hydrogène plutôt que le tout-électrique
Le choix technologique de HyLight n'est pas anodin. Les drones électriques classiques, limités par la densité énergétique de leurs batteries, peinent à dépasser quelques dizaines de minutes de vol — largement insuffisant pour couvrir des centaines de kilomètres de lignes électriques ou de voies ferrées en une seule mission. L'hydrogène, plus léger et plus énergétique à masse égale, permet à HyLight de revendiquer jusqu'à dix heures d'autonomie, un atout décisif face aux hélicoptères qui restent, eux, limités par leur coût d'exploitation horaire et la disponibilité de pilotes qualifiés. Cette différenciation technique explique en partie l'intérêt des investisseurs pour une startup qui opère sur un marché de niche, mais où la barrière à l'entrée technologique reste élevée.
Un marché porté par le vieillissement des réseaux d'infrastructure
La demande pour ce type de service d'inspection s'inscrit dans un contexte plus large : le vieillissement des réseaux électriques, ferroviaires et gaziers européens, construits pour l'essentiel entre les années 1950 et 1980, impose une maintenance préventive de plus en plus fréquente. Les gestionnaires de réseaux comme Enedis ou SNCF Réseau doivent détecter les défaillances avant qu'elles ne provoquent des coupures ou des accidents, tout en maîtrisant leurs coûts opérationnels dans un contexte budgétaire tendu. Les solutions de télédétection automatisée, qu'elles soient embarquées sur drone, dirigeable ou satellite, captent ainsi une part croissante des budgets de maintenance, au détriment des méthodes traditionnelles par hélicoptère ou par équipes au sol.
Pour HyLight, l'enjeu des prochains mois sera de démontrer que son modèle peut s'exporter au-delà des donneurs d'ordres français qui l'ont accompagnée depuis sa création. L'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie disposent de réseaux d'infrastructures tout aussi anciens et de gestionnaires confrontés aux mêmes contraintes de coûts — un terrain a priori favorable à l'expansion européenne visée par la startup, à condition de nouer de nouveaux partenariats avec des opérateurs locaux et d'adapter sa flotte aux réglementations aériennes propres à chaque pays.