Investissement étranger · International
L'italien Marcegaglia investit 1,2 milliard d'euros dans une aciérie à Fos-sur-Mer
Le groupe italien porte à 1,2 milliard d'euros son projet d'aciérie électrique à Fos-sur-Mer, la première construite en France depuis plus de 50 ans.

Le sidérurgiste italien Marcegaglia a annoncé, lors du sommet Choose France du 1er juin, une enveloppe supplémentaire de 600 millions d'euros pour son projet baptisé « Mistral » à Fos-sur-Mer, portant l'investissement total à 1,2 milliard d'euros. Selon le groupe, cité par Maritima.fr, le projet doit donner naissance à « la première aciérie construite en France depuis plus de 50 ans, et au premier laminoir majeur depuis cette période ».
Un site repris il y a deux ans, aujourd'hui en pleine mutation
Marcegaglia a repris l'ancienne aciérie Ascometal de Fos-sur-Mer en mai 2024. Depuis, le groupe a conclu un accord de long terme avec EDF pour s'approvisionner en électricité d'origine nucléaire à des tarifs compétitifs — un point décisif pour un projet qui revendique une ambition bas carbone. L'objectif affiché est de porter la production du site de 100 000 tonnes actuellement à 2,1 millions de tonnes d'ici 2028, un changement d'échelle qui ferait de Fos-sur-Mer l'un des principaux sites sidérurgiques du pays.
Une usine pensée pour l'acier plat bas carbone
Le projet Mistral doit produire de l'acier plat au moyen d'un four électrique, une technologie nettement moins émettrice que la filière haut-fourneau traditionnelle. Le site « intégrera de l'intelligence artificielle et sera alimenté en électricité décarbonée », avec l'ambition d'atteindre des performances de référence en matière d'efficacité énergétique et d'empreinte carbone, selon la communication du groupe reprise par Boursorama. L'accord d'approvisionnement électrique avec EDF, conclu un an plus tôt, conditionne largement la compétitivité du site face à une concurrence internationale où le prix de l'énergie reste le principal facteur de coût pour la sidérurgie électrique.
Ce qu'en disent les salariés du site
Le discours industriel enthousiaste ne fait pas totalement consensus sur le terrain. François Barges, délégué CGT chez Marcegaglia Fos, reconnaît dans l'investissement « un signal fort pour la pérennité du site », mais tempère l'enthousiasme institutionnel.
« On entend des gros chiffres, mais on subit la conjoncture. Le secteur du fil est impacté par de longues périodes de chômage partiel. »
François Barges, délégué CGT chez Marcegaglia FosLe syndicaliste pointe un décalage entre les annonces ministérielles et la réalité de l'atelier : restructuration organisationnelle en cours, chômage partiel persistant sur le segment du fil d'acier, et un manque de détails techniques transmis aux représentants du personnel sur l'intégration de l'intelligence artificielle annoncée. La CGT dit soutenir la modernisation à long terme du site tout en restant prudente sur la gestion de cette période de transition.
Un symbole de l'attractivité industrielle française
Le projet Mistral s'inscrit dans une série d'annonces faites lors du sommet Choose France 2026, où 93 milliards d'euros d'investissements étrangers ont été présentés au total, dont une fraction seulement — moins de 4 milliards d'euros — fléchée vers des sites de production effectifs. Cette proportion limitée rend d'autant plus significatif un projet industriel lourd comme celui de Fos-sur-Mer, qui contraste avec la tendance observée par plusieurs analystes cités dans la presse économique : une part croissante des annonces de Choose France concerne des centres de décision ou de R&D plutôt que des usines. Le choix d'un groupe italien d'investir plus d'un milliard d'euros dans une production physique en France, dans un contexte de croissance économique molle, constitue un signal que les autorités locales et nationales ne manqueront pas de valoriser.
Les prochaines étapes à surveiller
La montée en puissance vers 2,1 millions de tonnes annuelles d'ici 2028 suppose des embauches et une réorganisation étalées sur plusieurs années, dans un secteur sidérurgique européen confronté à une concurrence internationale féroce et à des surcapacités chroniques. La CGT et la direction devront trouver un terrain d'entente sur le calendrier social de cette transformation, tandis que les pouvoirs publics suivront de près la matérialisation effective des emplois promis — un test de crédibilité pour l'ensemble des annonces industrielles issues des dernières éditions de Choose France.
Méthode — Sources : communiqués Marcegaglia relayés par Maritima.fr et Boursorama, entretien CGT publié par Maritima.fr — consultés le 11 août 2026.