Décryptage · International
Paprec rachète 80 % de l'autrichien Brantner et s'implante à l'Est
Paprec prend 80 % de Brantner green solutions et s'implante dans cinq pays d'Europe centrale et orientale, sa plus grosse opération depuis 2016.

Le champion français du recyclage passe à l'offensive en Europe de l'Est. Paprec a annoncé le 11 août la prise d'une participation de 80 % dans Brantner green solutions, la division environnement et gestion des déchets du groupe familial autrichien Brantner, fondé en 1936. L'opération, présentée par le groupe comme sa plus importante acquisition depuis la fusion avec Coved en 2016, ouvre au recycleur francilien la porte de cinq nouveaux marchés — Autriche, Slovaquie, République tchèque, Roumanie et Serbie — d'un seul coup. La famille Brantner conserve 20 % du capital et reste associée à la gouvernance de l'ensemble.
Une plateforme clé en main en Europe centrale
L'intérêt stratégique de la cible tient à sa densité. Brantner green solutions, ce sont plus de 320 millions d'euros de chiffre d'affaires, près de 2 500 collaborateurs et un réseau de 65 sites et agences qui servent plus de 28 000 clients — collectivités, industriels et entreprises. Autrement dit, Paprec ne rachète pas une start-up à faire grandir mais un acteur déjà installé et rentable, qui lui offre une implantation immédiate dans une région où la structuration de la filière déchets progresse au rythme des exigences réglementaires européennes.
Cette logique de plateforme est au cœur de la stratégie du groupe depuis une décennie : plutôt que de construire pays par pays, Paprec s'est développé à l'international par acquisitions ciblées, après avoir renforcé ses positions en Suisse puis en Europe du Sud, en Espagne et en Italie. L'Europe centrale et orientale constituait un angle mort de cette carte ; il est désormais comblé.
Un groupe qui vise 4,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires
Pour Paprec, l'opération marque un changement d'échelle. Le groupe, qui a réalisé environ 3,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, table désormais sur plus de 4,5 milliards d'euros une fois l'acquisition intégrée, avec près de 26 000 collaborateurs répartis dans quinze pays. Le montant de la transaction n'a pas été rendu public, mais L'Usine Nouvelle la décrit comme le plus gros investissement du groupe depuis dix ans.
La direction de la nouvelle entité sera assurée conjointement par les deux familles fondatrices, dans un schéma que Paprec a l'habitude de privilégier pour ses rachats à l'étranger : conserver le management local et l'ancrage historique, tout en apportant la surface financière et l'expertise industrielle du groupe français.
« Cette opération constitue une étape majeure dans l'histoire de Paprec. Elle nous permet de nous implanter dans cinq nouveaux pays. »
Mathieu Petithuguenin, président-directeur général de PaprecLe recyclage, terrain de consolidation européenne
L'opération illustre un mouvement de fond : la filière européenne du recyclage et de la valorisation des déchets se consolide, portée par le durcissement de la réglementation environnementale et par des objectifs de recyclage de plus en plus contraignants à l'échelle de l'Union. Dans ce contexte, la taille devient un avantage compétitif décisif — pour amortir les investissements dans les centres de tri, pour peser dans les appels d'offres des collectivités et pour absorber les coûts de mise aux normes. Les groupes capables de financer des acquisitions transfrontalières prennent une longueur d'avance sur des marchés encore largement fragmentés à l'Est.
Ce dynamisme des opérations menées par des acteurs européens tranche avec d'autres pans de l'industrie française, où c'est plutôt l'inverse qui se produit : des groupes étrangers viennent y investir, à l'image de l'italien Marcegaglia et de son aciérie à Fos-sur-Mer. Le rachat de Brantner rappelle qu'à l'international, quelques champions français de l'environnement jouent encore, eux, le rôle d'acquéreurs.
Une finalisation attendue d'ici la fin de l'année
L'accord signé reste soumis aux autorisations réglementaires habituelles, notamment en matière de concurrence dans les pays concernés. La finalisation est attendue au quatrième trimestre 2026. Si le calendrier est tenu, Paprec abordera 2027 avec un périmètre nettement élargi et une position de premier plan sur un marché de la gestion des déchets appelé à croître au rythme des ambitions environnementales européennes. Pour un groupe resté familial et indépendant, l'opération confirme une ambition intacte : celle de figurer parmi les tout premiers acteurs européens du recyclage.
Méthode — Source primaire : communiqué Paprec du 11 août 2026. Chiffres recoupés avec Boursorama et L'Usine Nouvelle.