Analyse · Entreprises
Pasqal entre au Nasdaq avec 360 millions de dollars, première française du quantique en Bourse
La pépite française du calcul quantique Pasqal a rejoint le Nasdaq via un SPAC, avec 360 M$ de trésorerie et une valorisation de 2 milliards de dollars.

C'est un choix de marché qui en dit long sur les limites du financement de la deeptech en Europe. Pasqal, fer de lance français de l'informatique quantique, a fait ses premiers pas au Nasdaq le 28 août sous le ticker PSQL, empochant au passage environ 360 millions de dollars de trésorerie. La société est la première entreprise française du quantique à être cotée en Bourse — mais elle l'est à New York, pas à Paris. Un paradoxe assumé pour une pépite qui conserve son siège et son usine dans l'Hexagone.
Un SPAC pour aller vite
L'opération n'est pas une introduction en Bourse classique. Pasqal a bouclé une fusion avec Bleichroeder Acquisition Corp. II, un SPAC — une coquille cotée conçue pour accueillir une entreprise et lui ouvrir les portes du marché sans le parcours traditionnel d'une IPO. Les actionnaires du véhicule ont approuvé le rapprochement le 25 août, et l'entité fusionnée, rebaptisée Pasqal Holding SA, a vu ses actions et bons de souscription s'échanger dès le 28 août sous les tickers PSQL et PSQLW. L'accueil du marché a été spectaculaire : le titre a bondi d'environ 60 % lors de sa première séance, valorisant l'ensemble autour de 2 milliards de dollars.
Au-delà du symbole, ce sont les 360 millions de dollars de trésorerie qui changent la donne. « Ces 360 millions de dollars nous donnent une force de frappe très importante et plusieurs années de runway pour poursuivre notre développement technologique », résume le directeur financier, arrivé il y a deux mois après un passage chez Deezer, entre autres groupes cotés. Dans un secteur où les besoins en capital sont colossaux et les revenus encore embryonnaires, cette réserve de cash place Pasqal dans une position confortable face à ses concurrents.
Pourquoi le Nasdaq plutôt qu'Euronext
Le choix de Wall Street n'est pas un reniement, mais un constat lucide sur la profondeur des marchés. « Quand on regarde les entreprises du quantique, y compris nos concurrents européens, elles ont toutes fait le choix du Nasdaq. C'est le marché de capitaux où une entreprise deeptech trouve le plus de capitaux disponibles », justifie le directeur financier de Pasqal. Le message est direct : pour lever massivement dans les technologies de rupture, l'Europe ne fait pas encore le poids face aux places américaines. Pasqal prévoit toutefois une double cotation sur Euronext Paris dans les mois à venir, façon de garder un pied dans l'écosystème français.
Car l'ancrage hexagonal reste revendiqué. Le siège demeure en France, et l'usine principale se trouve à Palaiseau, sur le plateau de Saclay. Le nouveau conseil d'administration de neuf membres est présidé, dans un rôle non exécutif, par le cofondateur de Pasqal et prix Nobel de physique Alain Aspect — une caution scientifique de premier plan. Bpifrance, actionnaire de longue date, y conserve un siège. Autrement dit, l'argent vient de New York, mais la matière grise et la production restent françaises.
Passer du prototype à l'échelle industrielle
Reste à transformer l'essai. Pasqal revendique aujourd'hui sept unités de traitement quantique déployées et trois autres en production, accessibles via le cloud pour plus de vingt-cinq applications commerciales et de recherche dans l'énergie, les services financiers et la science des matériaux. La technologie repose sur les atomes neutres, une approche que la société entend désormais faire monter en puissance sur deux fronts : élargir les champs d'applications, encore concentrés sur la science des matériaux, et surtout accroître les capacités de production pour sortir davantage de machines.
C'est là que se jouera la crédibilité de la valorisation. Le quantique reste une industrie où la promesse dépasse largement les revenus, et où la tolérance aux erreurs — condition d'un calcul quantique réellement utile à grande échelle — n'est pas encore acquise. Les 360 millions de dollars offrent à Pasqal le temps de faire ses preuves, dans une compétition mondiale où les concurrents américains lèvent, eux aussi, des sommes considérables. L'entrée au Nasdaq n'est pas une ligne d'arrivée, mais le point de départ d'une course d'endurance industrielle.
Source : Pasqal entre au Nasdaq avec 360 millions de dollars en poche (Maddyness).