Analyse · Entreprises
Pernod Ricard : le bénéfice annuel amputé d'un quart, plombé par les États-Unis et la Chine
Le numéro deux mondial des spiritueux voit son profit annuel chuter à 1,2 milliard d'euros. Ventes en repli de 3,9 %, dividende maintenu à 4,70 euros.

Le géant français des vins et spiritueux traverse une passe difficile, et ses comptes annuels le confirment sans détour. Pour l'exercice clos le 30 juin 2026, Pernod Ricard a vu son bénéfice net fondre d'environ un quart, à 1,2 milliard d'euros, selon les résultats publiés le 27 août et relayés par la presse spécialisée. Le propriétaire d'Absolut, Martell, Ricard et Jameson paie le prix d'un ralentissement conjugué sur ses deux marchés stratégiques : les États-Unis et la Chine.
Le chiffre d'affaires ressort à 9,4 milliards d'euros, en repli organique de 3,9 % et de 14,2 % en données publiées, l'écart s'expliquant par les effets de change et de périmètre. Le résultat opérationnel courant recule pour sa part de 5,2 %, à 2,42 milliards d'euros. Des chiffres qui traduisent une double peine : des volumes qui baissent et une rentabilité que le groupe s'efforce de défendre à coups d'économies.
La Chine et les États-Unis, deux points noirs
Le décrochage vient d'abord de deux géographies. En Chine, les ventes ont plongé de 19 % sur l'exercice, victimes d'une consommation atone et de mesures réglementaires qui frappent de plein fouet le cognac Martell, produit emblématique et très exposé au marché chinois. Le contexte des enquêtes antidumping menées par Pékin sur les eaux-de-vie européennes n'a rien arrangé.
Aux États-Unis, premier marché mondial des spiritueux, le repli atteint 14 %. En cause : un ralentissement structurel de la demande et un vaste mouvement de déstockage des distributeurs, qui ont écoulé leurs stocks plutôt que de passer de nouvelles commandes. Deux dynamiques dont Pernod Ricard ne maîtrise ni le calendrier ni l'ampleur.
Un dividende maintenu comme signal aux actionnaires
Malgré la tempête, le groupe familial fait le choix de la continuité vis-à-vis de ses actionnaires : le dividende est maintenu à 4,70 euros par action, avec une option de paiement du solde de 2,35 euros en numéraire ou en actions. Une manière de préserver la confiance du marché tout en ménageant sa trésorerie grâce au paiement en titres.
Ce geste n'a pas suffi à rassurer la Bourse. L'action a nettement reculé après la publication, sanctionnée moins par les résultats eux-mêmes — largement anticipés — que par la révision des perspectives de moyen terme. Le groupe abaisse en effet son ambition de croissance vers le bas de la fourchette de 3 % à 6 % qu'il visait jusqu'à 2029.
Pas de rebond américain avant 2029
Le message le plus lourd de conséquences est venu du directeur général Alexandre Ricard, qui n'anticipe pas de retour à la croissance sur le marché américain avant 2029. Un horizon lointain qui acte la profondeur du trou d'air outre-Atlantique et engage le groupe dans une phase de patience.
Pour l'exercice 2026/27 qui vient de s'ouvrir, Pernod Ricard table sur un chiffre d'affaires organique globalement stable, avec une défense ferme de sa marge opérationnelle et environ 700 millions d'euros d'investissements stratégiques. La priorité affichée : tenir la rentabilité en attendant que la demande reparte, plutôt que courir après des volumes qui se dérobent.
Une leçon de cycle pour le secteur
Les difficultés de Pernod Ricard dépassent le cas d'une seule entreprise : elles illustrent le retournement de cycle qui frappe l'ensemble des spiritueux premium après les années fastes de l'après-pandémie. Le secteur avait profité d'une demande dopée et de hausses de prix massives ; il découvre aujourd'hui les limites de ce modèle quand le consommateur, américain comme chinois, resserre les cordons de la bourse.
Pour le numéro deux mondial derrière le britannique Diageo, l'enjeu des prochains trimestres sera de prouver qu'il peut protéger ses marges sans sacrifier ses positions de marché. Un exercice d'équilibriste que le maintien du dividende rend d'autant plus scruté par les investisseurs.
Le dossier a aussi une dimension politique. L'exposition de Martell au marché chinois place Pernod Ricard en première ligne des tensions commerciales entre Bruxelles et Pékin, où le cognac sert régulièrement de monnaie d'échange dans les représailles douanières. Le groupe, qui réalise une part significative de ses profits sur cette catégorie premium, subit ainsi un risque géopolitique qui échappe totalement à son contrôle opérationnel. C'est l'une des raisons pour lesquelles la direction insiste sur la diversification de son portefeuille et de ses marchés comme boussole des années à venir.
À court terme, la feuille de route est celle de la discipline. En attendant le retour de la demande, Pernod Ricard va concentrer ses efforts sur les marques les plus rentables, ajuster ses dépenses commerciales et poursuivre ses investissements ciblés dans les zones encore porteuses. Une stratégie défensive assumée, à rebours des années de conquête, mais que la réalité du cycle rend aujourd'hui incontournable.