Analyse · Marchés
Le gaz repart à la hausse : +5,6 % au 1er septembre, l'hiver s'annonce cher
Le prix repère du gaz grimpe de 5,6 % au 1er septembre 2026, tiré par un TTF en flambée et des stocks européens au plus bas avant l'hiver.

Le répit aura été de courte durée. Après deux années de désescalade progressive, la facture de gaz des ménages et des entreprises françaises repart nettement à la hausse. Au 1er septembre 2026, le prix repère de vente de gaz (PRVG) publié par la Commission de régulation de l'énergie bondit de 5,6 %, pour atteindre 172,05 €/MWh TTC selon les chiffres officiels relayés par Hello Watt. Une hausse qui n'a rien d'anecdotique : elle concerne directement les 6 millions de foyers, sur 10,3 millions chauffés au gaz, dont le contrat est indexé sur ce repère.
Ce que la hausse change sur la facture
Concrètement, le kWh de chauffage passe de 0,1256 à 0,1347 euro, et celui dédié à la cuisson et à l'eau chaude de 0,1585 à 0,1676 euro. Traduite en euros sonnants, la facture annuelle grimpe de 27 euros pour un ménage utilisant le gaz pour la cuisson et l'eau chaude (3 000 kWh/an), et de 82 euros pour un foyer se chauffant au gaz (9 000 kWh/an). Les gros consommateurs, autour de 15 000 kWh par an, verront eux leur note s'alourdir de 137 euros.
Le mouvement n'est pas isolé : il s'inscrit dans une pente ascendante entamée en début d'année. Depuis janvier 2026, le prix du kWh de chauffage a déjà progressé de 26,5 %. Autrement dit, la hausse de septembre n'est pas un accident ponctuel mais l'accélération d'une tendance de fond qui redonne au poste énergie un rôle central dans le budget des ménages — et dans les coûts fixes des entreprises grandes consommatrices.
Le TTF s'enflamme, l'Europe paie
La cause est à chercher sur les marchés de gros. L'indice TTF néerlandais, référence du gaz en Europe, s'est envolé de 93 %, passant de 31,96 à 61,70 €/MWh, avant de franchir depuis le seuil des 68 euros. Deux facteurs se conjuguent. D'abord des tensions géopolitiques autour du détroit d'Ormuz, voie clé du transport de gaz naturel liquéfié (GNL), qui entretiennent une prime de risque permanente sur les cours. Ensuite, et c'est plus structurel, un déficit de stockage à l'approche de l'hiver.
Les réserves européennes affichent en effet un taux de remplissage de seulement 59 %, contre 75,6 % en moyenne à la même période les années précédentes. Ce retard est un signal d'alerte : pour reconstituer leurs stocks avant les premiers froids, les opérateurs européens doivent acheter davantage de gaz sur un marché déjà tendu, ce qui alimente à son tour la hausse des prix. Un cercle vicieux classique des marchés de l'énergie, où l'anticipation de la pénurie crée la pénurie de prix.
L'électricité entraînée dans le sillage
Le renchérissement du gaz ne reste pas cantonné à ce seul marché. Parce que les centrales à gaz fixent souvent le prix marginal de l'électricité sur le marché européen, la flambée du TTF tire mécaniquement les tarifs électriques vers le haut. Le marché spot de l'électricité a ainsi explosé de 97 % en un mois, dépassant les 181 €/MWh, avec des contrats à terme eux aussi en forte progression.
C'est tout l'enjeu pour les entreprises. Les industriels électro-intensifs et les PME dont les contrats arrivent à renouvellement cet automne vont négocier dans un contexte de marché nettement dégradé par rapport au printemps. Après une année 2025 marquée par la détente des prix de l'énergie, ce retournement complique les prévisions de coûts et pèse sur des marges déjà mises à l'épreuve par une demande atone.
Un risque de contagion à l'inflation
Au-delà des factures, cette flambée énergétique menace le scénario d'une inflation maîtrisée. L'énergie est déjà le principal moteur de la remontée des prix à la consommation, repartie à 2,4 % en août selon l'Insee. Si les cours du gaz et de l'électricité se maintiennent à ces niveaux tout au long de l'hiver, l'effet se diffusera dans les prix des biens et services, et compliquera la tâche de la Banque centrale européenne comme celle du gouvernement sur le front du pouvoir d'achat.
Rien n'est joué pour autant. Une détente géopolitique au Moyen-Orient ou un hiver doux pourraient rapidement inverser la tendance, comme ce fut le cas lors des précédents épisodes de tension. Mais avec des stocks bas et une prime de risque durablement installée sur le GNL, la marge de sécurité est mince. Pour les ménages comme pour les entreprises, l'hiver 2026-2027 s'annonce, à ce stade, plus coûteux que le précédent.