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Schneider Electric lève 6 milliards d'euros pour financer sa plus grosse acquisition

Schneider Electric lance une augmentation de capital de 6 milliards d'euros pour financer le rachat de l'Américain PTC, sa plus importante acquisition.

Image d'illustration — baies de serveurs dans un centre de données
Image d'illustration — baies de serveurs dans un centre de donnéesPhoto : Winston Chen / Unsplash

Schneider Electric a annoncé lundi 19 octobre le lancement d'une augmentation de capital d'environ 6 milliards d'euros, par émission d'actions nouvelles sans droit préférentiel de souscription, pour financer une partie du rachat de l'éditeur américain de logiciels industriels PTC, selon le communiqué repris par l'agence Agefi-Dow Jones. L'équipementier de Rueil-Malmaison avait dévoilé l'opération elle-même début octobre : 22,6 milliards de dollars (environ 20,1 milliards d'euros), en numéraire, au prix de 205 dollars par action.

La plus grosse acquisition de l'histoire du groupe

Avec ce rachat, Schneider Electric réalise la plus importante acquisition de son histoire, loin devant ses opérations précédentes dans le logiciel industriel comme celle d'AVEVA ou de Cognite. PTC, cotée au Nasdaq, conçoit des logiciels de conception assistée par ordinateur et des plateformes de gestion du cycle de vie produit utilisées par les grands groupes industriels. L'intégration doit permettre à Schneider de relier ses équipements physiques - automates, variateurs, logiciels de gestion de l'énergie - aux outils de conception et de jumeau numérique de PTC, dans une logique d'intelligence artificielle industrielle que le groupe revendique comme son prochain relais de croissance.

22,6 Md$
Montant total du rachat de PTC (205 $/action, en numéraire)
6 Md€
Montant de l'augmentation de capital lancée le 19 octobre
-9%
Recul de l'action Schneider Electric le jour de l'annonce du rachat
2027-2028
Années de pause annoncée sur les rachats d'actions

Pourquoi la Bourse a sanctionné l'opération

L'action Schneider Electric a perdu près de 9 à 10% le jour de l'annonce du rachat début octobre, un recul rare pour une valeur du CAC 40 habituellement considérée comme défensive. Les investisseurs ont sanctionné la taille de la facture au regard de la valorisation de PTC - jugée élevée par plusieurs analystes - ainsi que le mode de financement : le groupe finance l'opération par un mélange de dette nouvelle et de capital frais, ce qui dilue mécaniquement les actionnaires existants au moment de l'émission de titres sans droit préférentiel.

Pour limiter l'impact sur sa trajectoire financière, Schneider Electric a annoncé une pause de ses rachats d'actions en 2027 et 2028, le temps de désendetter le bilan après l'acquisition. Le directeur général du groupe a justifié l'opération en avançant que l'IA industrielle allait redéfinir la compétitivité des sites de production dans la décennie à venir, et que la fenêtre pour s'y positionner en position de force se refermait vite face à des concurrents comme Siemens ou Rockwell Automation.

L'opération doit encore être finalisée dans les prochains mois, sous réserve des autorisations antitrust aux États-Unis et en Europe. Schneider Electric, qui avait publié des résultats trimestriels records (lire notre article du 19 octobre), mise sur la solidité de son activité historique dans la gestion de l'énergie pour absorber le choc boursier de court terme et convaincre les investisseurs que PTC justifiera son prix dans la durée.

Un virage logiciel engagé depuis plusieurs années

Le rachat de PTC n'est pas un coup isolé : il complète une série d'acquisitions dans le logiciel industriel entamée par Schneider Electric avec AVEVA, éditeur britannique de logiciels d'ingénierie dont le groupe a pris le contrôle total il y a quelques années, puis poursuivie avec le rachat de la pépite norvégienne Cognite, spécialisée dans les plateformes de données industrielles. Avec PTC, Schneider ajoute à son portefeuille les outils de conception assistée par ordinateur et de gestion du cycle de vie produit utilisés par des milliers d'industriels pour concevoir leurs lignes de production avant même de les construire.

L'ambition affichée par la direction du groupe est de proposer une offre intégrée allant de la conception numérique d'une usine jusqu'à son pilotage physique au quotidien - une convergence entre le monde des automates et capteurs, cœur de métier historique de Schneider, et celui des jumeaux numériques et de l'intelligence artificielle appliquée à l'industrie. Les concurrents directs sur ce terrain, l'allemand Siemens et l'américain Rockwell Automation, ont emprunté des trajectoires similaires ces dernières années, ce qui alimente chez les investisseurs la crainte d'une course aux acquisitions où les prix grimpent plus vite que la rentabilité immédiate des cibles rachetées.

Ce que l'augmentation de capital signifie pour les actionnaires

Concrètement, un actionnaire détenant 1% du capital de Schneider Electric au 16 octobre et qui ne souscrirait pas à l'augmentation de capital verrait sa participation diluée mécaniquement, puisque de nouvelles actions sont émises sans lui laisser de droit de priorité pour les acheter en premier. Ce choix - plus rapide à exécuter qu'une émission avec droits préférentiels classique, qui aurait immobilisé l'opération sur plusieurs semaines - a toutefois pour contrepartie de transférer une partie du risque de dilution sur les actionnaires qui n'arbitreraient pas activement leur position. Les analystes financiers restent partagés : certains saluent la cohérence stratégique du rachat de PTC, d'autres jugent que la taille du chèque et la méthode de financement fragilisent, au moins temporairement, le profil défensif qui avait longtemps valu à Schneider Electric une prime de valorisation en Bourse.