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Vates lève 30 millions d'euros pour devenir une alternative mondiale à VMware

L'éditeur grenoblois de virtualisation open source Vates réalise sa première levée de fonds, 30 millions d'euros auprès d'IRIS et de Bpifrance, pour accélérer à l'international.

Image d'illustration — Baies de serveurs informatiques dans un data center
Image d'illustration — Baies de serveurs informatiques dans un data centerPhoto : imgix / Unsplash

L'éditeur grenoblois Vates, spécialiste de la virtualisation open source, a annoncé le 6 octobre 2026 sa première levée de fonds externe : 30 millions d'euros auprès du fonds Growth d'IRIS et de Bpifrance, via son fonds Large Venture. Créée en 2012, l'entreprise était jusque-là rentable et autofinancée depuis 2016 — un choix délibéré qu'elle rompt aujourd'hui pour accélérer son changement d'échelle face à la recomposition du marché de la virtualisation.

Une opportunité née du rachat de VMware par Broadcom

Le rachat de VMware par Broadcom, qui a entraîné une refonte des grilles tarifaires et des conditions de licence du leader historique du secteur, a rebattu les cartes d'un marché jusque-là quasi monopolistique. De nombreuses entreprises et administrations cherchent désormais des alternatives offrant maîtrise des coûts, interopérabilité, souveraineté et réversibilité des données — autant d'arguments que Vates revendique depuis sa création.

Le PDG Olivier Lambert, cité dans le communiqué de Bpifrance, précise que l'entreprise « ne change pas de stratégie, elle l'accélère », sans renoncer à son indépendance ni à ses principes open source. Les fondateurs restent actionnaires majoritaires après l'opération, un point que Vates met en avant pour rassurer sa base de clients sur la continuité de son modèle.

30 M€
Montant de la levée de fonds
65 %
Croissance du chiffre d'affaires en 2025
1 000+
Clients dans une centaine de pays

Trois priorités : technologie, international, écosystème

Les fonds levés doivent servir trois axes. D'abord l'investissement technologique : plateforme de nouvelle génération, performance, stockage, sécurité, automatisation et briques liées à l'intelligence artificielle. Ensuite l'expansion internationale, avec un renforcement des équipes commerciales et marketing en Amérique du Nord — qui représente déjà environ la moitié de l'activité de l'entreprise — et sur les grands marchés européens. Enfin, le développement de l'écosystème : distributeurs, intégrateurs, prestataires de services et partenaires technologiques.

Vates revendique plus de 2 millions de téléchargements de sa solution et tire déjà 90 % de son chiffre d'affaires hors de France. En 2026, l'entreprise est devenue la seule société française citée dans le Magic Quadrant de Gartner consacré à la virtualisation, aux côtés des plus grands noms mondiaux du secteur — une reconnaissance qui change la donne commerciale face à des directions informatiques encore prudentes face à un acteur de taille modeste.

Un cas d'école pour la French Tech « profitable first »

Le profil de Vates — une décennie de croissance autofinancée avant une première levée — tranche avec la trajectoire de nombreuses startups françaises qui lèvent dès leurs premières années, à l'image de Wiremind, qui a attendu douze ans avant d'ouvrir son capital. Cette approche séduit des investisseurs comme Bpifrance, pour qui la rentabilité préalable réduit le risque d'exécution sur une levée de cette taille.

Reste à transformer l'avantage de conjoncture né du dossier VMware-Broadcom en position durable : les grands acteurs du cloud et les éditeurs concurrents observent eux aussi l'appétit du marché pour des alternatives crédibles, et plusieurs solutions open source rivales existent déjà en Europe.

Pourquoi IRIS et Bpifrance ont choisi d'entrer maintenant

Le timing de la levée n'est pas anodin. IRIS, fonds d'investissement spécialisé dans la croissance de PME technologiques françaises, et Bpifrance, via son fonds Large Venture dédié aux entreprises déjà rentables en quête d'accélération, interviennent généralement sur des dossiers où le marché bascule rapidement. La décision de Broadcom de resserrer les conditions commerciales de VMware a créé une fenêtre de plusieurs mois pendant laquelle les directions informatiques, en France comme à l'étranger, réévaluent activement leurs infrastructures de virtualisation — un cycle de décision qui ne durera pas indéfiniment, ce qui explique l'urgence de recruter et d'investir maintenant plutôt que d'attendre une nouvelle levée dans deux ou trois ans.

Pour Bpifrance, le dossier Vates illustre aussi une ligne stratégique plus large : soutenir des champions technologiques jugés stratégiques pour la souveraineté numérique française, un thème que l'État a érigé en priorité depuis plusieurs années face à la dépendance du secteur public et des grandes entreprises à des fournisseurs américains. Le fait que Vates soit profitable depuis près d'une décennie avant de lever des fonds réduit le risque perçu par les investisseurs, qui financent ici une accélération plutôt qu'un pari sur un modèle économique encore à prouver.

Un test pour la French Tech « de l'infrastructure »

Contrairement aux startups grand public qui dominent souvent les classements de levées de fonds, Vates appartient à une catégorie plus discrète mais stratégique : les éditeurs d'infrastructure logicielle, dont dépendent silencieusement des milliers d'entreprises sans que le grand public en ait connaissance. Sa percée dans le classement Gartner, généralement dominé par des acteurs américains et allemands, constitue un signal que les analystes du secteur jugent significatif pour la crédibilité de l'écosystème français sur ce segment technique.

L'entreprise devra toutefois démontrer que sa croissance de 65 % enregistrée en 2025 est reproductible à plus grande échelle, alors que la concurrence — notamment d'autres projets open source européens et des offres hybrides proposées par les hyperscalers eux-mêmes — ne restera pas inactive face à l'opportunité ouverte par le dossier VMware-Broadcom.