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Wiremind lève 35 millions d'euros après douze ans sans capital extérieur
L'éditeur français de logiciels de revenue management pour le transport ouvre son capital pour la première fois, avec IronWave, Bpifrance et Seaya Andromeda.

Douze ans sans lever le moindre euro, puis 35 millions d'euros en une seule opération : Wiremind vient de boucler son premier tour de table externe, annoncé le 6 octobre auprès d'IronWave (ex-Wendel Growth), du fonds Large Venture de Bpifrance et de Seaya Andromeda.
Un éditeur resté autofinancé pendant plus d'une décennie
Fondée en 2014 par Colin Girault-Matz et Charles Pierre, Wiremind édite des logiciels de revenue management, de gestion d'inventaire et de distribution pour les opérateurs de transport de passagers — trains, avions, cars — et pour les organisateurs d'événements sportifs et culturels. L'entreprise a construit sa croissance sans capitaux extérieurs, un choix rare dans l'édition de logiciels B2B où les levées se succèdent dès la série A. Selon le communiqué publié par Bpifrance, les deux cofondateurs restent majoritaires et conservent le contrôle de la société malgré l'arrivée des nouveaux actionnaires. Ce choix structurant explique en partie pourquoi la société a mis autant de temps à solliciter des investisseurs : elle affirme n'avoir eu besoin, jusqu'ici, que de ses propres revenus pour financer son développement.
Deux produits, une croissance à deux vitesses
Wiremind opère deux lignes de produits distinctes. Cayzn, destiné aux opérateurs de transport ferroviaire et aérien, a vu son chiffre d'affaires récurrent annuel progresser de 80 % entre 2024 et 2025, d'après les chiffres communiqués par l'entreprise. Eventori, dédié à la billetterie et à la gestion de capacité pour les clubs sportifs, affiche une croissance de 140 % sur la même période, avec plus de deux millions de billets traités et une quarantaine de clubs clients. Au global, le chiffre d'affaires de la société a progressé de 67 % sur l'exercice, avec 80 partenariats actifs dont 23 signés en 2025 seulement.
L'intelligence artificielle, nouveau terrain de jeu
« Nous changeons de braquet au regard de la vitesse à laquelle le marché adopte les outils d'intelligence artificielle », explique Colin Girault-Matz, cofondateur et directeur général de Wiremind, cité dans le communiqué de Bpifrance. Les fonds levés doivent financer l'intégration de grands modèles de langage dans les produits existants et accélérer le développement de nouvelles fonctionnalités prédictives. Charles Pierre, cofondateur et directeur technique, insiste sur l'antériorité de l'approche algorithmique de l'entreprise : « Nos systèmes reposent sur nos propres modèles de prévision et d'optimisation depuis le premier jour, il y a plus de dix ans. » Cette antériorité constitue l'argument central de Wiremind face à des concurrents qui découvrent seulement aujourd'hui l'apport du machine learning à la tarification dynamique.
« En douze ans et sans un euro de capitaux extérieurs, Colin, Charles et leurs équipes ont bâti des systèmes qui pilotent aujourd'hui le revenu des plus grands opérateurs ferroviaires et aériens. »
Victoire Laurenty, IronWaveUne expansion visée au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique
Au-delà de la technologie, les 35 millions d'euros doivent financer l'expansion commerciale de Wiremind hors d'Europe, en particulier au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et en Amérique du Sud, trois zones où les opérateurs ferroviaires et aériens investissent massivement dans la modernisation de leurs systèmes de tarification. Cette priorité géographique illustre une tendance plus large de la French Tech du logiciel B2B, qui cherche désormais ses relais de croissance hors du marché européen déjà largement équipé. Elle rejoint en cela d'autres éditeurs tricolores récemment financés, comme Spiko sur la trésorerie tokenisée, qui vise lui aussi une extension internationale rapide après une levée.
Un modèle qui tranche avec la norme du capital-risque
Le profil de Wiremind interroge un postulat répandu de l'écosystème : qu'une startup technologique doit lever rapidement pour croître. L'entreprise a préféré la rentabilité organique pendant plus de dix ans, avant de choisir le moment de l'ouverture du capital non par nécessité de trésorerie mais par opportunité stratégique, au moment où le marché de l'IA appliquée au transport s'accélère. Les investisseurs entrés au tour, eux, misent sur un historique de rentabilité rare dans le secteur plutôt que sur une simple promesse de croissance. Reste à savoir si Wiremind saura transformer cette assise financière nouvelle en accélération réelle sans perdre la discipline de gestion qui a fait sa réputation auprès de ses clients historiques du rail et de l'aérien.