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Vates lève 30 millions d'euros pour défier VMware sur la virtualisation
L'éditeur grenoblois, rentable depuis dix ans, réalise sa première levée de fonds auprès d'IRIS et de Bpifrance pour accélérer à l'international.

Quatorze ans après sa création, et sans avoir jamais eu besoin d'un tour de table pour grandir, Vates change de méthode. L'éditeur grenoblois de solutions open source de virtualisation annonce sa première levée de fonds, de 30 millions d'euros, menée par le fonds Growth d'IRIS et par Bpifrance via son fonds Large Venture.
Une PME rentable qui choisit d'accélérer
Vates a été fondée en 2012 à Grenoble par Olivier Lambert, Nithida Vialle et Julien Fontanet. L'entreprise, qui emploie aujourd'hui 150 salariés, est rentable et autofinancée depuis 2016 — un profil rare parmi les éditeurs qui lèvent des fonds pour la première fois. Elle revendique plus de 1 000 clients dans une centaine de pays, 90 % de son chiffre d'affaires réalisé à l'export et déjà la moitié de son activité en Amérique du Nord. L'an dernier, sa croissance a dépassé 65 %, un rythme que l'entreprise attribue directement aux recompositions du marché de la virtualisation.
Pourquoi maintenant : la brèche ouverte par VMware
Le timing n'est pas anodin. Depuis le rachat de VMware par Broadcom, de nombreuses entreprises cherchent des alternatives à sa suite de virtualisation, confrontées à des hausses de licences et à une refonte des modèles commerciaux. Vates, qui développe une suite open source présentée comme une alternative crédible, s'est positionnée sur ce créneau et a vu sa base de clients s'élargir en conséquence. Le mouvement a suffisamment pris d'ampleur pour que l'entreprise fasse en 2026 son entrée dans le Magic Quadrant de Gartner consacré à la virtualisation — seule entreprise française répertoriée dans cette catégorie.
« Nous ne levons pas des fonds pour changer de stratégie, mais pour accélérer ce que nous poursuivons depuis le début. »
Olivier Lambert, PDG et cofondateur de VatesTrois priorités pour les fonds levés
L'entreprise détaille trois axes d'investissement. D'abord la technologie : performance, stockage, cybersécurité et automatisation des infrastructures à grande échelle, des sujets techniques qui deviennent décisifs à mesure que les clients de Vates montent en taille. Ensuite l'international, en particulier l'Amérique du Nord où l'entreprise réalise déjà la moitié de son chiffre d'affaires, et la conquête de nouveaux marchés européens. Enfin l'écosystème de partenaires — distributeurs, intégrateurs et prestataires de services — un maillage jugé indispensable pour transformer l'intérêt suscité par la fuite de clients VMware en déploiements effectifs à grande échelle.
Un enjeu de souveraineté numérique assumé
Au-delà du cas Vates, l'opération illustre un argumentaire désormais récurrent dans le capital-investissement français : celui de la souveraineté numérique. Nicolas Herschtel, partner chez IRIS, résume la thèse de l'investisseur en affirmant que Vates démontre que l'open source peut répondre aux exigences les plus élevées du marché. Du côté de Bpifrance, Cindy Ung, directrice au sein du fonds Large Venture, inscrit l'investissement dans une logique plus large de soutien à l'émergence d'un champion technologique français et européen. Un positionnement que l'on retrouve chez d'autres éditeurs tricolores qui cherchent à transformer les inquiétudes sur la dépendance aux fournisseurs américains en opportunité commerciale — à condition, pour Vates, de prouver que sa technologie open source tient la distance face aux géants du secteur sur la durée.
À l'issue de l'opération, les trois cofondateurs restent majoritaires au capital, un choix de gouvernance qui tranche avec les levées classiques du secteur tech et traduit la position de force dont disposait l'entreprise avant même de lever des fonds.
Un marché bousculé par le rachat de VMware par Broadcom
Le secteur de la virtualisation a connu peu de bouleversements depuis l'essor de VMware au début des années 2000, qui en avait fait le standard de facto des infrastructures d'entreprise. Le rachat du groupe par Broadcom en 2023, suivi d'une refonte profonde de sa politique commerciale — fin des licences perpétuelles, hausses de prix, regroupement forcé des offres en bundles plus coûteux — a provoqué une onde de choc chez des milliers de directions informatiques habituées à une certaine stabilité tarifaire. De nombreuses entreprises, notamment des collectivités publiques et des PME pour qui le poste virtualisation représentait une dépense prévisible, ont entamé des audits pour chiffrer le coût d'une migration vers des alternatives, qu'elles soient propriétaires ou open source. C'est ce contexte, plus que son seul mérite technologique, qui a brutalement élargi l'audience potentielle de Vates au-delà de son cercle historique d'utilisateurs avertis de l'open source.
De l'outil de niche à l'infrastructure critique
Rester crédible face à des directions informatiques qui n'avaient jusqu'ici jamais envisagé l'open source pour leurs charges de travail critiques impose à Vates un changement d'échelle dans ses exigences produit. Les grands comptes qui évaluent une migration ne se contentent pas d'une alternative fonctionnelle à moindre coût : ils demandent des garanties de support, une feuille de route de sécurité étoffée et des capacités d'automatisation comparables à celles qu'ils ont connues chez l'incumbent. C'est précisément ce que visent les investissements technologiques annoncés par l'entreprise, loin de l'image d'un simple projet communautaire que l'open source véhicule parfois encore auprès des décideurs. L'entrée dans le classement de Gartner, aussi symbolique soit-elle, joue ici un rôle concret : elle sert d'argument de réassurance auprès de directions achats habituées à ne considérer que des fournisseurs déjà validés par les cabinets d'analystes.
La France, vitrine avant l'international
Si l'essentiel de la croissance à venir est annoncé en Amérique du Nord, Vates reste une entreprise profondément ancrée dans l'écosystème grenoblois et plus largement français du logiciel libre, où elle emploie l'essentiel de ses 150 salariés. Cette implantation lui permet de revendiquer, dans ses discussions commerciales à l'étranger, une forme de garantie de continuité et de maîtrise technologique entièrement européenne, un argument qui pèse de plus en plus dans les appels d'offres publics et dans certains secteurs régulés où la dépendance à des fournisseurs extra-européens est scrutée de près. Reste à l'entreprise à prouver, avec ces 30 millions d'euros, qu'elle peut industrialiser son support client au rythme de sa croissance commerciale, sans perdre la réactivité qui a fait sa réputation auprès de sa base historique d'utilisateurs.