Fusion-acquisition · Entreprises
Boiron entre en négociation exclusive pour racheter l'espagnol Hivital Labs
Le laboratoire français veut acquérir 100 % de cette société barcelonaise de compléments alimentaires vendus en ligne, pour plus de 10 M€ de chiffre d'affaires en 2025.

Le numéro un mondial de l'homéopathie cherche à sécuriser un relais de croissance loin de son cœur de métier historique. Les Laboratoires Boiron ont annoncé le 1er octobre être entrés en négociation exclusive en vue de l'acquisition de la totalité du capital de Hivital Labs, une société barcelonaise spécialisée dans le développement et la commercialisation en ligne de compléments alimentaires. L'opération, si elle aboutit, marquerait une diversification supplémentaire pour le groupe lyonnais, déjà engagé depuis plusieurs années dans l'élargissement de son offre au-delà des médicaments homéopathiques.
Une cible rentable sur un marché en ligne qui échappe aux pharmacies
Hivital Labs a réalisé, selon le communiqué de Boiron, un chiffre d'affaires supérieur à 10 millions d'euros en 2025. La société espagnole conçoit et vend ses compléments alimentaires directement aux consommateurs par Internet, un canal de distribution qui contourne le réseau pharmaceutique traditionnel sur lequel Boiron a construit son modèle historique. Pour un laboratoire dont l'activité phare, l'homéopathie, a connu un déremboursement complet par la Sécurité sociale en France depuis 2021, la diversification vers les compléments alimentaires et le e-commerce constitue un axe de développement suivi de près par les marchés depuis plusieurs exercices.
Ce que dit précisément le communiqué
Le texte diffusé par Boiron est sobre sur les termes financiers de l'opération : aucun montant de transaction n'est communiqué à ce stade, seul le chiffre d'affaires de la cible est précisé. Le projet s'inscrit, selon les mots du communiqué, dans « la stratégie des Laboratoires Boiron visant à élargir leur offre de solutions de santé, à renforcer leur position sur le marché des compléments alimentaires et à développer leur présence dans le e-commerce ». Cette formulation confirme que l'opération vise moins une cible isolée qu'une brique supplémentaire dans une stratégie de diversification déjà engagée par touches successives.
Un calendrier encore conditionné à plusieurs étapes
L'opération n'est pas finalisée : le communiqué précise qu'elle reste soumise à la procédure d'information-consultation du Comité Social et Économique Central de Boiron, ainsi qu'à l'obtention des autorisations réglementaires nécessaires. La signature des accords définitifs pourrait intervenir au cours du quatrième trimestre 2026, sous réserve de la levée de ces conditions suspensives. Ce formalisme, classique pour une acquisition d'entreprise cotée en France, laisse encore une marge d'incertitude sur l'issue de l'opération, même si l'entrée en négociation exclusive signale une forte probabilité d'aboutissement.
Boiron, un groupe en quête de nouveaux relais depuis le recul de l'homéopathie
La recherche de relais de croissance n'est pas nouvelle chez Boiron. Le groupe a déjà multiplié les initiatives dans les compléments alimentaires et les produits de bien-être au cours des dernières années, à mesure que ses ventes historiques de médicaments homéopathiques subissaient la fin de leur remboursement. L'acquisition d'une structure déjà profitable et positionnée sur la vente directe en ligne — un canal qui s'affranchit des contraintes du réseau officinal — s'inscrit dans cette logique de diversification. D'autres opérations de rachat dans le secteur de la santé et des biens de consommation ont marqué l'actualité française récente, à l'image du rapprochement entre Kereis et Santiane dans le courtage d'assurance. Reste à voir si Boiron communiquera, lors de la signature définitive attendue au quatrième trimestre, le montant de la transaction — resté confidentiel à ce stade de la négociation exclusive.
Un marché des compléments alimentaires très fragmenté en Europe
Le secteur visé par cette acquisition reste caractérisé par une forte fragmentation à l'échelle européenne, avec une multitude d'acteurs de taille moyenne qui vendent directement aux consommateurs par Internet, sans passer par les circuits pharmaceutiques traditionnels. Cette fragmentation explique en partie l'intérêt des grands groupes de santé pour des rachats ciblés de marques déjà installées et profitables, plutôt que pour un développement interne plus lent et incertain face à la concurrence des marques spécialisées nées directement sur les plateformes de vente en ligne. Pour Boiron, racheter une structure espagnole déjà rentable, avec son savoir-faire en marketing digital et sa base de clients existante, représente un raccourci pour s'implanter sur un marché où l'entreprise part sans position préexistante forte, contrairement à son statut de référence historique dans l'homéopathie.
Une diversification suivie de près par les marchés financiers
Les investisseurs de Boiron scrutent depuis plusieurs années la capacité du groupe à compenser le recul structurel de son activité historique. Le déremboursement de l'homéopathie par l'Assurance maladie en France, acté progressivement jusqu'en 2021, a privé l'entreprise d'un soutien institutionnel qui avait longtemps façonné son modèle économique, l'obligeant à repenser son portefeuille de produits et ses canaux de distribution. Chaque annonce de croissance externe dans des segments connexes — compléments alimentaires, bien-être, dermo-cosmétique — est ainsi interprétée par les analystes financiers comme un indicateur de la vitesse à laquelle le groupe parvient à redéployer son activité. Le montant encore confidentiel de l'opération Hivital Labs, une fois dévoilé lors de la signature définitive attendue au quatrième trimestre, permettra de mesurer plus précisément l'ambition financière que Boiron accorde à ce nouveau relais de croissance par rapport à ses précédentes acquisitions dans des segments similaires.