Décryptage
Bolloré Énergie tire une croissance de 53 % au troisième trimestre 2026
Le groupe de Vincent Bolloré affiche 937 millions d'euros de chiffre d'affaires trimestriel, après une bataille judiciaire sur le contrôle de Vivendi tranchée en sa faveur en juillet.

Le groupe Bolloré a publié le 23 octobre 2026 un chiffre d'affaires trimestriel de 937 millions d'euros à périmètre et taux de change constants, en hausse de 53 % sur un an, selon son communiqué financier officiel. Sur les neuf premiers mois de l'année, le chiffre d'affaires atteint 2 581 millions d'euros, en progression organique de 21 %.
Bolloré Energy, principal moteur de la croissance
L'essentiel de la hausse provient de la division Bolloré Energy, qui a généré 851 millions d'euros au troisième trimestre, en croissance organique de 61 %, et 2 318 millions d'euros sur neuf mois (+24 %). Les Opérations industrielles, plus modestes, ont progressé de 4 % au trimestre à 76 millions d'euros, tandis que les Autres activités ont représenté 10 millions d'euros.
Le groupe précise que l'écart entre croissance publiée et organique s'explique principalement par la sortie du périmètre des activités d'Ovrsea, une plate-forme logicielle de transport logistique dont Bolloré s'est désengagé en cours d'année.
Vivendi : la bataille judiciaire tranchée en faveur de Bolloré
Le communiqué revient aussi sur un épisode non financier mais déterminant pour la gouvernance du groupe : en juillet 2026, la cour d'appel de Paris a rejeté l'ensemble des recours contestant le contrôle exercé par Bolloré sur Vivendi, validant la gouvernance mise en place après la scission du groupe de médias. Dans la foulée, fin septembre, environ 2 milliards d'euros de dividendes exceptionnels ont été versés par les filiales concernées à Bolloré SE.
Cette décision judiciaire ferme un contentieux qui pesait depuis plusieurs années sur la lisibilité du groupe pour les investisseurs, pendant que l'activité énergie - plus cyclique, liée aux prix des produits pétroliers - continue de porter l'essentiel de la croissance affichée.
Une croissance à relativiser : prix de l'énergie contre volumes
Une hausse organique de 53 % sur une activité de distribution de produits pétroliers mérite d'être décomposée avec prudence. Dans ce type d'activité, le chiffre d'affaires évolue en grande partie avec le prix des produits achetés et revendus - fioul, gazole, carburants -, et pas uniquement avec les volumes distribués. Une remontée des cours du pétrole ou des marges de raffinage sur la période peut donc expliquer une large part de la progression affichée, sans traduire mécaniquement une hausse équivalente de l'activité physique du groupe. Le communiqué de Bolloré ne détaille pas la part exacte attribuable à l'effet prix par rapport à l'effet volume, une décomposition que les analystes devront reconstituer lors de la publication des comptes semestriels détaillés.
Cette nuance n'enlève rien au constat : Bolloré Energy reste, trimestre après trimestre, le principal contributeur aux résultats consolidés du groupe, loin devant les Opérations industrielles, en croissance plus modeste de 4 % sur la période. La diversification du groupe, engagée depuis plusieurs années via les participations dans les médias et la logistique, se traduit donc encore peu dans la structure de son chiffre d'affaires trimestriel, où l'énergie pèse largement plus que les autres activités réunies.
Vivendi, un contentieux clos qui libère de la visibilité
Au-delà des chiffres du trimestre, l'arrêt de la cour d'appel de Paris constitue un évènement de gouvernance important pour le groupe. Depuis la scission de Vivendi en 2024, qui avait donné naissance à plusieurs entités distinctes dont Canal+ et Havas, plusieurs actionnaires minoritaires contestaient devant la justice les conditions dans lesquelles Bolloré avait organisé et conservé son influence sur l'ensemble. Le rejet de l'intégralité de ces recours en juillet 2026 clôt, à ce stade, cette incertitude juridique et permet au groupe de distribuer sans contestation les dividendes exceptionnels versés par les filiales concernées - environ 2 milliards d'euros reversés à Bolloré SE fin septembre.
Pour les investisseurs qui suivent le groupe, cette clarification juridique compte potentiellement autant que la performance opérationnelle du trimestre : elle réduit le risque de contestation sur la structure de contrôle qui pesait sur la valorisation de l'ensemble des participations du groupe, au moment où Bolloré poursuit par ailleurs sa stratégie de recentrage sur un nombre plus restreint d'activités, après plusieurs cessions dont celle d'Ovrsea cette année.
Ce que cela annonce pour la fin de l'année
Avec un chiffre d'affaires cumulé de 2 581 millions d'euros sur les neuf premiers mois de 2026, en progression organique de 21 %, le groupe se dirige vers un exercice annuel supérieur à celui de 2025, sous réserve d'une tenue correcte des prix de l'énergie sur le dernier trimestre. La prochaine échéance financière attendue par le marché sera la publication des comptes annuels complets, qui permettra de vérifier dans quelle mesure cette croissance se traduit également en amélioration de la rentabilité, et pas seulement du volume d'affaires facturé.