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Décryptage

Schneider Electric relève encore ses objectifs après un troisième trimestre record

Porté par la demande des centres de données, le groupe affiche 11,46 milliards d'euros de chiffre d'affaires trimestriel et vise désormais jusqu'à 21 % de croissance de sa marge.

Image d'illustration — rangées de serveurs dans un centre de données, le segment qui tire la croissance du groupe.
Image d'illustration — rangées de serveurs dans un centre de données, le segment qui tire la croissance du groupe.Photo : imgix / Unsplash

Schneider Electric a publié le 16 octobre 2026 un chiffre d'affaires trimestriel de 11 460 millions d'euros, en croissance organique de 16,9 % et de 17,9 % en données publiées, selon le communiqué officiel du groupe. Il s'agit d'un nouveau record trimestriel pour l'équipementier français de gestion de l'énergie, qui a profité d'une demande toujours tendue sur les centres de données et relevé en conséquence ses objectifs pour l'ensemble de 2026.

Un troisième trimestre porté par l'énergie et les data centers

La division Energy Management, de loin la plus importante du groupe, a crû de 19 % en organique pour atteindre 9,6 milliards d'euros, tandis que l'Industrial Automation a progressé de 8 % à 1,8 milliard d'euros. Par modèle économique, les Produits (48 % du chiffre d'affaires trimestriel) ont gagné 17 % en organique et les Systèmes (35 %), plus capitalistiques, 22 %.

11 460 M€
Chiffre d'affaires du T3 2026
16,9 %
Croissance organique du trimestre
9,6 Md€
Chiffre d'affaires d'Energy Management
+18 % à +21 %
Nouvelle fourchette de croissance de l'EBITA ajusté visée pour 2026

La demande liée aux centres de données affiche une croissance à trois chiffres pour le troisième trimestre consécutif, selon le groupe, qui en fait le principal moteur de ses résultats. Cette dynamique confirme la tendance observée chez d'autres équipementiers du secteur, à mesure que les opérateurs de cloud et d'intelligence artificielle multiplient les investissements dans de nouvelles capacités de calcul et dans les infrastructures électriques qui les alimentent.

Des objectifs annuels revus à la hausse pour la seconde fois

Schneider Electric vise désormais une croissance organique de son chiffre d'affaires comprise entre 12 % et 14 % sur l'ensemble de 2026, et table sur une progression de son EBITA ajusté comprise entre 18 % et 21 %, contre une fourchette de 14 % à 19 % annoncée précédemment. C'est la deuxième révision à la hausse de l'année pour le groupe, qui avait déjà relevé ses prévisions à l'issue du premier semestre.

Cette performance s'inscrit dans un mouvement plus large où les grands équipementiers électriques et industriels profitent de la course mondiale aux infrastructures numériques, à l'image des levées de fonds record dans l'énergie et le stockage thermique observées ces derniers mois côté startups. Reste à savoir si cette demande, concentrée sur un nombre restreint de très gros clients du cloud, se maintiendra au même rythme si ces derniers ajustaient leurs plans d'investissement.

Pourquoi les data centers sont devenus le premier moteur du groupe

Historiquement, la croissance de Schneider Electric reposait sur un équilibre entre plusieurs secteurs clients : bâtiment résidentiel et tertiaire, industrie manufacturière, infrastructures. Depuis près de deux ans, c'est la demande liée à l'intelligence artificielle et au cloud qui a pris le relais comme principal relais de croissance. Chaque nouveau data center dédié à l'entraînement ou à l'exécution de modèles d'IA nécessite une quantité d'équipements électriques (onduleurs, tableaux de distribution, systèmes de refroidissement, logiciels de gestion de l'énergie) largement supérieure à celle d'un data center classique, du fait de la densité de calcul et de la puissance consommée par les serveurs équipés de puces graphiques.

Cette spécificité profite directement à des équipementiers comme Schneider Electric, qui vend à la fois le matériel et les logiciels de supervision énergétique associés. Le groupe a d'ailleurs renforcé ces dernières années ses partenariats avec les grands opérateurs de cloud et les fabricants de puces pour concevoir des architectures de refroidissement et d'alimentation électrique adaptées aux nouvelles générations de serveurs IA, en misant sur le marché avant même que la demande n'explose à son rythme actuel.

Une rentabilité qui progresse plus vite que le chiffre d'affaires

Le relèvement des objectifs de marge, plus marqué que celui du chiffre d'affaires, suggère que la croissance actuelle s'accompagne d'un effet de levier opérationnel favorable : les coûts fixes de production et de structure du groupe sont absorbés sur un volume d'affaires plus important, ce qui améliore la rentabilité relative. C'est un signal généralement bien reçu par les marchés financiers, qui surveillent la capacité des industriels à transformer la croissance du chiffre d'affaires en profits additionnels plutôt qu'en coûts supplémentaires.

Le groupe table désormais sur un EBITA ajusté en progression de 18 % à 21 % sur l'année, un rythme nettement supérieur à celui du chiffre d'affaires lui-même (12 % à 14 %), ce qui traduit aussi un effet de mix favorable vers les Systèmes, plus margés que les Produits dans l'activité du groupe.

Un risque de concentration sur un nombre limité de clients

Le principal point de vigilance que pointent les analystes financiers tient à la concentration de cette croissance sur un segment unique, lui-même dépendant d'un nombre restreint de très grands clients du cloud et de l'intelligence artificielle. Une inflexion dans les plans d'investissement de ces derniers - par exemple en cas de ralentissement de la demande pour les services d'IA générative ou de pause dans les grands projets d'infrastructure - pourrait peser sur la croissance de Schneider Electric plus durement qu'un ralentissement diffus sur l'ensemble de ses marchés historiques. Le groupe mise toutefois sur la diversification géographique de cette demande, qui ne se limite plus aux seuls États-Unis mais s'étend désormais à l'Europe et à l'Asie, pour limiter ce risque de dépendance.