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TotalEnergies : bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre
TotalEnergies affiche un bénéfice net de 8,3 Md$ au T3 2026, plus du double de 2025, grâce à l'envolée des prix du raffinage liée au conflit au Moyen-Orient.

TotalEnergies a publié le 29 octobre un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre 2026, plus du double des 3,7 milliards enregistrés un an plus tôt sur la même période, selon le communiqué officiel du groupe. Le résultat net ajusté, l'indicateur suivi en interne pour lisser les effets de stocks et éléments exceptionnels, atteint 9,1 milliards de dollars, en hausse de 52 % sur un an. Le cash-flow opérationnel grimpe à 12,3 milliards de dollars.
Le raffinage, moteur inattendu du trimestre
À la différence des trimestres précédents, portés surtout par l'amont pétrolier et gazier, c'est cette fois le segment raffinage-chimie qui tire les résultats : 3,5 milliards de dollars de résultat opérationnel ajusté, contre 687 millions un an plus tôt, soit un quasi-quintuplement. La cause est identifiée et documentée par plusieurs analystes du secteur : les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont endommagé des infrastructures énergétiques et des capacités de raffinage, créant des pénuries aiguës de diesel en Europe et dopant les marges de raffinage — l'écart entre le prix du brut et celui des produits finis.
Les activités de gaz naturel liquéfié (GNL) ont elles aussi doublé leur résultat opérationnel ajusté sur un an, portées par des prix de vente élevés et par la performance du trading, selon le groupe.
Rachats d'actions et dividende maintenus
Le groupe affiche un gearing — son ratio d'endettement net sur capitaux propres — tombé sous les 10 % à fin septembre, un niveau qui lui laisse une marge de manœuvre financière confortable. TotalEnergies maintient son dividende intérimaire à 0,90 € par action et annonce 2,5 milliards de dollars de rachats d'actions programmés pour le quatrième trimestre 2026 et le premier trimestre 2027. Une augmentation de capital réservée aux salariés, avec une décote de 20 % sur le cours de l'action, est également prévue.
Le débat sur la taxation des superprofits relancé
Ces résultats, qui dépassent nettement ceux des deux premiers trimestres 2026 — déjà marqués par la flambée des prix des hydrocarbures depuis le début du conflit au Moyen-Orient —, ont immédiatement ravivé le débat sur une taxation exceptionnelle des "superprofits" pétroliers en France. Le gouvernement, qui reconnaît le rôle stratégique de TotalEnergies pendant la crise énergétique, lui a demandé de faire preuve de responsabilité en matière de prix à la pompe. Le PDG Patrick Pouyanné a averti qu'une taxe exceptionnelle sur les superprofits mettrait fin au plafonnement du prix du diesel que le groupe applique actuellement à 2,25 euros le litre. Des organisations environnementales ont de leur côté dénoncé des "profits indécents" et renouvelé leur appel à une taxation des énergies fossiles pour financer les services publics et la transition écologique.
Une rente de situation plus qu'un choix stratégique
Le profil de ces résultats tranche avec celui des années précédentes, où les majors pétrolières valorisaient surtout leur discipline d'investissement et leur diversification vers les énergies bas-carbone pour justifier leurs performances. Ici, la quasi-totalité de la surperformance provient d'un choc d'offre sur les produits raffinés en Europe, consécutif aux dégâts infligés aux infrastructures énergétiques dans les zones de conflit — un facteur conjoncturel, non reproductible par la seule stratégie industrielle du groupe. Les analystes financiers qui suivent le secteur notent que cette situation rappelle les marges de raffinage exceptionnelles observées en 2022, après le déclenchement du conflit en Ukraine, lorsque la fermeture de capacités de raffinage russes avait déjà provoqué une tension durable sur les carburants en Europe.
Pour TotalEnergies, ce contexte pose une question d'arbitrage politique autant qu'économique : le groupe affiche des bénéfices en forte hausse au moment même où une partie de la population française fait face à une facture énergétique toujours élevée. Le maintien du plafonnement du prix du diesel à 2,25 euros le litre, présenté par la direction comme une concession volontaire, devient un argument central dans le dialogue avec l'exécutif pour écarter l'hypothèse d'une taxe exceptionnelle. À l'inverse, les organisations qui réclament une telle taxe s'appuient sur l'ampleur du bénéfice trimestriel pour démontrer que l'entreprise dispose d'une capacité contributive bien supérieure à ce plafonnement ne le laisse paraître.
L'issue de ce bras de fer dépendra largement de l'évolution du conflit au Moyen-Orient dans les prochains mois : une normalisation rapide des approvisionnements referait fondre les marges de raffinage qui ont porté ce trimestre exceptionnel, tandis qu'un enlisement du conflit prolongerait la fenêtre de profits pour l'ensemble du secteur pétrolier européen.