Analyse · Marchés
Le CAC 40 rebondit à 8 401 points, mais l'inflation et la Fed gâchent la rentrée
La Bourse de Paris a repris 0,98 % vendredi, portée par Renault et le luxe, mais l'inflation qui remonte et le ton ferme de la Fed assombrissent la rentrée.

Un rebond ne fait pas une tendance. La Bourse de Paris a terminé la séance du vendredi 28 août en hausse de 0,98 %, à 8 401 points, effaçant une partie de la chute de 1,68 % subie la veille. Le sursaut n'a toutefois pas suffi à sauver la semaine : sur cinq jours, l'indice vedette parisien affiche encore un recul d'environ 1 %. Derrière ce mouvement en dents de scie se dessine le vrai sujet de la rentrée financière : une économie qui conjugue croissance atone et inflation qui repart, l'équation la plus inconfortable qui soit pour les investisseurs comme pour les banques centrales.
Dans le détail, la hausse de vendredi a été portée par des valeurs bien identifiées. Renault a bondi de 3,6 %, EssilorLuxottica a gagné 2,4 %, et l'ensemble du secteur du luxe ainsi que les banques ont tiré la cote vers le haut. La détente des cours du pétrole a par ailleurs allégé la pression sur les anticipations d'inflation, offrant un peu d'air à des marchés nerveux. Mais ces respirations sectorielles ne suffisent pas à masquer le fond de l'air, franchement plus lourd.
Une inflation qui contrarie le scénario de détente
Le principal grain de sable vient des prix. Selon l'estimation provisoire de l'Insee, les prix à la consommation ont accéléré à 2,4 % sur un an en août, après 2,1 % en juillet. Cette remontée, principalement tirée par l'énergie, contrarie le scénario d'une désinflation continue sur lequel beaucoup d'investisseurs avaient bâti leurs anticipations de baisse des taux. Quand l'inflation repart, l'espoir d'un assouplissement monétaire rapide s'éloigne, et avec lui le soutien que des taux plus bas apporteraient aux actions.
Le contraste est d'autant plus saisissant qu'il s'accompagne d'une croissance à l'arrêt. La veille, l'Insee avait ramené à 0,0 % la croissance du deuxième trimestre, effaçant le rebond initialement estimé. Croissance nulle d'un côté, inflation qui remonte de l'autre : c'est le début d'un profil que les économistes redoutent, celui d'une stagflation larvée où ni la relance ni la lutte contre les prix ne peuvent être menées sans coût pour l'autre.
Jackson Hole douche les espoirs de baisse des taux
À cette conjoncture intérieure dégradée s'ajoute un signal venu d'outre-Atlantique. Depuis le symposium de Jackson Hole, le président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, a refroidi les marchés en affirmant que de nouvelles hausses de taux restaient possibles si l'inflation ne retrouvait pas rapidement une trajectoire convaincante vers l'objectif de 2 %. Aucun calendrier n'a été fourni, mais le message est clair : la banque centrale la plus influente du monde n'est pas pressée d'assouplir sa politique, et n'exclut pas de la durcir.
Pour les Bourses européennes, l'onde de choc est immédiate. Des taux américains durablement élevés soutiennent le dollar, renchérissent le coût du capital à l'échelle mondiale et rendent les obligations plus attrayantes que les actions. La perspective d'un argent qui reste cher pèse mécaniquement sur les valorisations, en particulier sur les valeurs de croissance et les secteurs les plus endettés.
La dette française, fragilité de fond
En toile de fond, les investisseurs n'oublient pas la situation des finances publiques françaises. La révision à la baisse de la croissance fragilise une trajectoire budgétaire déjà scrutée de près, alors que le rendement des obligations d'État à dix ans évolue autour de 4 %, un niveau qui traduit la prime de risque exigée pour financer un État très endetté à croissance nulle. Chaque mauvaise nouvelle conjoncturelle renforce cette défiance et pèse indirectement sur les banques françaises, grandes détentrices de dette souveraine.
Le tableau de rentrée est donc celui d'un marché tiraillé. À court terme, des rebonds techniques restent possibles, portés par des résultats d'entreprises solides ou une accalmie sur le pétrole. À moyen terme, l'horizon dépend d'une variable que Paris ne maîtrise pas : la capacité de l'inflation à refluer suffisamment pour que les banques centrales desserrent l'étau. Tant que ce signal n'est pas donné, la volatilité observée cette semaine a toutes les chances de rester la norme. Croissance à l'arrêt, inflation en hausse et taux toujours élevés : la rentrée s'annonce sportive.