Décryptage · Marchés
OAT à 4,10 % : la dette française sous pression avant la revue Fitch du 28 août
Le rendement de l'OAT à 10 ans a touché 4,10 % le 18 août, au plus haut depuis 2009. À dix jours de la revue Fitch, la France emprunte de plus en plus cher.

Personne n'attendait le rendez-vous en plein cœur de la trêve estivale, et pourtant les marchés obligataires l'ont fixé eux-mêmes. Le 18 août, le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) à dix ans a touché 4,10 %, son plus haut niveau depuis 2009. En une semaine de faible volume, l'emprunt de référence de l'État français a repris seize centièmes de point. La rentrée budgétaire s'annonce sous tension, et le premier verdict tombe dès le 28 août avec la revue de l'agence Fitch.
Un seuil symbolique franchi en plein été
Le franchissement des 4 % n'est pas anodin. C'était, il y a encore deux ans, un territoire réservé aux dettes dites périphériques de la zone euro. La France, longtemps logée dans le peloton de tête des émetteurs les mieux notés, s'en rapproche désormais dangereusement. Le 11 août, l'OAT à dix ans passait la barre des 4 % pour la première fois depuis juillet 2009 ; une semaine plus tard, elle campait à 4,10 %. Sur douze mois, le renchérissement atteint environ 0,66 point, une progression continue qui pèse mécaniquement sur les finances publiques.
Car chaque centième compte. La France doit émettre en 2026 un volume record de dette pour refinancer ses échéances et couvrir un déficit qui reste élevé. Au premier semestre, les intérêts versés par l'État ont déjà atteint 34,5 milliards d'euros, en hausse de 19 % sur un an. La charge de la dette, deuxième poste du budget derrière l'éducation, gonfle à mesure que les anciens emprunts à taux quasi nul sont remplacés par des titres coûteux.
Géopolitique et budget, le double moteur de la hausse
Deux forces se conjuguent pour pousser les taux vers le haut. La première est exogène : les tensions autour du détroit d'Ormuz, après l'échec des discussions entre Washington et Téhéran, ont ravivé la prime de risque sur l'énergie. Le baril de Brent est repassé au-dessus de 91 dollars à la mi-août, ranimant les craintes inflationnistes qui poussent l'ensemble des rendements souverains européens à la hausse.
La seconde force est franco-française, et c'est elle qui inquiète le plus. Le marché price désormais un risque politique et budgétaire spécifique à Paris. La trajectoire de désendettement reste incertaine, la dette publique pourrait avoisiner 130 % du PIB à l'horizon 2030 selon les scénarios les plus prudents, et le calendrier électoral qui mène à la présidentielle de 2027 nourrit la défiance des investisseurs. Résultat : quand les taux montent partout, ceux de la France montent un peu plus vite.
Le spread OAT-Bund, thermomètre de la défiance
C'est tout l'enjeu du fameux spread, l'écart de rendement entre l'OAT française et le Bund allemand, la référence sans risque de la zone euro. Début août, il s'établissait autour de 76 points de base, dans une fourchette de 74 à 79 points jugée fragile par les stratégistes. Rapporté à l'histoire récente, cet écart a plus que doublé depuis 2017. Autrement dit, les investisseurs exigent une rémunération de plus en plus élevée pour détenir de la dette française plutôt qu'allemande.
Tant que le spread reste contenu sous les 80 points, la situation demeure gérable. Un décrochage au-delà signalerait en revanche une véritable perte de confiance, avec un effet boule de neige sur la charge d'intérêts. C'est la ligne rouge que scrutent désormais Bercy et l'Agence France Trésor à chaque adjudication.
Fitch le 28 août, Moody's le 23 octobre : une rentrée à haut risque
Le prochain juge de paix a une date : le 28 août. Ce jour-là, Fitch réexamine la note souveraine française, aujourd'hui fixée à « A » avec une perspective stable depuis mars 2026. Une dégradation d'un cran, ou même un simple abaissement de perspective à « négative », renchérirait encore le coût d'emprunt et pourrait déclencher des ventes automatiques de la part des fonds contraints par des seuils de notation.
Fitch ne sera pas seule. Moody's, qui note la France « Aa3 » avec une perspective déjà négative depuis octobre 2025, rendra son propre verdict le 23 octobre. Deux rendez-vous rapprochés qui feront de la rentrée un test grandeur nature de la crédibilité budgétaire française, dans un contexte où le gouvernement doit encore convaincre de sa capacité à ramener le déficit sous contrôle. Le marché, lui, a déjà commencé à voter, comme l'attestent les records de défaillances d'entreprises et un rebond du PIB trop modeste pour rassurer durablement.
Épargnants et emprunteurs en première ligne
La flambée des rendements souverains ne reste pas confinée aux salles de marché. Elle irrigue toute la chaîne du crédit. Les taux immobiliers, indexés en partie sur l'OAT, se sont raffermis autour de 3,3 % sur quinze ans et 3,4 % sur vingt ans, freinant un marché du logement déjà convalescent. Le taux d'usure a été relevé à 4,07 % au 1er juillet, signe que le loyer de l'argent se tend pour les ménages.
À l'inverse, la hausse des rendements offre une fenêtre aux détenteurs d'obligations et de fonds euros, dont la rémunération future devrait remonter. Elle intervient au moment où l'épargne réglementée, elle, a pris le chemin inverse : le Livret A est retombé à 1,7 % depuis le 1er août. Le grand écart entre le coût de la dette de l'État et la rémunération de l'épargne populaire résume à lui seul le paradoxe de cette rentrée : jamais emprunter n'a autant coûté à la France, jamais placer sans risque n'a autant rapporté aux marchés.
Rendez-vous le 28 août.