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Carrefour rachète Codifrance et met la main sur les réseaux CocciMarket et Coccinelle

Carrefour a signé l'acquisition de Codifrance, filiale du belge Colruyt, pour 152 millions d'euros : plus de 3 000 supérettes françaises approvisionnées.

Image d'illustration — rayon d'épicerie dans une supérette de proximité
Image d'illustration — rayon d'épicerie dans une supérette de proximitéPhoto : Franki Chamaki / Unsplash

Carrefour a annoncé lundi 19 octobre avoir conclu un accord ferme avec le groupe belge Colruyt pour racheter Codifrance, centrale d'approvisionnement spécialisée dans le commerce alimentaire de proximité, pour une valeur d'entreprise de 152 millions d'euros selon le communiqué transmis aux marchés et repris par l'agence Dow Jones.

Un réseau de plus de 3 000 points de vente

Codifrance n'exploite pas elle-même les magasins : elle fournit en marchandises un réseau de plus de 3 000 épiceries et supérettes indépendantes à travers la France, dont environ 800 sont exploitées sous ses propres enseignes de proximité - Coccinelle, CocciMarket, Panier Sympa, VivEco et Épi Service. L'entreprise, qui emploie plus de 400 salariés, appartenait jusqu'ici à Colruyt Group, le distributeur belge propriétaire des enseignes Colruyt et Bio-Planet, qui avait repris Codifrance en 2015 pour diversifier ses débouchés hors de Belgique.

152 M€
Valeur d'entreprise de l'acquisition
3 000
Épiceries et supérettes approvisionnées
800
Magasins exploités sous enseignes propres (Coccinelle, CocciMarket...)
400
Salariés de Codifrance

Pourquoi Carrefour, déjà numéro un de la distribution en France, veut un réseau qu'il ne possède pas

L'opération ne porte pas sur des mètres carrés de vente : Carrefour n'achète pas des magasins, il achète une centrale de référencement et de logistique qui dessert des commerçants indépendants. C'est précisément ce qui en fait l'intérêt. Le groupe dirigé par Alexandre Bompard cherche depuis plusieurs années à densifier son maillage de proximité - Carrefour City, Carrefour Contact, Carrefour Express - sans avoir à ouvrir lui-même des milliers de points de vente dans des zones rurales ou des centres-villes où l'implantation directe coûte cher et prend du temps.

En reprenant Codifrance, Carrefour capte d'un coup l'approvisionnement de commerçants qui, jusqu'ici, s'alimentaient auprès d'un distributeur belge concurrent. L'opération s'inscrit dans la consolidation accélérée du commerce de proximité français, un segment où les indépendants, confrontés à la hausse des coûts logistiques et à la pression des enseignes intégrées, cherchent des centrales capables de leur garantir des prix d'achat compétitifs. Pour Colruyt, la cession constitue un retrait net du marché français de la distribution alimentaire, le groupe belge recentrant ses investissements sur la Belgique et les Pays-Bas.

L'accord reste soumis aux autorisations réglementaires usuelles, notamment un examen par l'Autorité de la concurrence compte tenu du poids déjà important de Carrefour dans la distribution alimentaire française. Reste à savoir si les gérants indépendants des magasins Coccinelle et CocciMarket, dont les contrats de franchise ou d'affiliation passent désormais sous la bannière d'un concurrent direct de leurs propres enseignes partenaires historiques, resteront fidèles au réseau une fois le changement d'actionnaire acté.

Un marché de la proximité sous tension depuis la crise du pouvoir d'achat

L'opération intervient dans un contexte où le commerce de proximité français traverse une mutation accélérée. Après des années de recul face aux hypermarchés, les petites surfaces de centre-ville et de zone rurale ont regagné du terrain depuis le milieu des années 2020, portées par l'évolution des habitudes d'achat - moins de grandes courses hebdomadaires, plus de passages fréquents près du domicile - et par la fermeture de nombreux hypermarchés périphériques jugés trop coûteux à exploiter. Mais ce regain de fréquentation s'accompagne d'une pression sur les marges des indépendants, confrontés à la hausse du coût du fret, de l'énergie et des loyers commerciaux en zone urbaine dense.

Dans ce contexte, les centrales d'achat qui approvisionnent les réseaux de supérettes deviennent des actifs stratégiques pour les grands distributeurs, qui y voient un moyen d'étendre leur empreinte sans les contraintes capitalistiques de l'ouverture directe de magasins. Carrefour avait déjà emprunté cette voie avec le rachat de plusieurs enseignes régionales de proximité ces dernières années ; l'acquisition de Codifrance s'inscrit dans la continuité de cette stratégie, mais change d'échelle en visant directement un acteur qui fournissait jusqu'ici l'un de ses rivaux directs sur ce segment.

Pour les quelque 2 200 commerçants qui ne sont pas rattachés aux enseignes propres de Codifrance mais s'approvisionnent simplement auprès de sa centrale, le changement de propriétaire pose une question plus immédiate : celle du maintien des conditions tarifaires négociées avec Colruyt. Carrefour devra démontrer rapidement que l'intégration logistique n'entraînera pas de hausse des prix d'achat, sous peine de voir une partie de ces indépendants chercher d'autres fournisseurs.