Décryptage · Économie
Conjoncture : le moral des entreprises remonte, mais l'activité recule encore
En août 2026, le climat des affaires mesuré par l'INSEE gagne un point à 98, quand le PMI signale un huitième mois de contraction de l'activité privée.

Deux thermomètres de l'économie française ont livré leur verdict le même matin, jeudi 21 août 2026 — et ils ne racontent pas la même histoire. D'un côté, l'INSEE voit le moral des chefs d'entreprise se redresser pour le troisième mois d'affilée. De l'autre, l'enquête PMI de S&P Global décrit un secteur privé qui se contracte pour le huitième mois consécutif. Deux lectures d'une même économie, qui en disent long sur sa fragilité.
Le climat des affaires au plus haut depuis le printemps
Selon les Informations rapides n° 197 de l'INSEE, l'indicateur synthétique du climat des affaires en France gagne un point en août, à 98. C'est sa troisième hausse mensuelle consécutive, qui le rapproche de sa moyenne de longue période, fixée par construction à 100.
Le rebond est tiré par l'industrie manufacturière, dont l'indicateur grimpe de deux points à 103, au-dessus de sa moyenne historique. L'INSEE attribue cette progression « principalement à la hausse du solde d'opinion sur les perspectives personnelles de production » : les industriels anticipent davantage de commandes pour leur propre activité dans les mois à venir.
Les services suivent le mouvement, à 100 (+1 point), un niveau retrouvé après trois mois de hausse. Le commerce de détail signe la plus forte progression du mois, +3 points à 99. Seul le bâtiment fait du surplace, stable à 96 et toujours sous sa moyenne. Le climat de l'emploi, lui, reste figé à 99.
Le PMI raconte l'inverse : l'activité se contracte
Le même jour, l'estimation flash de l'indice HCOB PMI composite pour la France, publiée par S&P Global, est ressortie à 48,8, contre 49,4 en juillet et en deçà du consensus des économistes (49,5). Sous le seuil des 50 qui sépare croissance et contraction, c'est le huitième mois consécutif de repli de l'activité du secteur privé — et le rythme de contraction s'est même accéléré.
La faiblesse vient entièrement des services, dont l'indice d'activité tombe à 48,4, quand la production manufacturière progresse pour la première fois depuis avril. Les entreprises interrogées ont fréquemment cité la canicule comme un frein à l'activité et à la demande, tandis que les nouvelles commandes ont reculé plus vite, prolongeant à neuf mois la série de baisses des volumes de ventes.
Deux méthodes, deux signaux
Comment deux enquêtes menées sur le même terrain peuvent-elles diverger à ce point ? La réponse tient à ce qu'elles mesurent. L'enquête de conjoncture de l'INSEE capte surtout des soldes d'opinion et des anticipations — un baromètre de confiance. Le PMI de S&P Global agrège des questions plus directement liées au volume d'activité réel du mois écoulé : production, nouvelles commandes, emploi.
Autrement dit, les dirigeants français se disent un peu plus optimistes sur les mois à venir, notamment dans l'industrie, sans que cela se traduise encore par une reprise mesurable de l'activité. Ce décalage entre données « douces », qui mesurent la confiance, et données « dures », qui mesurent l'activité, n'est pas propre à la France, mais il complique la lecture d'une économie en quête de second souffle.
Le contexte reste fragile. Après un rebond du PIB de 0,2 % au deuxième trimestre, l'économie française avance au ralenti, avec une inflation qui s'est raffermie en juillet et des recrutements industriels qui marquent le pas. La Banque de France, elle, ne table que sur 0,2 % de croissance au troisième trimestre.
Ce qu'il faut surveiller
Le prochain rendez-vous de l'INSEE est fixé au 24 septembre. D'ici là, la publication des PMI définitifs et des chiffres d'activité de la rentrée dira lequel des deux thermomètres avait vu juste. Si l'optimisme des industriels se confirme par des commandes réelles, la France pourrait éviter un troisième trimestre atone. Dans le cas contraire, le regain de moral d'août n'aura été qu'une éclaircie de plus dans un ciel resté gris.